La Corée du Sud réaffirme l’importance de son allié américain dans la gestion de la menace nord-coréenne

Le Président américain Donald Trump salue le Président de la Corée du Sud Lee Jae-myung et la Première dame Kim Hye-kyung. Source: site officiel de la Présidence sud-coréenne. Republic of Korea Cheong Wa Dae.
Lors du sommet du G7, le Président de la Corée du Sud a saisi l’opportunité d’un entretien avec Donald Trump, applaudissant ses résultats – pourtant jugés mitigés – au Moyen-Orient, afin de remettre au premier plan la question nord-coréenne. Cet entretien a été l’occasion de faire un état des lieux des relations de défense entre les deux pays.
Face à une administration Trump imprévisible, la Corée du Sud priorise l’autonomie stratégique
Depuis le début du second mandat de Donald Trump, les États-Unis se sont montrés très clairs sur leur volonté de s’écarter du dossier nord-coréen et de laisser plus de responsabilité à la Corée du Sud dans ce domaine. Le Pentagone a explicité cette intention dans le document de stratégie de défense nationale de l’année 2026, où il est inscrit que « la Corée du Sud est capable d’assumer l’essentiel de la responsabilité en matière de dissuasion envers la Corée du Nord, avec un soutien important mais plus limité des États-Unis ». Pour rappel, la Corée du Sud accueille actuellement 28 500 militaires américains dans un objectif de dissuasion face à la menace nord-coréenne, une menace très concrète au vu du développement de l’arsenal nucléaire de Kim Jong-Un. La priorité des États-Unis est d’assurer sa défense nationale, ce qui en Asie de l’Est, concerne avant tout la Chine.
Pour faire face à un contexte international changeant et incertain, le Président sud-coréen, Lee Jae-Myung, priorise une stratégie d’autonomie de défense. Une conviction défendue en octobre dernier lors de la guerre tarifaire de Donald Trump, puis réaffirmée en janvier 2026 durant une conférence au palais présidentiel.
Concrètement, cette prise d’autonomie par rapport aux États-Unis est visible à travers une augmentation du budget alloué à la défense, en hausse de 7,5% en 2026 par rapport à 2025. Mais aussi à travers le renforcement d’alliances non-conventionnelles. Le 31 mai 2026, les ministres de la Défense japonais et sud-coréen se sont notamment entretenus lors du Dialogue de défense régionale de Shangri-La, tenu à Singapour, et ont discuté de l’éventualité d’un « accord de soutien militaro-logistique » qui permettrait aux deux nations de « partager et se procurer mutuellement des ressources logistiques militaires comme le pétrole, la nourriture et les munitions ». Mais cet accord n’est encore qu’à l’état de discussion, freiné par les relations tendues entre les deux pays au vu de leur passé colonial. On notera tout de même que dans un communiqué de presse publié le 30 mai, le Ministère de la Défense japonais a annoncé la tenue d’exercices humanitaires bilatéraux entre le Japon et la Corée du Sud, les premiers depuis 9 ans.
Une dépendance militaire et diplomatique structurelle de la Corée du Sud envers les États-Unis
Pourtant, force est de constater que la Corée du Sud s’appuie toujours fortement sur son allié américain lorsqu’il s’agit d’assurer le maintien de ses capacités de défense et de dissuasion. Sur le plan de l’armement, les États-Unis représentent toujours son principal exportateur d’armes. Le 12 juin, les États-Unis ont justement validé la vente de « missiles air-air avancés et d’équipements relatifs » à la Corée du Sud, un accord commercial critiqué par Pyongyang. Un peu plus tôt, en mai, les deux pays ont débattu sur la nécessité de certains ajustements techniques concernant la gestion de la zone démilitarisée entre les deux Corées, une zone dont la gestion est partiellement assurée par un commandement militaire américain et dont la Corée du Sud cherche à récupérer le contrôle afin d’affirmer sa souveraineté.
Plus récemment, le Président Lee Jae-Myung s’est rendu au sommet du G7 organisé à Evian-les-Bains, en France, en tant que pays partenaire. Lors d’un dîner officiel organisé par le Président Macron, le chef d’État sud-coréen s’est entretenu avec son homologue américain au sujet de la question nord-coréenne. Cette rencontre intervient peu de temps après que les États-Unis aient conclu un accord avec l’Iran visant à mettre fin au conflit qui les opposait.
Cet échange conforte, dans le contexte de négociations difficiles avec l’Iran,le Président Trump dans son rôle de diplomate, et a permis à Lee Jae-Myung d’insister sur le fait que «Washington doit jouer un rôle central dans la résurrection des relations diplomatiques avec la Corée du Nord ». Il plaide ainsi pour que le Président américain aide à « résoudre le problème nord-coréen » et à « construire une paix durable sur la péninsule coréenne », notamment en ralentissant les ambitions nucléaires de Kim Jong-Un, considérant que « laisser l’impasse actuelle non-résolue ne ferait qu’autoriser [la Corée] du Nord à avancer son programme nucléaire, rendant toutes futures conversations plus difficile ». Certains experts estiment en effet que le conflit américano-iranien a mis en évidence la capacité de certains États à imposer leur volonté face aux États-Unis, un exemple qui pourrait « servir de manuel de négociation pour Kim [Jong-Un] ».
Ces récents événements illustrent la difficulté pour la Corée du Sud à se situer par rapport à son allié américain dans leur coopération de défense bilatérale. Coincée entre volonté d’autonomie stratégique et dépendance militaire, la Corée du Sud, de manière similaire à son voisin japonais, semble adopter une position diplomatique ambivalente visant à flatter son allié américain tout en affirmant sa souveraineté.
À propos de l'auteur
Hortense de Lorgeril
Biographie non renseignée



