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La Russie dans le Sud-Caucase : une réflexion autour du concept d’espace post-soviétique

Publié le 03/09/2026
18 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
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Rencontre officielle entre des représentants de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, par l'intermédiaire de la Russie, à Sotchi - Wikipedia Commons - Service de Presse de la République d'Azerbaïdjan

Rencontre officielle entre des représentants de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, par l'intermédiaire de la Russie, à Sotchi - Wikipedia Commons - Service de Presse de la République d'Azerbaïdjan

Mémoire du conflit russo-géorgien ; un partenariat russo-arménien contesté ; et un Azerbaïdjan de plus en plus critique de l’héritage russe au Caucase. A l’été 2026, l’actualité a su mettre en exergue les relations complexes entre Moscou, et ses trois partenaires du Sud-Caucase. Au milieu des tensions diplomatiques et des réalignements des différents pays, en revanche, se dessine des tendances.

Celles-ci montrent une recherche d’équilibre entre le géant russe, nécessaire mais source de méfiance, et des intérêts occidentaux parfois jugés comme trop idéalistes, ou peu fiables. En définitive, analyser la présence et les intérêts russes dans le Caucase revient à s’intéresser au concept d’Etat post-soviétique, et en quoi son interprétation dans un sens ou dans l’autre peut nuire à l’autodétermination même des nations concernées.

18ème anniversaire du conflit russo-géorgien

Le 8 août, la diplomatie russe a publié un communiqué de presse en hommage au conflit russo-géorgien, qui eut lieu en août 2008. Outre le récit habituel russe blâmant le régime géorgien d’alors, le communiqué a eu un commentaire intéressant quant à la mémoire de la guerre : « Moscou prend note des efforts actuels de la société géorgienne de réexaminer les événements d’août 2008 ».

En effet, le parti Rêve Géorgien, au pouvoir à Tbilissi, a désavoué le gouvernement du président Saakachvili, au pouvoir en 2008, en lui faisant porter la responsabilité des événements de 2008. L’année dernière, en 2025, Shalva Papuashvili, le chef du Parlement, déclarait pour le journal Georgia Today : « En 2008, nous avions un régime fantoche […]. Le régime fantoche a agi complètement en faveur des intérêts des autres [pays], et n’a pas agi en fonction des intérêts de la Géorgie – le résultat est la guerre d’Août ».

Il est vrai que les forces géorgiennes, en août 2008, sont celles qui ont ouvert les hostilités par un bombardement de l’Ossétie du Sud (Royal United Services Institute). Cependant, sans l’excuser, il est important de rappeler que cette offensive s’inscrit dans un contexte de hautes tensions entre Moscou et Tbilissi, auxquelles le Kremlin a volontairement participé.

Au printemps 2008, la concentration de forces russe dans le Caucase a fortement augmenté, menant à des incidents frontaliers avec la Géorgie (Kakachia, 2009). Moscou a également organisé des exercices militaires juste avant l’éclatement du conflit, en Mer Noire et dans les deux républiques autoproclamées du Caucase (Abkhazie et Ossétie du Sud). Le fait que la Russie a été capable de répliquer de manière massive, puis d’écraser complètement l’armée géorgienne en quelques jours, est souvent interprétée comme le signe d’une anticipation du Kremlin. Celui-ci se serait préparé au conflit, et aurait simplement utilisé le prétexte du bombardement de l’Ossétie du Sud pour passer à l’action.

Anniversaire également des deux républiques pro-russes

Le 26 août, un second communiqué du Ministère des Affaires étrangères russe a, quant à lui, célébré le 18ème anniversaire de la reconnaissance russe de l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, en tant qu’entités indépendantes. Depuis 2008, les deux pays à la souveraineté contestée restent dans l’orbite de Moscou : dans une précédente veille, l’accent était mis sur les élections en Abkhazie. A l’issue de celles-ci, le candidat pro-russe Badra Gunda, était sorti vainqueur, dans un contexte controversé de réforme fiscale à l’avantage des investisseurs russes.

La Géorgie ne reconnaît cependant pas les deux républiques en question, à l’instar d’une grande partie de la communauté internationale. Les contacts entre Tbilissi et les séparatistes ossètes et abkhazes étant rompus, ne restent que les Discussions internationales de Genève, qui réunissent régulièrement les parties prenantes du conflit, ainsi que la Russie et plusieurs instances internationales (dont l’UE et l’OSCE).

Au cours de la 67ème réunion de ces discussions, Moscou a insisté sur l’importance de la signature d’un accord de non-agression entre la Géorgie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ; mais également, sur une délimitation claire des trois territoires. Selon JAM News, un média spécialisé dans le Caucase, ces déclarations s’inscrivent dans une crainte russe de voir l’OTAN s’étendre dans le Sud-Caucase, plus particulièrement du côté géorgien.

En 2025, la Géorgie hébergeait un exercice militaire de l’OTAN, Agile Spirit 2025, avec la participation de 12 armées nationales différentes. Pourtant, cet exercice s’est déroulé dans un contexte particulièrement tendu : quelques mois plus tôt, le parti Rêve Géorgien avait délayé les négociations d’adhésion à l’Union Européenne jusqu’en 2028. En réponse, les Etats-Unis ont suspendu leur Partenariat Stratégique avec Tbilissi, le 30 novembre 2024.

Le fait que les autorités géorgiennes délaient leur processus d’adhésion à l’UE, et entretiennent une rhétorique adoucie vis-à-vis de la Russie, illustre bien la position complexe de cet Etat caucasien.

Des intérêts communs, entre deux gouvernements pragmatiques

Que la Géorgie reconnaisse une part de responsabilité dans le conflit est normal ; qu’elle n’en impute presque aucune à la Russie, en revanche, soulève certains questionnements. Les raisons derrière cette politique conciliatrice, de la part du pouvoir géorgien, correspondent à différents éléments, tant du côté russe que de celui de Tbilissi.

Tout d’abord, du côté géorgien, sa situation géostratégique fait de la relation avec Moscou une priorité. Le conflit de 2008, dans lequel les puissances occidentales ne sont que très peu intervenues, a fait peser le doute à Tbilissi quant aux garanties de sécurité promises par l’OTAN ; des doutes confirmés par la situation enlisée en Ukraine, depuis quatre ans.

Par ailleurs, la Géorgie dépend de la Russie pour son économie, notamment du point de vue énergétique. En 2025, les importations de gaz russe en Géorgie avaient augmenté de 40,4%, à un prix plus élevé qu’aux années précédentes (Eurasianet). Enfin, le gouvernement de Rêve Géorgien est idéologiquement aligné sur une partie des décisions russes. Son décret « sur l’Enregistrement des Agents de l’Etranger », adopté en 2025, est directement inspiré de législations similaires en Russie. Si les deux pays ne sont pas nécessairement alliés, les proximités entre le Kremlin et le régime de Tbilissi sont donc avérées.

Du côté russe, également, les bonnes relations avec la Géorgie rassurent le Kremlin sur une potentielle expansion de l’OTAN, ou de l’UE, dans le Caucase. Selon l’Atlas Institute for International Affairs, la dépendance économique de Tbilissi vis-à-vis de Moscou, ainsi que la présence militaire russe continue en Abkhazie et en Ossétie du Sud, accorde à la Russie des leviers de pression. Ces derniers découragent la Géorgie dans son rapprochement avec l’Occident, en dépit d’une population géorgienne majoritairement pro-UE.

C’est également pour cette raison que la Russie cherche une normalisation des relations entre Soukhoumi, Tskhinvali et Tbilissi. La reconnaissance de jure de l’indépendance de ces deux républiques, de la part du gouvernement géorgien, justifierait sa présence dans la région. Cela serait également interprété comme un signe de capitulation vis-à-vis des intérêts russes, et d’un retour de la Géorgie dans l’orbite de Moscou.

Pour l’instant, une telle reconnaissance est loin d’être une réalité. Mais la Russie maintient sa pression et son chantage envers Tbilissi ; faisant peser le spectre d’août 2008, associé au traumatisme d’une armée géorgienne écrasée en quelques jours, elle entend ainsi dicter à la Géorgie un ordre caucasien selon ses propres termes.

Mais une influence globale dans le Caucase de moins en moins évidente

Il y a deux ans, en 2024, l’Arménie avait suspendu sa participation à l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC). Bien qu’elle reste membre de l’Union Economique Eurasiatique (EEU), l’évolution politique du pays a pris un tournant de plus en plus éloigné des aspirations russes.

Le 4 mai 2026, l’Arménie a hébergé le 8ème Sommet de la Communauté politique européenne, un forum diplomatique créé à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’organisation de ce forum dans un pays caucasien, une première pour ce format, n’a pas manqué de faire réagir la diplomatie russe. « Tout ceci est une façade criarde », commentait la porte-parole russe Maria Zakharova, « que Bruxelles, Paris, et autres officiels de l’UE essaient de vendre en préparation de la campagne électorale en Arménie. […] A la lecture de la déclaration finale adopté au ‘sommet’ Arménie-UE, il devient clair que la république [d’Arménie] […] est progressivement poussée à accepter des standards et mécanismes euro-atlantistes inadaptés et agressifs ».

Un mois plus tard, justement, le parti gouvernemental Contrat Civil remportait les élections législatives arméniennes. Ce parti, dirigé par le premier Ministre Nikol Pachinian, avait fait campagne sur une politique d’équilibre géopolitique. Le parti Contrat Civil souhaite normaliser ses relations avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, tout en conservant de bonnes relations tant avec Moscou que Bruxelles.

Les résultats de l’élection ont été tièdement commentés par la diplomatie russe. « Il y a une demande claire et extensive, au sein de la société arménienne, pour un développement continu des relations russo-arméniennes», notait Maria Zakharova le 8 juin, au lendemain de l’élection. Cependant, la diplomatie russe a également dénoncé une «atmosphère de représailles brutales de la part des autorités arméniennes contre les partis et mouvements d’opposition ».

Madame Zakharova fait ici référence au parti Forte Arménie, dirigé par l’homme d’affaires russo-arménien Samvel Karapetian, qui a obtenu environ 23% des voix au scrutin. La veille de celui-ci, plusieurs figures de ce Parti (notamment des candidats aux législatives) avaient été arrêtées, en raison de leurs liens avec la Russie (Reuters). Samvel Karapetian lui-même a été assigné à résidence cette année, pour des accusations de trafic d’armes, et de collusions avec le régime russe.

Dans ce contexte, les Russes reprochent à l’Arménie une certaine « ingratitude », préférant l’Occident et ses promesses à la vieille alliance avec Moscou.

Quand la Russie disparaît des partenariats stratégiques arméniens

Quelques mois après l’élection, le 27 août, le gouvernement arménien a publié son programme pour la période 2026-2031. Dans son volet international, Erevan mentionne ainsi un certain nombre de priorités : normalisation des relations avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, ou encore développement des relations avec différents partenaires stratégiques : la France, la Géorgie, les Etats-Unis, ou encore l’Union Européenne. Toutefois, la Russie ne figure pas parmi lesdits alliés stratégiques.

« Le dialogue visant une coopération multisectorielle mutuellement bénéfique avec la Fédération de Russie se poursuivra», explique ainsi le programme, «en vue de transformer, développer et améliorer les relations dans le nouveau contexte d’une politique étrangère équilibrée ».

« Je pars du principe qu’il y a de bons économistes en Arménie », ironisait le lendemain Sergueï Lavrov, dans une interview pour la chaîne de télévision RBC. Interrogé sur une éventuelle répétition du scénario ukrainien à Erevan, avec une rupture progressive des relations russo-arméniennes, le Ministre russe a rappelé les différents avantages économiques dont bénéficiait l’Arménie, grâce à l’UEE. « Tout problème important pour nos homologues arméniens peuvent faire l’objet d’une discussion, y compris la situation relative au Chemin de fer du Caucase du Sud, qui est géré par [l’entreprise des] Chemins de fer russe sous un accord de concession ».

Quelques semaines plus tôt, effectivement, la Radio publique arménienne avait attiré l’attention sur cette question du Chemin de fer du Caucase du Sud. Depuis 2008, la compagnie des Chemins de fer russe (Российские железные дороги, abrégée RJD) s’occupe de la gestion des voies ferrées arméniennes, une situation fort controversée à Erevan. Le premier ministre Arménien cherche à récupérer le contrôle de ces chemins de fer, garantissant une rupture avec le partenaire russe. Celle-ci pourrait d’ailleurs s’effectuer par le recours légal : Nikol Pachinian menaçait justement d’attaquer RJD en justice, et de demander un dédommagement de 2 milliards de dollars par an.

L’Union Européenne a justement proposé d’investir de fortes sommes d’argent dans les chemins de fer arméniens, si ceux-ci venaient à se séparer de leurs gérants russes. Pourtant, la question n’est pour l’instant toujours pas tranchée : l’Arménie hésite à rompre clairement avec la Russie, qui sent son allié s’éloigner et tente de le garder, parfois en usant de la menace.

Des acquis questionnés

La méfiance grandissante de l’Arménie envers son partenaire russe s’explique évidemment par le traumatisme de la perte du Haut-Karabagh, en 2023. Malgré les garanties de sécurité russes, le Kremlin n’a rien fait de concret pour empêcher l’Azerbaïdjan de reprendre le contrôle de la région séparatiste. Or, l’Arménie, territoire enclavé entre deux nations qui lui sont hostiles (la Turquie et l’Azerbaïdjan), comptait beaucoup sur la Russie pour assurer sa sécurité, et représenter ses intérêts sur la scène internationale.

Pourtant, dans les récents mois, l’Arménie n’a fait que poser de nouvelles conditions à sa coopération avec Moscou, allant jusqu’à la déclasser de sa liste de partenaires stratégiques ; un résultat impensable il y a une décennie, pour un pays si dépendant du commerce avec l’allié russe. Son rapprochement avec l’UE doit l’aider à diversifier ses partenariats, et à obtenir d’autres soutiens que la Russie sur la scène internationale, notamment pour faire valoir ses intérêts dans sa dispute territoriale avec l’Azerbaïdjan.

De l’autre côté de la frontière, la Géorgie est souvent considérée comme le pays le plus europhile du Sud-Caucase, à juste titre aux regards des sondages de l’Union Européenne. Depuis la Révolution Rose de 2003 et le conflit de 2008, Tbilissi avait traditionnellement adoptée une posture davantage tournée vers l’ouest que le reste du Caucase du Sud.

Cependant, avec la dérive de plus en plus liberticide du gouvernement de Rêve Géorgien, et un scepticisme grandissant quant aux garanties de sécurité occidentales (qui n’ont pas empêché les Russes d’envahir l’Ukraine), le tropisme occidental de Tbilissi semble partiellement compromis. Si la Géorgie n’est pas prête à reconnaître ni l’Abkhazie, ni l’Ossétie du Sud, son adoucissement quant au voisin russe illustre un certain pragmatisme, qui n’est partagé ni par les Occidentaux, ni par une grande partie de la population géorgienne.

De son côté, l’Azerbaïdjan s’engage dans une rivalité culturelle

En juillet 2026, la ville azérie de Chouchi a accueilli une conférence intitulée « Diversité Culturelle et Ethnique : Leçons de l’Histoire, Défis Contemporains ». A l’issue de cette conférence, auxquels ont participé des pays tels que la France, les Etats-Unis, ou encore la Turquie et la Géorgie, une déclaration a été adoptée. Visant directement la Russie, ladite déclaration exigeait de Moscou un arrêt du déploiement forcé de minorités ethniques sur le front ukrainien (Echo FM). De plus, la déclaration demandait à la Russie de reconnaître le génocide circassien, qui s’est déroulé au XIXème siècle, à la fin de la conquête russe du Caucase.

Quelques semaines plus tard, le 17 août, Bakhtiyar Gasanov, un personnage important de la diaspora azérie en Russie (chef de l’association Autonomie Nationale-Culturelle Azérie), a été expulsé du territoire russe (Causasian Knot). D’après JAM News, Bakou a répliqué en plaçant sur sa liste des personnes recherchées trois personnalités russes importantes ; notamment un présentateur TV, et un conseiller du Ministère des Transports russe.

Ces deux évènements s’inscrivent dans un contexte de plus en plus tendu entre le Kremlin et Bakou. Malgré leurs liens économiques puissants, l’Azerbaïdjan considère la Russie comme un ancien colonisateur, lui préférant la Turquie en raison de liens culturels et politiques plus étroits. Alors que Moscou tente de montrer les crocs par ses actions coups de poing contre la communauté azérie sur son territoire, cela ne semble n’offrir que davantage de prétextes à l’Azerbaïdjan, pour s’éloigner du Kremlin.

Si elle est loin d’être identique, il est donc possible de voir certaines proximités, au moins dans le contexte, entre les situations de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan au sein de l’espace post-soviétique. La recherche d’un équilibre, partagée sous différentes formes par tous les pays du Sud-Caucase, illustre ce que ces espaces ont de post-soviétique, en réalité.

Le Caucase du Sud comme définition de l’espace « post-soviétique »

Le terme « Etat post-soviétique » renvoie, le plus souvent, à une simple définition historico-géographique : cet espace regroupe les quinze anciennes républiques de l’Union Soviétique, reconnues comme indépendantes par la communauté internationale. Et ce, en dépit des différences parfois énormes de régimes, de cultures et de langues que ces Etats exhibent entre eux. En-dehors d’un bref passé commun, les liens culturels entre des pays comme le Tadjikistan et la Lettonie restent fins ; un constat qui s’applique également au sein d’Etats pourtant géographiquement proches, tels que l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie.

Pourtant, tous sont considérés comme faisant partie d’un espace commun. Cela fait d’ailleurs le jeu de la diplomatie russe, qui traite toujours son ancien empire comme une extension d’elle-même. Cette compréhension d’espace post-soviétique, ou de sa forme plus russophone, « l’étranger proche », a ainsi justifié la politique russe dans des régions comme le Caucase du Sud, teintée d’une rhétorique considérant ces espaces comme « quasi-russes » ; et donc comme un pré carré, à protéger des influences extérieures.

Paradoxalement, cette compréhension a aussi justifié une vision plus « fukuyamienne » des anciennes républiques soviétiques en Occident. A rebours de la position russe, les idéologues occidentaux ont parfois une vision de ces Etats comme de terres à libérer de l’influence russe. L’échec du modèle soviétique représentant le triomphe de la démocratie libérale à l’occidentale, il conviendrait ainsi d’exporter ce modèle, ou du moins ses valeurs constitutives, auprès des républiques nouvellement créées (Sagatienė, 2023). Le cas ukrainien est d’ailleurs, à bien des égards, un excellent exemple de l’opposition entre un Occident se voulant libérateur, et une Russie voulant protéger ce qu’elle considère comme les restes de son empire.

Cependant, au fond, aucun des Etats du Caucase du Sud ne peut être résumé à son simple rattachement au passé russo-soviétique. De même, aucun n’est totalement aligné sur les valeurs occidentales. L’Arménie trouve dans l’Occident une alternative à une dépendance complète de la Russie, quand la Géorgie louvoie entre l’influence des deux blocs.

Il convient donc de dépasser cette logique de bloc, et de voir dans la définition de l’espace post-soviétique plus qu’un concept hérité de la fin de la Guerre Froide. C’est justement car les Etats du Sud-Caucase ne sont plus alignés sur le bloc soviétique, et ont désormais le choix de leur propre politique étrangère et domestique, qu’ils peuvent chercher une forme de gouvernance qui leur soit propre.

Avant de critiquer la diplomatie russe dans le Sud-Caucase, ou d’en saluer le recul évident en Arménie et en Azerbaïdjan, l’exemple géorgien illustre également le danger de vouloir faire de cette région un bastion anti-Kremlin aux portes de la Russie. Les Etats du Caucase, en définitive, ne sont pas plus tenus de s’aligner sur les pratiques et les intérêts occidentaux, que sur ceux de Moscou. Avant de vouloir forcer ces Etats à choisir un camp, il est plus important de laisser ceux-ci définir leur propre voie, qui saura réellement mettre l’héritage de l’Union Soviétique derrière eux.

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