Les Emirats Arabes Unis au Yémen : un échec diplomatique et militaire

Vue Abou Dhabi - Emirats Arabes Unis
En décembre, les Émirats Arabes Unis ont défié l’Arabie saoudite au Yémen, en soutenant le Conseil de transition du Sud (CTS) dans une offensive territoriale. Ce coup de force a provoqué une rupture dans le camp anti-houthiste, lorsque Riyad a frappé le port de Moukalla, ciblant des cargaisons de matériel militaire et de véhicules blindés destinés au CTS.
Retour sur les événements au Yémen : la réaction saoudienne
Le jour même, l’Arabie saoudite a adressé un ultimatum, par le biais du Conseil présidentiel yéménite, exigeant leur retrait dans les 24 heures. Après l’annulation de l’accord de défense conjoint entre Abou Dhabi et le Conseil présidentiel yéménite, le ministère de la Défense émirati a publié un communiqué annonçant « la cessation de la présence [de ses] équipes antiterroristes restantes au Yémen, de sa propre initiative, de manière à garantir la sécurité de son personnel et en coordination avec les partenaires concernés ». Le retrait semblait indiquer une désescalade, mais il cachait en réalité une tentative de repositionnement stratégique.
Dès le 30 décembre, des affrontements ont éclaté dans la ville de Moukalla. Plusieurs régions du Yémen ont ensuite connu des escalades similaires, notamment les gouvernorats d’Al-Mahrah, de Shabwa et d’Abyan.
Le 3 janvier, le Conseil de transition du Sud a annoncé le lancement d’une transition de deux ans vers l’indépendance de « l’Arabie du Sud », tandis que Riyad convoquait les différents partis yéménites pour discuter de l’avenir de la coalition anti-houthis.
Le 7 janvier, les troupes du gouvernement reconnu, épaulées par l’armée de l’air saoudienne, ont pris d’assaut les bastions du séparatisme sudiste : la ville d’Aden et le gouvernorat de Lahj. Selon Al Jazeera, l’Arabie saoudite aurait mené une quinzaine de frappes aériennes sur Al Dhale, afin d’empêcher les hommes d’Aidarous Al-Zubaidi de rejoindre le port d’Aden. Pendant ce temps, le chef du Conseil de transition du Sud se serait enfui vers les Émirats arabes unis, en passant par le Somaliland, selon Reuters.
Selon Al Arabiya, malgré la fuite de leur leader, la délégation du CTS était présente parmi les partis de la coalition yéménite, afin de négocier un compromis avec l’Arabie saoudite. Mohammad al-Ghaithi, haut représentant du CTS, a dénoncé les actions de son chef, affirmant qu’elles « ont nui à la cause du Sud et ne l’ont pas servie ». Sur X, il ajoute avoir entendu « des engagements clairs de nos frères à Riyad envers la cause de notre peuple et la garantie d’un avenir sûr et stable ».
La dégradation des relations entre l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis
Malgré les communiqués évoquant la fraternité entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les derniers événements semblent avoir endommagé la confiance entre les deux monarchies. Les divergences d’intérêts sécuritaires et économiques se multiplient, et les deux États semblent désormais en opposition sur plusieurs dossiers régionaux, favorisant une polarisation au sein du Moyen-Orient.
Le soutien des ambitions séparatistes du Sud Yémen par Abou Dhabi a dévoilé une stratégie d’influence sur le détroit de Bab el-Mandeb et le golfe d’Aden, au détriment des intérêts économiques saoudiens. Ces rivalités s’étendent toutefois aux équilibres géopolitiques africains.
Cette rupture s’inscrit dans un contexte de tensions plus ancien. La relation diplomatique entre les deux États s’était déjà dégradée lors de la visite de Mohammed ben Salmane à Washington, au cours de laquelle il avait demandé à Donald Trump de sanctionner les agissements d’Abou Dhabi au Soudan. Dans ce contexte, les ambitions des Émirats arabes unis ont provoqué un rapprochement entre l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte.
Les soutiens régionaux de l’Arabie saoudite : Egypte, Turquie et Soudan.
La presse saoudienne rapporte que le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a mis l’accent sur l’importance d’intensifier la coordination entre les deux États lors de sa rencontre, le 5 janvier, avec le ministre saoudien des Affaires étrangères. Il a affirmé partager des positions identiques et vouloir « parvenir à des solutions pacifiques aux crises régionales ».
La Turquie, qui s’est heurtée à plusieurs reprises aux Émirats arabes unis en Afrique, a soutenu sans hésitation l’Arabie saoudite. Le 4 janvier, Recep Tayyip Erdoğan a eu un entretien téléphonique avec le dirigeant saoudien afin de discuter de la situation en Somalie, au Yémen et à Gaza. Le président turc a affirmé son intention de « renforcer la coopération » avec Riyad.
L’Arabie saoudite a, dans le même temps, réaffirmé son appui aux forces gouvernementales soudanaises, engagées contre les Forces de soutien rapide, soutenues par Abou Dhabi. Le déplacement du ministre saoudien des Affaires étrangères à Port-Soudan, le 7 janvier, pour rencontrer le général Abdel Fattah al-Burhan, illustre la polarisation croissante entre les deux principales monarchies du Golfe.
À propos de l'auteur
Lucas Calmon Miranda
Biographie non renseignée



