Le 76e anniversaire de la guerre de Corée : la fin de l’idéal de réunification ?

Discours du président Lee Jae-myung à l'occasion du 76e anniversaire de la guerre de Corée
À l’occasion du 76e anniversaire du déclenchement de la guerre de Corée (1950-1953), le président Lee Jae-myung s’est engagé, le 25 juin 2026, à construire une péninsule coréenne pacifique, tout en réaffirmant la nécessité de maintenir une défense nationale robuste.
76 ans après la guerre de Corée, Lee Jae-myung fait de la mémoire un levier de paix et de diplomatie
Dans son allocution, le président Lee Jae-myung a promis, le 25 juin, d’établir une « péninsule coréenne pacifique » à l’abri de la guerre, alors que la Corée du Sud commémorait le 76e anniversaire du déclenchement du conflit. La cérémonie s’est tenue au Suwon Convention Center, dans la province du Gyeonggi, en présence de centaines de vétérans, de familles et de responsables gouvernementaux et militaires.
« [Le gouvernement] protégera le peuple et le territoire avec de fortes capacités de défense et bâtira une péninsule coréenne pacifique qui ne craint d’avoir une guerre ou ne ressent un besoin de confit », a déclaré le chef de l’État, ajoutant : « Je crois que ce serait la plus grande récompense que nous puissions accorder à ceux qui ont consacré leur vie et leur jeunesse à la défense du pays ». Il a également promis que le gouvernement « protégera inébranlablement la République de Corée qui a été bâtie par des héros », rappelant que leur souvenir « est une obligation claire des descendants qui bénéficient aujourd’hui de la liberté, de la prospérité et de la paix ».
Lee Jae-myung a rendu hommage aux vingt-deux États ayant envoyé des troupes ou une assistance médicale sous bannière onusienne durant le conflit, promettant d’approfondir la « diplomatie des vétérans » sud-coréenne. Le président a fait décerner, à cette occasion, des distinctions à des vétérans dont le service n’avait jamais été reconnu. À ce titre, il a également réaffirmé « le principe indéfectible du gouvernement » selon lequel les sacrifices extraordinaires appellent une « compensation extraordinaire », tout en renouvelant son engagement à « sauvegarder [le] peuple et [le] territoire par de solides capacités de défense » et à bâtir « une péninsule coréenne pacifique où il n’y a ni peur de la guerre ni besoin de conflit ». En outre, cette commémoration s’inscrit dans le narratif de la politique étrangère sud-coréenne, à savoir d’un pays passé du statut de récipiendaire de l’aide internationale, à celui de contributeur dont la prospérité actuelle doit beaucoup à la solidarité de la communauté internationale.
Retour sur la guerre de Corée
Déclenchée le 25 juin 1950 par l’invasion du Sud par les forces nord-coréennes, la guerre de Corée oppose, dans le contexte naissant de la Guerre Froide, la République de Corée – soutenue par un commandement unifié des Nations unies dominé par les États-Unis – à la République populaire démocratique de Corée, appuyée par la Chine populaire et l’Union soviétique. Le front, après avoir reculé et avancé à plusieurs reprises jusqu’à Séoul, se stabilise dès 1951 autour du 38e parallèle, avant que le conflit ne s’achève le 27 juillet 1953 par la signature d’un armistice à Panmunjom. Les deux Corées demeurent ainsi, sur le plan juridique, en état de guerre depuis 76 ans, séparées par une zone démilitarisée (DMZ).
Le bilan humain demeure imprécis, les sources différant selon les méthodes de comptage. Les estimations courantes font état d’environ 137 900 militaires sud-coréens disparus, auxquels s’ajoutent 33 700 soldats américains et plusieurs milliers de militaires des autres contingents onusiens. Côté nord-coréen et chinois, les pertes militaires se comptent en centaines de milliers de combattants. Le bilan civil, plus lourd encore, dépasserait deux millions de morts, auxquels s’ajoutent plusieurs millions de réfugiés. La guerre de Corée a été l’un des conflits les plus meurtriers de la seconde moitié du XXe siècle.
De la réunification à la coexistence
Face à la nouvelle donne nord-coréenne, la réponse de Séoul a été soigneusement calibrée pour réaffirmer son attachement formel à l’unification tout en prenant acte de la position de Pyongyang. Publié le 18 mai 2026, le premier livre blanc du ministère de l’Unification sous l’administration Lee Jae-myung reconnaît pour la première fois l’existence de « deux États de facto » sur la péninsule, tout en indiquant que Séoul entend poursuivre « l’unification tout en construisant une relation de coexistence pacifique ». Le texte fixe trois principes : le respect du gouvernement nord-coréen tel qu’il est, le renoncement à toute unification par absorption, et l’engagement à ne pas recourir à l’hostilité. Il propose de rétablir les canaux de dialogue inter-coréens ainsi que de relancer l’accord militaire du 19 septembre 2018, abandonné sous Yoon Suk-yeol. De son côté, le ministre de l’Unification Chung Dong-young avait qualifié cette inflexion d’« approche à deux États axée sur la paix », une formule attribuée moins à la ligne du président Lee lui-même qu’aux vues personnelles du ministre, au point que le ministère dû préciser que cette caractérisation des « deux États » demeurait une proposition de mise en œuvre de la paix, et non la politique officielle de l’administration. Le choix sémantique a en tout cas suscité une vive critique du Parti du pouvoir populaire (PPP), qui y a vu une atteinte à la Constitution.
Cette évolution reflète une tendance de fond de l’opinion publique sud-coréenne. Le soutien à la réunification qui dépassait 80 % dans les enquêtes des années 1990, a régulièrement reculé depuis, tombant sous la barre des 60 % dès le début des années 2010 et continuant de s’éroder depuis, au sein des plus jeunes générations pour lesquelles l’idée d’une identité coréenne unique perd du terrain face à celle de deux sociétés distinctes.
La rupture de la doctrine de réunification nord-coréenne
Reconstruite sous l’autorité de Kim Il-sung, puis transmise à Kim Jong-il et depuis à Kim Jong-un, la Corée du Nord a fondé son système sur un contrôle politique absolu, le juche, ainsi qu’un arsenal nucléaire et balistique dont Pyongyang revendique désormais ouvertement la légitimité. Depuis décembre 2023, Kim Jong-un a rompu avec la doctrine historique de réunification, qualifiant Séoul d’« ennemi principal et invariable » et renonçant, en janvier 2024, à toute unification pacifique, matérialisée par la destruction de l’Arche de la Réunification à Pyongyang et la modification des paroles de l’hymne national. Cette doctrine a été gravée dans la loi fondamentale par la révision constitutionnelle adoptée en mars 2026 et révélée début mai. Le nouveau texte supprime toute référence à la réunification et introduit une clause définissant le territoire nord-coréen – la ligne d’armistice au 38e parallèle au Sud et les frontières chinoise et russe au Nord – en lieu et place des formules antérieures appelant à la « réunification nationale ». Ces évolutions confirment que Pyongyang entend consolider durablement la partition de la péninsule plutôt que la dépasser, plaçant Séoul devant un dilemme : maintenir l’ambition constitutionnelle d’une réunification pacifique tout en composant, dans les faits, avec un voisin qui n’y aspire plus.
À propos de l'auteur
Mathis Malhaire
Biographie non renseignée



