Washington confie à Séoul le commandement maritime du RIMPAC 2026

Conférence de presse d'ouverture de l'exercice RIMPAC 2026 à Hawaï. Source : flotte américaine du Pacifique
L’édition 2026 du plus grand exercice maritime multinational au monde, « Rim of the Pacific » (RIMPAC), se déroule actuellement du 24 juin au 31 juillet 2026, dans et autour des îles hawaïennes. Organisée par les États-Unis, cette édition a pour thème « Partenaires : intégrés et préparés », mettant ainsi en avant « l’engagement multinational en faveur de la préparation collective et de l’interopérabilité, au service d’un Indopacifique libre et ouvert ». Dans un contexte d’instabilité grandissante dans le Pacifique, il apparaît pertinent d’analyser ce que les dynamiques propres à cet exercice et le contexte dans lequel il a lieu peuvent nous apprendre sur l’évolution des coopérations de défense des pays de la région.
Le RIMPAC : un exercice de grande ampleur alliant pouvoir de dissuasion et opérabilité
Réunissant 31 États alliés aux côtés des forces armées américaines, cet exercice organisé tous les deux ans et dont la première édition date de 1971 a pour objectif de « consolider la coopération et la confiance internationale, renforcer l’interopérabilité et permettre à chaque nation d’atteindre ses objectifs ».
Pour de nombreux pays, la participation à cet exercice permet de témoigner de leur engagement en faveur du multilatéralisme ainsi qu’à consolider leur coopération de défense avec des partenaires clés, tels que les États-Unis, en particulier dans un espace dans lequel de nombreux États sont préoccupés par l’expansion de l’influence chinoise. C’est notamment le cas de l’Inde dont la participation au RIMPAC survient alors qu’elle cherche justement à améliorer ses capacités de surveillance maritime.
Au-delà de son rôle diplomatique et dissuasif, le RIMPAC constitue surtout un cadre privilégié pour l’entraînement des forces armées partenaires dans des domaines variés tels que les opérations amphibies, la lutte contre les mines ou l’utilisation de l’intelligence artificielle. L’édition 2026 mobilise ainsi plus de 30 navires de surface, cinq sous-marins et environ 30 000 personnels. Comme expliqué par le vice-amiral de la marine américaine Jeff Jablon, « en s’entraînant ensemble dans des scénarios complexes et réalistes, les nations participantes améliorent leur niveau de préparation, perfectionnent leurs capacités de combat et renforcent l’interopérabilité nécessaire pour opérer efficacement côte à côte, où et quand cela est requis » sous-entendant une nécessité future à réagir conjointement face à une menace commune et concrète.
Le commandement maritime confié à la Corée du Sud: un rôle qui reflète l’état de la coopération de défense américano-sud-coréenne
La Corée du Sud est le premier pays asiatique à prendre la tête du « Combined Force Maritime Component Command » (CFMCC) du RIMPAC, sous la direction de Kim In-ho, commandant de la flotte de la République de Corée. Celui-ci y voit une preuve de progression majeure et déclare : « cela signifie que nous sommes passés du statut de simple nation participante à celui de pays capable de commander des forces multinationales ». Cette opportunité permet à la Corée du Sud de se présenter comme un acteur naval de premier plan sur la scène internationale et lui offre également l’occasion de démontrer la confiance que ses partenaires lui accordent pour assurer la coordination de l’opération.
Côté états-unien, la décision d’attribuer ce rôle à la Corée du Sud traduit une volonté claire de « partager le fardeau de la sécurité de l’Indopacifique ». En effet, bien que le président sud-coréen ait récemment sollicité Donald Trump, lors du sommet du G7, afin de l’aider à « résoudre le problème nord-coréen », assigner à Séoul le rôle de commandant maritime du RIMPAC peut également être interprété comme un rappel des « attentes envers Séoul de faire évoluer son rôle en réponse aux dynamiques changeantes de la sécurité régionale ». Comme l’a rappelé le général Xavier Brunson, également commandant des forces armées américaines stationnées en Corée du Sud, l’exercice RIMPAC n’a pas simplement une portée diplomatique mais permet bien de garantir des capacités opérationnelles conjointes en cas de conflits : « De tels entraînements sont essentiels, car ils permettent de s’exercer de manière anticipée et d’améliorer la collaboration mutuelle avant même que des conflits n’éclatent. »
Une telle décision n’a évidemment pas manqué de faire réagir la Corée du Nord. Le média d’Etat nord-coréen a ainsi qualifié l’exercice RIMPAC de « démonstration de guerre menée par les Etats-Unis et leurs alliés, visant les pays de l’Indopacifique ». Décrivant Séoul comme la « marionnette » de Washington, il les accuse de menacer la paix et la sécurité mondiale.
En arrière plan du RIMPAC, une accélération des tensions dans l’Indopacifique
La mise en œuvre de l’édition 2026 du RIMPAC intervient dans un contexte international spécifique. La période ayant précédé le RIMPAC, ainsi que son déroulement, ont en effet été marqués par une intensification des relations entre la Chine, la Corée du Nord et la Russie, ainsi que par une multiplication des exercices militaires dans la région.
On note tout d’abord la tenue de l’exercice militaire conjoint « Joint Sea-2026 » entre la Chine et la Russie à partir de la fin du mois de juin. Cet exercice présentait des simulations de missions maritimes et aériennes « fortement orientées sur le combat » et témoigne d’un niveau d’interopérabilité et de confiance mutuelle avancé entre les deux États participants.
Lors de ces exercices, un destroyer chinois a notamment été aperçu au sein de la zone économique exclusive japonaise, menant des exercices de tirs réels à proximité de l’île d’Okinotorishima. Bien que ce type d’exercice n’enfreint aucune loi internationale, il pose des risques importants pour les navires opérant dans cette zone. Mais la tension entre la Chine et le Japon réside principalement dans la question de la souveraineté territoriale. En effet, la Chine ne reconnaît pas l’île d’Okinotorishima comme partie intégrante du territoire japonais : elle estime qu’il s’agit d’un simple récif qui, en vertu du droit international, ne peut générer une zone économique exclusive. À ce sujet, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a qualifié les inquiétudes exprimées par le Japon de « sans fondement », déclarant : « En diffamant d’autres pays pour des actions légitimes et conformes au droit, et en agitant la prétendue menace extérieure, le Japon cherche en réalité des justifications pour accélérer sa remilitarisation » (TJD1).
Par ailleurs, en juin 2026, Kim Jong-un a prononcé un discours au chantier naval de Nampho dans lequel il a déclaré sa volonté de moderniser la marine nord-coréenne et ainsi de « mettre fin à plus de 70 ans de stagnation ». Dans le même mouvement, il a commandé la construction d’un destroyer de 5000 tonnes, un bâtiment qui représentera le plus grand navire de guerre nord-coréen à ce jour.
Sur le plan diplomatique, la Corée du Nord travaille également au maintien des relations avec ses alliés traditionnels. Le 19 juillet 2026, la ministre nord-coréenne des Affaires étrangères a été accueillie par Vladimir Poutine en Russie. Une rencontre surprenante en cela qu’elle a été organisée sans occasion officielle apparente, mais qui a permis au président russe de renouveler ses remerciements envers Pyongyang pour son soutien militaire en Ukraine.
Plus tôt durant le mois de juillet, le média d’État nord-coréen KCNA a publié des échanges entre Xi Jinping et Kim Jong-Un dans lesquels le président chinois a réaffirmé son soutien à la Corée du Nord « quelque soit l’évolution de la situation internationale ». De son côté, Kim Jong-Un a déclaré que l’amitié et la coopération bilatérale entre les deux pays a atteint « un nouveau niveau stratégique ». Cette publication n’est pas anodine et survient au moment du 65ème anniversaire du « traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle » entre les deux États, un traité signé en 1961 et qui reste à ce jour le seul pacte de défense mutuelle encore en vigueur de la Chine.
La tenue du RIMPAC n’est donc pas un événement isolé, mais s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. Dans un espace confronté à des tensions grandissantes, visibles par une accélération de l’armement et des contestations territoriales, les États-Unis semblent déléguer un rôle plus important aux autres pays de la région, notamment à la Corée du Sud, dans le maintien de la sécurité. Dans ce contexte, la tenue simultanée d’exercices militaires multinationaux, tels que le « Joint Sea-2026 » et le RIMPAC, illustre deux coopérations de défense concurrentes.
À propos de l'auteur
Hortense de Lorgeril
Biographie non renseignée



