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VEILLE RUSSIE – du 11 juin au 17 juin 2022

Équipe de veille Russie : Lauren Lemaire-Hec, Manik Tadevosian, Enzo Pavodan, Simon Bouclier, Amandine Paillette, Olga Shevchuk

11/06/2022 : Vladimir Poutine signe une loi de non-exécution des décisions de la CEDH  – Amandine Paillette – 

Le 11 juin, Vladimir Poutine posait sa signature sur un projet de loi autorisant l’État russe à ne plus appliquer les décisions rendues par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) à la suite d’une troisième lecture, adoptaient par  les députés russes le 7 juin dernier. La loi nouvellement signée s’applique à toutes les décisions prises par la CEDH à compter du 15 mars, date à laquelle la Russie à déclarer quitter le Conseil de l’Europe. Ce choix impliquait également pour le pays une sortie de la Convention européenne des droits de l’Homme à laquelle elle doit néanmoins se conformer jusqu’au 16 septembre, jour où n’en sera plus une «Haute Partie contractante». Dès le lendemain, son exclusion officielle avait été annoncée alors que le pays en était membre depuis 1996. Les raisons soulevées porté sur l’intervention militaire de Moscou en Ukraine débutée le 24 février dernier. 

A l’issue du vote, Viatcheslav Volodine le président de la Douma, chambre basse du Parlement russe a déclaré par le biais d’un communiqué «La Cour européenne des droits de l’Homme est devenue un instrument de lutte politique contre notre pays dans les mains d’hommes politiques occidentaux». Il a ensuite précisé «Certaines de ses décisions étaient en contradiction directe avec la Constitution russe, nos valeurs et nos traditions». A noter que la Russie était jusqu’alors le pays déposant le plus de pourvois auprès de la CEDH, avec 70,000 affaires soit près d’un quart des dossiers traités par la Cour (24,2%).

12/06/2022 : Un homme d’affaire russe reprend les activités de McDonald sous l’appellation «c’est bon, un point c’est tout» suite au départ du groupe américain de Russie – Amandine Paillette – 

Le 12 juin, le célèbre «M» jaune caractéristique des restaurants Mcdonald’s laissait se place à un point et deux barres orange sur fond vert à Moscou. Et pour cause, Alexandre Govor un homme d’affaires russe d’une soixante d’années a racheté les activités de Mcdonald’s, dont il a changé le symbole et le nom pour «Vkousno i totchka» soit «C’est bon. Un point c’est tout».

En mai dernier, la chaîne de fast-food Mcdonald’s annonçait son départ de Russie pour protester contre la Guerre en Ukraine et fermait ses restaurants début mars alors que ces derniers représentaient 9% du chiffre d’affaires de l’entreprise américaine. Alexandre Govor qui était jusqu’alors à la tête de plusieurs McDonald’s franchisés en Sibérie, a décidé de reprendre ces enseignes avec la même offre de restauration à l’exception de quelques plats incontournables. Le directeur général du groupe russe a ainsi précisé «Nous avons été obligés de supprimer du menu certains produits car ils font référence directe à McDonald’s, comme le McFlurry et Big Mac». Il a également ajouté «Nous essaierons de tout faire pour que nos clients ne remarquent aucune différence, ni en matière d’ambiance, ni en matière de goût, ni en matière de qualité»

Le premier restaurant «Vkousno i totchka» a ouvert à Moscou, place Pouchkine, lieu hautement symbolique puisqu’en 1990 le lieu devenait le premier d’URSS à héberger un fast-food américain. Le maire de la ville Sergueï Sobianine, était d’ailleurs présent à l’inauguration et a assuré que «la qualité de service resterait la même»Le nouveau McDonald’s russe a pour Slogan «le nom change, l’amour reste» et prévoit de de réouvrir entre 50 et 100 restaurants par semaine dans l’ensemble du pays. Quant à Alexandre Govor, il s’est félicité de cette reprise déclarant «Je suis très fier que l’honneur de développer cette entreprise m’ait été donné. Je suis ambitieux et je prévois non seulement d’ouvrir les 850 restaurants, mais aussi d’en développer de nouveaux».

12/06/2022 : Plus de cinquante personnes détenues dans le métro de Moscou grâce à un système de reconnaissance faciale   – Olga Shevchuk –

Le 12 juin, lors du «Jour de la Russie» (fête nationale), la police a arrêté dans le métro de Moscou, à l’aide de la reconnaissance faciale, plus de cinquante personnes qui avaient auparavant pris part à des manifestations antigouvernementales. Ces arrestations massives étaient liées à des informations selon lesquelles des manifestations contre la guerre en Ukraine devaient avoir lieu ce jour-là dans le centre de Moscou. Les policiers ont exigé que les détenus signent un document les avertissant «de ne pas commettre d’actions illégales». Certains ont été laissés au poste de police pour être interrogés, ainsi que pour rédiger des notes explicatives et prendre leurs empreintes digitales.

Parmi les personnes détenues figurent Piotr Ivanov, correspondant du journal indépendant Sota, et la journaliste scientifique Asya Kazantseva. Dans l’exposé des motifs rédigé par Asya Kazantseva, la police a exigé d’indiquer qu’elle avait reçu «un entretien préventif sur le fait que les personnes ayant fait l’objet de détentions administratives dans le passé ne devaient pas entrer dans le métro le jour de la fête de la Russie». Piotr Ivanov est resté au poste de police pendant plusieurs heures pour cet interrogatoire. 

Aucune action majeure n’a eu lieu à Moscou, alors que certaines personnes n’ont tenu que des piquets d’un seul homme, qui ont lieu dans la capitale russe presque quotidiennement.

14/06/2022 : Le ministère russe des Affaires étrangères interdit l’entrée aux journalistes britanniques, aux représentants du complexe militaro-industriel et du commandement des forces armées britanniques -Lauren Lemaire-Hec-

Le 14 juin, le ministère russe des Affaires étrangères a ajouté sur la liste de sanctions 49 représentants des principaux médias britanniques, du commandement des forces armées et du complexe militaro-industriel et du lobby de la défense du Royaume-Uni. Parmi eux, 29 journalistes – dont le rédacteur en chef de la BBC, Timothy Davey, des correspondants et commentateurs qui écrivent activement sur la Russie, tels que Sean Walker, Luke Harding, Mark Galeotti, ou encore la rédactrice en chef du journal The Guardian, Katherine Sophie Wiener. 20 autres personnes en provenance du complexe militaro-industriel et du monde de la défense ont été ajouté à la liste : les vice-ministres de la défense, plusieurs hauts responsables militaires, les directeurs de deux des plus grandes entreprises de défense britanniques, BAE Systems et Thales, ainsi que en tant que trois députés traitant des questions militaires et de la coopération internationale.

Ces mesures s’inscrivent dans une logique de réponse aux sanctions britanniques contre la Russie pour ses actions en Ukraine. Cela s’inscrit également dans une logique de contrôle de l’information par le gouvernement russe. En effet, le ministère des Affaires étrangères a exprimé dans un communiqué que «les journalistes britanniques inclus dans la liste sont impliqués dans la diffusion délibérée d’informations fausses et unilatérales sur la Russie et les événements en Ukraine et dans le Donbass. Avec leurs évaluations biaisées, ils contribuent également à inciter à la russophobie dans la société britannique». Le Premier ministre britannique a exprimé le même jour son soutient aux «médias britanniques et ses collègues au gouvernement et au parlement».

14/06/2022 : Alexeï Navalny transféré dans une colonie de haute sécurité – Olga Shevchuk –

Le 14 juin, les journalistes ont appri que l’opposant russe Alexeï Navalny a été transféré de la colonie pénitentiaire de Pokrov, où il purge sa peine pour une affaire de fraude, à la colonie de haute sécurité N°6 dans le village de Melekhovo, dans la région de Vladimir, selon le président de la Commission de surveillance publique (CSP) régionale, Sergey Yazhan. 

Le matin du même jour, Leonid Volkov, un collaborateur d’Alexei Navalny en exil, a signalé que le prisonnier avait été emmené de la colonie pénitentiaire de Pokrov vers une destination inconnue sans avertissement. Sa localisation est restée inconnue toute la journée.  Le Service Pénitentiaire Fédéral (SPF) russe ne divulgue jamais la direction dans laquelle les prisonniers sont transportés avant qu’ils n’arrivent à leur destination.

Alexeï Navalny avait annoncé début mai, qu’il allait être envoyé à Melekhovo sur sa chaîne Telegram. «Ma peine n’est pas encore entrée en vigueur, mais les détenus de la colonie de haute sécurité de Melekhovo écrivent qu’ils y installent une “prison dans la prison” pour moi. Ils disent que si vous cherchez Melekhovo sur Google, il y aura des histoires de détenus qui s’arrachent les ongles là-bas». Les prisonniers de la région de Vladimir sont en effet mentionnés dans des publications sur la torture des prisonniers et dans des reportages sur leur mort. Dans cette colonie, Alexeï Navalny purgera une peine de neuf ans à laquelle il a été condamné pour fraude et outrage au tribunal.

14/06/2022 : Le bureau du procureur demande une condamnation à trois ans et deux mois de prison à l’encontre de la militante LGBT Ioulia Tsvetkova -Manik Tadevosian- 

Le 14 juin, lors du procès qui s’est tenu à Komsomolsk-sur-Amour, dans l’Extrême-Orient russe, le procureur a demandé que l’artiste et militante LGBT Ioulia Tsvetkova soit condamnée à trois ans et deux mois de prison. Cette annonce a été faite par la mère de l’accusée. Ioulia Tsvetkova est accusée pour «fabrication et diffusion illégale de pornographie» sur internet. La jeune artiste de 27 ans est notamment connue pour ses illustrations du corps féminin ayant pour but de «décomplexer» les femmes, qu’elle postait régulièrement sur le réseau social russe Vkontakte. 

L’affaire pénale à son encontre a été lancée en novembre 2019, suite à la publication de ses dessins. Ainsi, le 11 décembre 2019, elle a été déclarée coupable de «propagande en faveur de relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs» et condamnée à une amende de 50 000 roubles (environ 621 euros) parce qu’elle gérait deux communautés en ligne sur les thèmes LGBTI sur le réseau social russe VKontakte. En juillet 2020, un deuxième jugement sanctionnait la diffusion de son travail d’une amende de 75 000 roubles, cette fois, soit 930 euros. Il s’agissait d’un dessein présentant deux familles homosexuelles avec une légende «La famille est là où est l’amour. Soutenez les familles LGBT+»

15/06/2022 : Le forum économique de Saint-Pétersbourg commence et se terminera le 18 juin 2022 – Simon Bouclier –

Le 15 juin a commencé le forum économique de Saint-Pétersbourg. Il réunira les représentants de plus de 90 pays. Cette année, la réflexion portera sur «Le nouvel ordre économique : Répondre aux défis du temps». Pour répondre à cette problématique, le forum organisera plusieurs sessions dans lesquelles des questions portant sur l’économie russe face aux sanctions européennes, la souveraineté numérique et la sécurité de l’information, et le développement de l’industrie seront abordées. Le discours de Vladimir Poutine est très attendu et aura lieu le 17 Juin. Selon Youri Ouchakov, le président russe «consacrera une partie importante de son discours aux tâches auxquelles la Russie est confrontée aujourd’hui et devra faire face demain, pour assurer le développement économique du pays»

Cette année, le forum économique de Saint-Pétersbourg est marqué par le boycott des entreprises et des États occidentaux. Toutefois, selon le secrétaire de presse Dmitri Peskov «Les investisseurs étrangers ne viennent pas seulement des États-Unis ou des pays de l’UE. Des investisseurs beaucoup plus importants se trouvent au Moyen-Orient, en Chine, en Inde, en Indonésie, aux Philippines, dans des dizaines et des dizaines de pays qui ont une population beaucoup plus importante que dans les pays du soi-disant Occident collectif». Un des objectifs de ce forum est que l’économie russe s’implante plus fortement en Afrique, comme en témoigne le rôle d’invité d’honneur de l’Egypte.

15/06/2022 : Le ministère de la défense russe accuse les Ukrainiens d’avoir perturbé l’évacuation des civils de l’usine d’Azot, à Sievierodonetsk – Enzo Padovan

Le 15 juin, le ministère de la Défense russe a déclaré que l’Ukraine avait «cyniquement perturbé l’opération humanitaire» d’évacuation des civils assiégés à Sievierodonetsk. En effet, c’est dans cette ville du Donbass que se situe l’usine chimique Azot, sous laquelle se situent des bunkers où plusieurs centaines de civils ont trouvé refuge, suite à l’arrivée des troupes russe. Cela n’est pas sans rappeler une situation similaire à Marioupol, dans l’usine Azovstal, survenue plus tôt dans le conflit. Dans les deux cas, un grand nombre de citoyens furent piégés dans une usine pendant de longues semaines, tandis que la guerre se poursuivait autour d’eux.

En réalité, les approximations des autorités de la République populaire de Lougansk comptent 2 500 soldats sur le site de l’usine, auxquels s’ajoutent 500 individus jugés comme non-combattants. Face à la crise humanitaire qu’une telle situation représente, les Nations Unies ont à plusieurs reprises demandé l’installation d’un couloir d’évacuation, qui permettrait aux civils coincés dans la zone de combat d’en échapper. 

Ainsi, des négociations avaient été ouvertes entre Moscou et Kiev, en vue d’établir ledit couloir d’évacuation. Le 14 juin, la Russie confirma le lancement d’une mission humanitaire, pour permettre aux civils de quitter la zone de combat. Cette mission devait alors se dérouler le lendemain (mercredi 15 juin), et durer 12 heures entières. Néanmoins, au cours de cette mission, l’Ukraine fut accusée par Rodion Miroshnik (ambassadeur de la République de Lougansk à Moscou) de «perturber l’opération». Pire encore, le Ministère de la défense russe a déclaré que les Ukrainiens profitaient des actions humanitaires «pour se regrouper sur des positions plus avantageuses», et d’utiliser les réfugiés comme des «boucliers humains». Bien que ces informations ne soient pas parfaitement vérifiables, il est vrai que les combats continuent à Sievierodonetsk, et que près de 12 000 résidents y sont encore coincés, selon un article publié par la BBC.

16/06/2022 : Le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dimitri Medvedev, commente sur Twitter la visite d’Emmanuel Macron, Olaf Scholz et Mario Draghi en Ukraine -Lauren Lemaire-Hec-

Alors que le 16 juin le président français, le chancelier allemand et le président du conseil des ministres italien se trouvaient à Kiev pour manifester leur soutien à l’Ukraine, Dimitri Medvedev a posté une publication désignant indirectement les leaders européens par ces stéréotypes culinaires. Le vice-président du conseil a affirmé : «Les amateurs européens de grenouilles, de saucisses de foie et de macaronis adorent visiter Kiev. Avec zéro utilité. Ils ont promis l’adhésion à l’UE et de vieux obusiers à l’Ukraine, se sont gavés de gorilka [eau-de-vie] et sont rentrés chez eux en train, comme il y a cent ans. Tout va bien. Mais cela ne rapprochera pas l’Ukraine de la paix. L’heure tourne». 

Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, Kremlin a également commenté la venue des leaders européens. «Nous voudrions espérer que les dirigeants de ces trois pays ne se concentreront pas uniquement sur le soutien à l’Ukraine et sur des plans pour continuer à la bombarder d’armes. C’est absolument inutile et non seulement cela infligera plus de dégâts à ce pays». Le porte-parole a ajouté par la suite espérer qu’ils «exhorteront Zelensky à avoir une approche réaliste de la situation».

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