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Le mois d’octobre en Eurasie en bref….

Et voici un petit récapitulatif des événements géopolitiques majeurs

du mois d’octobre 2022 dans l’espace eurasiatique…

 

Union européenne : Du soutien renforcé à l’Ukraine à la crise de la relation franco-allemande.

 

Le 5 octobre 2022, l’Union européenne a adopté son 8ème paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, un préjudice pour ce pays évalué à 7 milliards d’euros par l’UE, en représailles de l’«annexion» récente par la Russie de 4 régions du sud et de l’est de l’Ukraine (Kherson, Zaporijia, Lougansk et Donetsk), votée par le biais de de référendums non-reconnus par Kiev et les États «occidentaux». Des décisions ont été prises avec l’accord de pays au départ réticents comme Chypre, Malte et la Grèce : plafonnement du prix du pétrole russe, embargo progressif sur le pétrole russe acheminé par oléoduc, interdiction du transit du pétrole russe par voie maritime au dessus d’un certain prix. A ces mesures s’ajoutent l’interdiction d’exportations de technologies utilisées par le secteur militaire russe et des mesures restrictives sur certaines importations de Russie. Le 13 octobre, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe a pris une résolution qualifiant le régime russe de «terroriste», à 99 voix pour et une abstention.

La Commission européenne a finalisé le 18 octobre le boulier énergétique de l’Europe (REPowerEU), présenté par sa présidente Ursula Von der Leyen, sans pour autant trouver de consensus entre les États membres sur ses modalités de mise en œuvre précises: plafonnement de certains prix, achat commun de gaz à l’aide de 44 milliards d’euros provenant des fonds de cohésion non utilisés sur la période 2014 – 2020.

Le 6 octobre marquait la première réunion de la Communauté Politique Européenne à Prague, initiative lancée par le président français Emmanuel Macron, à l’occasion de laquelle 17 pays ont été invités en plus des 27 États membres. Une réunion sans la présence de la Russie, marquée par l’appel du président ukrainien Volodymyr Zelensky à «punir l’agresseur» mais dont l’enjeu était aussi, en présence de Liz Truss, la Première ministre britannique démissionnaire au 20 octobre (suite au mandat de 44 jours le plus court de l’histoire de la Grande Bretagne) et que Rishi Sunak a remplacé 5 jours plus tard, les relations entre le Royaume-Uni et l’UE, ou en présence du président turc Recep Tayyip Erdogan, la place de la Turquie dans l’ensemble européen et dont la candidature est bloquée depuis plus de 10 ans.

La fin du mois a été marquée par une crise dans la relation franco-allemande alors que la rencontre entre les deux dirigeants Olaf Scholz et Emmanuel Macron a eu lieu à l’Élysée le 26 octobre, report de la rencontre initiale prévue le 19 octobre. Les divergences actuelles portent sur l’annonce allemande sans concertation d’un plan d’aide de 200 milliards d’euros aux particuliers et entreprises et pour lequel la France craint une distorsion de la concurrence en Europe, l’opposition française au projet de gazoduc MidCat-STEP entre l’Espagne et la France, ou encore l’achat allemand d’une trentaine d’avions de chasse F35 états-uniens privilégiés sur les Rafales produits par Dassault et malgré la coopération des deux pays dans le cadre du projet SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), ou l’opposition française au projet de bouclier antimissile à composante israélienne (European Sky Shield Initiative) plébiscité par l’Allemagne, 10 pays européens appartenant à l’OTAN et la Finlande. C’est aussi la question de l’élargissement de l’UE qui divise les deux chefs d’État, Emmanuel Macron souhaitant une réforme du fonctionnement de l’UE au préalable.

Il est à noter le 17 octobre l’élection du conservateur Ulf Kristersson au poste de Premier ministre en Suède suite à la victoire de la coalition de droite et d’extrême droite aux élections législatives du 11 septembre dernier, marquant ainsi de nouvelles priorités gouvernementales : relance de l’énergie nucléaire, lutte contre la criminalité et l’immigration, fin de la «politique étrangère féministe» et priorité donnée à l’adhésion à l’OTAN toujours bloquée par les autorités turques. En Autriche, les élections présidentielles fédérales se sont soldées par le renouvellement du mandat du candidat sortant écologiste Alexander Van der Bellen le 9 octobre. Les élections législatives en Bulgarie du 2 octobre ont été remportées par le parti GERB de l’ancien Premier ministre Boyko Borissov dont les mandats ont été entachés de scandales de corruption.

 

Europe de l’est : Fixation hivernale de la ligne de front en Ukraine et isolement de la Serbie.

 

Le début du mois d’octobre a été marqué par des gains territoriaux conséquents de l’Ukraine suite à sa contre-offensive, Volodymyr Zelensky déclarant le 1er octobre avoir regagné 500km2 dans le sud du pays autour de Kherson, soit 29 localités, et l’armée ayant regagné l’essentiel de la région de Kharkiv au nord-est et les zones stratégiques de Izioum, Koupiansk et Lyman à l’est. Cependant les bombardements russes se sont fait sentir dans de nombreuses villes ukrainiennes dès le 10 octobre : à Kiev et dans la région environnante tandis que les régions de Lviv, Kharkiv, Odessa, Dnipro, Ivano-Frankivsk, Ternopil, Khmelnitsky, Konotop, Rivne et Poltava étaient également frappées par des missiles. De même des attaques contre les infrastructures énergétiques ont eu lieu à Kiev, Rivne, Khmelnitsky, Ternopil, Konotop, Zhitomir, Lviv et Kharkiv. Selon les autorités ukrainiennes, pour la seule journée du 10 octobre, 83 missiles auraient été tirés dont la moitié aurait été interceptée, et 11 infrastructures auraient été touchées privant totalement 5 régions d’électricité. Une offensive russe en réponse, selon Vladimir Poutine, à l’attaque contre le pont de Crimée du 8 octobre.

Les membres du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) ont décidé le 11 octobre en réunion d’urgence en visioconférence de fournir à l’Ukraine «un soutien financier, humanitaire, militaire, diplomatique et juridique […] aussi longtemps qu’il le faudra » tout en annonçant de nouvelles sanctions à venir tandis que le président ukrainien a fait la demande de fourniture de système de défense anti-aérien SAMP-T auprès de la France et de l’Italie. Il est à noter que le 22 octobre les ministres allemandes des Affaires étrangères (Verts) et de la Défense (SPD) ont demandé au ministre des Finances de tripler l’aide militaire à l’Ukraine.

Pour autant les premiers convois comprenant 9000 soldats russes sont arrivés en Biélorussie le 15 octobre, et le 28 octobre les combats décrits comme «féroces» par le président ukrainien, se poursuivaient dans la région de Donetsk, près de Bakhmout où l’armée se serait rassemblée pour construire une ligne de défense en prévision de l’hiver, et d’Avdiïvka située à 50km plus au sud.

Il est à noter que le 6 octobre Washington a révélé l’implication du gouvernement ukrainien dans l’assassinat de Daria Douguina, suite à une enquête de la CIA, sans pouvoir préciser quels étaient les centres du pouvoir précis concernés, mais en confirmant les soupçons émis par la partie russe à l’égard de la citoyenne ukrainienne Natalia Vovk qui s’est enfuie via l’Estonie.

Du côté des Balkans, conséquence directe du 8ème paquet de sanctions européennes, la Commission européenne a bloqué les importations de pétrole russe en Serbie, pays candidat à l’UE depuis 2012 mais qui ne s’est pas aligné sur les sanctions à l’encontre de la Russie, en bloquant le terminal portuaire croate d’Omisalj, à l’initiative de la Croatie, ce qui a mis un terme aux dérogations dont devaient bénéficier la Serbie et accrue les tensions entre ces deux voisins. Le 14 octobre, c’est la réunion des ministres européens de l’Intérieur qui a exhorté la Serbie à un alignement de sa politique des visas, jugée trop souple, sur celle de l’UE et ce, afin d’éviter l’emprunt de la route migratoire des Balkans occidentaux pour rejoindre l’UE, alors que la présidence tchèque préconise actuellement le concept de «responsabilité flexible» dans le cadre d’une nouvelle proposition sur la réforme de la politique de migration et d’asile de l’UE. Le lendemain 17 octobre, le président serbe Aleksandar Vucic a annoncé la construction d’un oléoduc de 128 km entre Novi Sad et Algyo dans le sud de la Hongrie, allongement de l’oléoduc Droujba provenant de Russie.

 

Russie : Le durcissement des positions.

 

Le 7 octobre, le prix Nobel de la Paix a été attribué à l’ONG Mémorial à Oslo en Norvège, une organisation qui œuvre pour la reconnaissance des crimes de guerre commis durant la période stalinienne et pour le respect des droits de l’homme dans la Russie contemporaine et qui a été dissoute en décembre 2021 par le régime de Vladimir Poutine. Ce prix a également été attribué à Ales Bialiatski, opposant politique au régime d’Alexandre Loukachenko en Biélorussie, et au Centre pour les libertés civiles en Ukraine.

Preuve de la montée des tensions entre la Russie et les pays «occidentaux», le 1er octobre, le gouvernement russe a limité le trafic routier en Russie pour les entreprises européennes ainsi que celles de Norvège, d’Ukraine et de Grande Bretagne, du 10 octobre au 31 décembre, à l’exception des boissons et de quelques denrées alimentaires tels que la viande et le lait. De même, le lendemain, le sous marin russe Belgorod dérivé de la classe Oscar II lancé en 2019, capable de lancer le drone océanique à propulsion nucléaire Status-6 Poseidon et susceptible de porter une charge thermonucléaire de 2 à 100 Mégatonnes, effectuait une sortie en mer Baltique.

Le 12 octobre, le FSB annonçait l’arrestation de 8 suspects dans l’explosion du pont de Kertch reliant la Russie à la Crimée survenue le 8 octobre, tout en désignant «la Direction principale des renseignements du ministère ukrainien de la Défense, son chef Kyrylo Budanov, ses employés et ses agents» comme les organisateurs de l’explosion. Le même jour, l’Assemblée Générale des Nations Unies demandait à la Russie, par le biais d’une résolution non contraignante adoptée à 143 voix pour, 5 contre et 35 abstentions, de revenir sur sa «tentative d’annexion illégale» des quatre territoires ukrainiens.

Le ministère de la Défense russe a réfuté le 18 octobre toute utilisation de drones kamikazes de fabrication iranienne en Ukraine qui seraient intervenus la veille et le 19 octobre le représentant adjoint de la Russie auprès de l’ONU, Dmitri Polianski, a menacé l’institution internationale d’un arrêt de la coopération entre son secrétariat général et la Russie en cas d’enquête mettant cette dernière en cause dans cette affaire. Tandis que le 20 octobre, la porte parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, mettait l’OTAN en garde contre l’aide apportée à l’Ukraine par ses membres en expliquant que ces divers apports en munitions, renseignements, formations et ressources variées, pour une valeur de 42,3 milliards de dollars d’aides apportées à l’Ukraine de la part des pays de l’OTAN, dont 28,3 milliards, pour les USA seuls depuis le 24 février 2022, ne faisaient que rapprocher l’OTAN d’«une ligne dangereuse d’affrontement armé direct avec la Russie». Le 23 octobre, le ministre de la Défense russe, Sergeï Choïgou, faisait part à ses homologues états-unien, français, britannique et turc de ses craintes de l’utilisation d’une «bombe radiologique» par l’Ukraine sur son propre territoire, position réaffirmée le lendemain par le ministre des Affaires étrangères russe, Sergeï Lavrov. Le 24 octobre, c’est Vladimir Poutine qui qualifiait la prochaine décennie de «plus dangereuse, plus importante, plus imprévisible» depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors du Club international de Discussion Valdaï.

Alors que Vladimir Poutine recevait le président de la Guinée Bissau et de la CEDEAO le 25 octobre pour discuter entre autres du prochain Sommet Russie-Afrique de juillet 2023, et que le dirigeant africain rencontrait le lendemain son homologue ukrainien avec lequel ils abordaient la question de la sécurité alimentaire et de l’exportation du blé ukrainien, la Russie a finalement décidé de suspendre le 29 octobre, l’accord trouvé sur les exportations de céréales depuis les ports ukrainiens suite à une attaque de drones ayant visé ses navires en Crimée, ce qu’elle a imputé à la Grande Bretagne et à l’Ukraine.

 

Asie-centrale : Problèmes frontaliers au Kirghizstan et diversification des partenariats internationaux des pays centrasiatiques.

 

Un projet de loi du Parlement kirghize a été discuté en date du 3 octobre qui prévoit la possibilité de fournir des armes aux habitants des districts frontaliers avec le Tadjikistan, malgré la signature d’un protocole de stabilisation de la frontière signée le 25 septembre avec le Tadjikistan voisin et qui faisait suite aux affrontements intenses entre gardes frontaliers entre le 14 et le 17 septembre dernier. Le 19 octobre, le Kirghizstan et le Tadjikistan s’accusaient mutuellement de déstabiliser la frontière : dénonciations de positionnement d’armes lourdes ou de violation de l’espace aérien. Le Kirghizistan renouvelait ainsi son appel à la médiation de la Russie et de l’OTSC, rappelant que les documents permettant la délimitation claire de la frontière se situait à Moscou depuis la fin de la période soviétique.

Dès le 9 octobre, les exercices militaires de l’OTSC «Fraternité indestructible 2022» prévus sur son territoire et impliquant également le Tadjikistan étaient annulés, alors que les parlementaires kirghizes se seraient opposés à la participation de ce dernier. Le 15 octobre, lors du Sommet Asie centrale – Russie qui s’est tenu à Astana, le chef de l’État tadjike, Emomali Rahmon, a déclaré «Nous voulons du respect. Rien d’autre, du respect » accusant la perdurance d’une politique de dépendance vis à vis de la Russie depuis la période soviétique et d’exploitation de ses matières premières, tandis que le même jour le ministre de la Défense russe dénonçait l’implication de deux ressortissants tadjikes dans une attaque terroriste sur un terrain d’entraînement militaire proche de Belgorod. Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko était en visite au Tadjikistan les 11 et 12 octobre pour signer 10 nouveaux documents de coopération.

Les problèmes frontaliers du Kirghizstan concernent aussi ses relations avec l’Ouzbékistan : un projet d’accord concernant le déplacement de la frontière a causé de nombreuses manifestations à partir du 23 octobre concernant le réservoir d’eau kirghize de Kempir-Abad, qui se sont soldées par de nombreuses perquisitions et arrestations par les services de sécurité invoquant des soulèvements visant à renverser le gouvernement. Ces mouvements de contestation s’inscrivent aussi dans un contexte de préparation d’un projet de loi visant un contrôle plus étroit des médias indépendants et pour lequel des représentants des journaux et des représentants de la société civile ont fait appel dès le 20 octobre à la médiatrice Atyr Abdrakhmatova pour qu’elle demande son avis à la Commission de Venise.

Au Kazakhstan, le parti Amamat a nommé le 6 octobre, l’actuel président Kassym-Jomart Tokaiev, comme candidat aux élections présidentielles prévues le 20 novembre prochain et annoncées au début du mois de septembre. Le 27 octobre, une loi d’amnistie pour les participants aux manifestations de Janvier 2022 a été adoptée par le Sénat kazakh : annulation ou réduction de peines à l’exception des organisateurs.

Il est à noter qu’au mois d’octobre le Turkménistan a bloqué environ un tiers de toutes les adresses IP du monde, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Rashid Meredov ayant récemment annoncé la création d’un réseau numérique national autonome, ce qu’aucun autre pays au monde que la Corée du nord ne possède à ce jour.

La fin du mois d’octobre a été marqué par deux événements internationaux d’ampleur, à savoir le 15ème Forum de coopération Corée du sud – Asie centrale à Busan le 25 octobre et la 1ère réunion régionale entre les chefs d’État d’Asie centrale et le président du Conseil européen Charles Michel le 27 octobre.

 

Sud- Caucase : La mission d’observation de l’UE portera-t-elle ses fruits au Karabakh ?

 

Le début du mois d’octobre s’est ouvert par la diffusion de vidéos horrifiantes de probables «crimes de guerre» de l’armée azerbaïdjanaise contre des prisonniers arméniens et la découverte d’une fosse commune de soldats azerbaïdjanais datant de la première guerre du Karabakh, puis de la rencontre quadripartite à Prague, en marge de la 1ère Communauté Politique Européenne, entre les dirigeants azerbaïdjanais, arménien, français et du Conseil européen qui a aussi donné lieu à la première rencontre entre le président turc et le Premier ministre arménien. Cette rencontre a débouché sur l’acceptation par l’Azerbaïdjan du déploiement d’une mission d’observation de l’UE le long de la frontière du côté arménien pour une durée de deux mois qui s’est effectivement déployée à partir du 27 octobre. Entre-temps, l’OSCE annonçait dès le 19 octobre l’envoi d’une «équipe d’évaluation des besoins en Arménie» du 21 au 27 octobre, à l’invitation du gouvernement arménien et sans consultation de la partie azerbaïdjanaise qui a fortement décrié cette mesure.

C’est ainsi que les 27 et 28 octobre ont été le théâtre d’une intense activité diplomatique dans la région : rencontre d’une délégation française de ministère de la Défense, réunion de la mission de l’OSCE avec le vice-ministre des Affaires étrangères et session d’urgence de l’OTSC en Arménie ; réunion des chefs de missions diplomatiques des pays de l’Union Européenne, visite de la secrétaire générale adjointe des Nations Unies et du vice-président du gouvernement de la Fédération de Russie en Azerbaïdjan. Cette évolution notable dans le processus de résolution du conflit arméno-azerbaïdjanais a été marquée aussi par des échanges houleux entre la France et la Russie, la première dénonçant une instrumentalisation du conflit par la Russie qui aurait «joué le jeu de l’Azerbaïdjan avec la complicité de la Turquie» et la Russie dénonçant une «diabolisation» et une «tentative de transfert de la logique de confrontation de l’Ukraine vers d’autres parties de l’espace post-soviétique».

Si le vote de l’ONU contre l’«annexion» des régions ukrainiennes par la Russie a donné lieu dans le sud Caucase à un vote pour (Géorgie), une abstention (Arménie) et une absence (Azerbaïdjan), les relations entre la Russie et les protagonistes du conflit du Karabakh ont été marqués par l’empêchement d’un parlementaire russe de rentrer en Arménie pour ses positions anti-gouvernementales, et une note de l’ambassadeur azerbaïdjanais en Russie au sujet du émission de Pervy Kanal jugé «contraire à l’esprit du partenariat stratégique et de l’interaction de l’alliance» entre les deux pays.

Plusieurs événements ont témoigné des renforcements d’alliances internationales de ces deux pays: les exercices militaires «Aigle du Caucase 2022» conjoints entre la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Turquie ont débuté le 11 octobre et le 24 octobre, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev était en visite en Géorgie pour approfondir avec son homologue les projets régionaux de transport énergétiques : exportation d’un volume de 20 milliards de mètre cube de gaz vers l’Europe en 2027 via deux oléoducs : le Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) et celui de Bakou-Soupsa, exportation de l’électricité azerbaïdjanaise via la Géorgie (10 Gigawatts en énergie renouvelable du Karabakh, 157 Gigawatts de la mer Caspienne), ainsi que le projet Route de Transport Internationale Transcapienne (RTIT = Chine – Kazakhstan – Caspienne – Azerbaïdjan – Géorgie reliant soit l’Europe via la mer Noire soit la Turquie). Ce dernier projet avait fait l’objet de discussion lors de la Conférence sur l’Interaction et les mesures de Confiance en Asie (CICA) le 13 octobre où le dirigeant azerbaïdjanais a fortement promu le «corridor du milieu» dont ferait partie intégrante le «corridor du Zanguezour» catégoriquement rejeté par l’Arménie.

De son côté, le ministre de la Défense arménien Suren Papikian était en visite en Inde, son principal fournisseur d’armes depuis la fin de la «guerre de 44 jours», le 18 octobre où il a assisté à la conférence des ministres de la Défense sous le format «Région de l’Océan indien et partenaires» le lendemain. Les 25 et 26, le ministre des Affaires étrangères arménien Ararat Mirzoyan était en visite au Vatican.

Il est à noter que Ruben Vardanian, homme d’affaire d’origine arménienne qui a renoncé à la nationalité russe l’été dernier et s’est installé au «Haut-Karabakh» pour «soutenir la sécurité de l’Artsakh» a annoncé le 20 octobre accepter la proposition faite le 4 octobre par le «président du Haut-Karabakh», Arayik Haroutiounian, de le nommer «ministre d’État».

Une réunion trilatérale de deux heures et demi entre les dirigeants russe, arménien et azerbaïdjanais s’est déroulée à Sotchi le 31 octobre suite à laquelle les deux parties ont pris la décision de «s’abstenir abstenir de recourir à la force ou à la menace de la force».

Chine: Congrès du PC chinois et jeu d’alliances sur fond de rivalités avec les États-Unis.

 

Concernant la guerre en Ukraine, la Chine s’est contentée le 10 octobre d’un appel à la désescalade suite à l’attaque du pont de Kertch en Crimée par la voix de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Mao Ning, le gouvernement russe saluant la «neutralité» du partenaire chinois.

En effet, le président chinois Xi Jinping a été plutôt occupé ce mois-ci par le 20ème Congrès du PCC entre le 16 et le 22 octobre, qui a permis sans surprise sa réélection à la tête du pays le 23 octobre, et à la veille duquel 4  cadres du Parti Communiste ont été sanctionnés pour des actes répréhensibles, dans un contexte de campagne médiatique louant les réussites du mandat précédent et de censure accrue sur internet suite aux manifestations du 13 octobre sur le pont de Sitong à Pékin. Entre le 26 et le 30 octobre, l’Assemblée Populaire Nationale du PCC s’est réunie pour nommer les nouveaux hauts responsables du gouvernement, une transition vers une politique plus radicale avec l’arrivée de Li Qiang en tant que Premier ministre et numéro 2 du parti, la composition du Politburo réunissant Cai Qi, Li Xi et Ding Xuexiang mais aussi l’ancien chef de l’organe d’anti-corruption Zhao Leji et le visage de l’idéologie chinoise Wang Huning. Des nominations marquées par la déchéance de Hu Chunhua, considéré auparavant comme un des successeurs de Xi Jinping, et la sortie forcée de la réunion du parti de  l’ex-président Hu Jintao qui avait manifesté son désaccord sur le contenu des documents officiels.

Plusieurs pays ont fait montre d’un rapprochement avec la Chine ce mois-ci comme l’ont montré le refus des îles Salomon le 4 octobre d’un accord avec les États-Unis et dont les clauses faisaient «indirectement» référence à la Chine, ou les négociations entamées par le Sri Lanka, annoncées par son président le 6 octobre, concernant un rachat de sa dette par la Chine. De même, l’Arabie Saoudite, principal fournisseur d’hydrocarbures de la Chine, lui a assuré sa « volonté de coopérer pour maintenir la stabilité du marché mondial des hydrocarbures», quelques semaines après l’annonce par le prince saoudien Mohamed ben Salman de vouloir baisser la production d’hydrocarbures de 2 millions de barils par jour, ce qui représente un revers diplomatique pour les États-Unis qui souffrent déjà d’une inflation galopante, tandis que la Chine lui a rappelé son «soutien actif pour la procédure d’adhésion à un nouveau membre dans le [groupe des] BRICS» dont elle assure cette année la présidence.

De son côté, les Philippines ont finalisé le 14 octobre avec les États-Unis l’entraînement militaire conjoint que les deux armées menaient à Capas, l’opération KAMANDAG débutée le 3 octobre. Cette compétition sino-américaine dans la zone indo-pacifique a aussi été illustrée ce mois-ci par la planification d’une coopération sécuritaire renforcée entre le Japon et l’Australie impliquant un  partage d’informations soutenu sur les actions et mouvements de la Chine, annoncé le 19 octobre par l’ambassadeur japonais à Canberra en amont de la rencontre du 22 octobre entre les Premiers ministres des deux pays, et qui a fait l’objet des critiques du ministre des Affaires étrangères chinois le 24 octobre déclarant que «la région Asie-Pacifique [n’avait] pas besoin de blocs militaires et encore moins de regroupements susceptibles de provoquer des affrontements entre blocs ou d’attiser une nouvelle guerre froide».

Cette rivalité entre des deux premières puissances mondiales se joue aussi sur le terrain des technologies : l’ «observateur du commerce états-unien» (US Trade Watch) a ajouté 31 entreprises chinoise productrices de semi-conducteurs sur sa liste noire, décision s’inscrivant dans la stratégie d’intensification de la compétitivité nationale des Etats-Unis dans le domaine. Quelques jours plus tard, la Commission fédérale des communications américaine (US FCC) a décidé de bannir l’approvisionnement en équipement des entreprises Huawei et ZTE, et en réponse, le fabricant chinois d’équipement technologique de pointe Naura Technology a suspendu les employés de nationalité américaine travaillant le développement de ses équipements. Le fabricant de semi-conducteur taïwanais TSMC a obtenu une dérogation pour pouvoir poursuivre ses activités en Chine une année supplémentaire. Par ailleurs, le rapport du 20ème congrès du PCC témoigne des velléités nucléaires de la Chine en terme de dissuasion par rapport aux autres puissances, ce qui constitue une rupture avec le 19ème congrès de 2017. Selon certains rapports, cette dissuasion s’étendrait à l’espace et à la cyberguerre par l’utilisation de la technologie de l’intelligence artificielle, des mégadonnées et des plateformes de combat sans pilote.

Il est à noter que le 19 octobre le ministère de la Défense de Grande-Bretagne a affirmé que certains de ses anciens pilotes ont été recrutés pour aider l’armée chinoise et que le 24 octobre deux ressortissants chinois ont été accusés d’espionnage et de tentative de corruption par les tribunaux américains.

Rappelons que le 6 octobre, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies a rejeté l’appel au débat sur le rapport concernant le Xinjiang par 19 voix contre, 17 pour et 11 abstentions.

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