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VEILLE SUD-CAUCASE – du 7 janvier au 13 janvier 2023

Publié le 14/01/2023
21 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

07-13/01/2023 : Point sécuritaire et humanitaire au Karabakh et autour du corridor de Latchin

Cette semaine a été marquée à nouveau par la poursuite des polémiques autour de la situation de blocage du corridor de Latchin dénoncée par les autorités arméniennes et par l’aggravation de la situation humanitaire dans l’enclave du Karabakh sous surveillance des forces de maintien de la paix russe, et pour laquelle plusieurs médias locaux azerbaïdjanais (Report.az, APA.az, Trend.az) ont continué d’assurer quotidiennement dès le 7 janvier et durant toute la semaine que les convois de casques bleus russes et du CICR étaient toujours en mesure de se déplacer : 3 nouveaux patients auraient ainsi été transférés le 7 janvier vers l’Arménie et une trentaine de véhicules militaires du contingent russe dont plusieurs camions citernes auraient traversé la zone de protestation des militants écologistes pro-gouvernementaux le 9 janvier. Puis le 10 janvier, 3 véhicules du CICR et 20 véhicules militaires russes, le 11 janvier, 43 véhicules militaires, le 12 janvier, 29 véhicules militaires et 7 véhicules du CICR ainsi que 3 patients transférés depuis Stepanakert selon le «ministère de la Santé du Haut-Karabakh»,puis le 13 janvier, 24 véhicules militaires.

Dès le 10 janvier le «Centre d’Information de l’Artsakh» a commencé à publier un bulletin quotidien sur les conséquences du blocage de l’enclave faisant part de la fermeture de 41 crèches, 56 écoles maternelles, 20 institutions éducatives concernant un total de 6828 enfants, d’un accident sur une ligne à haute tension sur la section Aghavno-Berdzor dont la réparation serait rendue impossible par le blocage du corridor, et informant de la mise en place à venir d’un système de coupons de distributions alimentaires pour la population. Ce bulletin a annoncé les chiffres suivants : 10 enfants en soins intensifs néo-nataux, 12 patients en soins intensifs dont 6 en situation critique, 110 naissance depuis le début du blocage tout en déclarant : «Les agents du gouvernement azerbaïdjanais, par leurs actes terroristes, ont retenu 120 000 Arméniens en otage pendant un blocus de 30 jours. En raison du blocus, 120 000 habitants d’Artsakh (dont 30 000 enfants) sont confrontés à plusieurs défis et sont au bord de la famine. Le blocus a empêché la livraison de 12 000 tonnes de biens vitaux pour la population de l’Artsakh. Jusqu’à présent, seule une petite partie des marchandises a été livrée par le Comité international de la Croix-Rouge et le contingent de maintien de la paix de la Fédération de Russie». A partir du 11 janvier, ce bulletin a commencé à faire état de la diffusion de fausses informations azerbaïdjanaises pour «terroriser la population» et «intimider les habitants au milieu de la crise humanitaire en cours». Ils ont ainsi dénoncé la diffusion d’un «faux document créé par les forces spéciales azerbaïdjanaises décrivant un plan d’évacuation […] avec l’en-tête de la télévision publique d’Artsakh le 9 janvier». Il a également fourni les chiffres de «690 petites et moyennes entreprises (14,7% du total) [ayant] suspendu leurs activités en raison de l’impossibilité de travailler sous le blocus», 3200 personnes ayant perdu leur emploi et l’empêchement du transfert de «12 000 tonnes de biens vitaux». Le 13 janvier, ce bulletin a informé de la rupture de l’accès à internet dans l’enclave, connexion rétablie dans la journée selon les autorités du Haut-Karabakh, ainsi que du transfert de 3 patients la veille à l’aide du CICR.

10/01/2023 : Conférence de presse du Premier ministre arménien et refus d’accueillir les exercices de l’OTSC «Fraternité Indestructible 2023».

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, lors de sa conférence de presse du 10 janvier, qui a duré presque 4 heures, a tenu plusieurs propos relayés également par les médias locaux et russes (News.am, Armenpress, Azatyutun.am, Tass.ru, Eurasianet, Ocmédia, Civilnet.am). Il a d’abord dénoncé la volonté sous-jacente de ces événements de «briser la volonté des habitants du Haut-Karabakh de vivre dans leur patrie» en rappelant : «selon la déclaration trilatérale, l’Azerbaïdjan et la Russie ont des obligations juridiques concernant le corridor de Lachin. […] Le corridor de Lachin devrait être sous le contrôle du contingent russe de maintien de la paix, ce qui signifie qu’aucune autre entité ne devrait avoir le contrôle sur le corridor de Lachin. Et nous espérons que cette exigence sera satisfaite. Il s’agit de la capacité de l’Azerbaïdjan à négocier».

Au sujet de l’action des casques bleus russes, il a déclaré : «Nous ne critiquons pas les Casques bleus russes, nous exprimons notre inquiétude quant à leurs actions, et cette inquiétude a une longue histoire. J’attire constamment l’attention de nos partenaires russes sur le fait qu’une campagne d’État visant à discréditer les casques bleus russes a commencé en Azerbaïdjan. […] S’il s’avère que la Russie, pour des raisons objectives ou subjectives, n’est pas en mesure de remplir ses obligations en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, elle devrait demander au Conseil de sécurité de l’ONU soit de fournir aux forces russes de maintien de la paix un mandat, ou d’envoyer une nouvelle mission multinationale de maintien de la paix au Haut-Karabakh, qui garantira l’architecture de sécurité établie par la déclaration tripartite du 9 novembre».

Il a également déclaré : «Les forces armées azerbaïdjanaises ne sont pas sur le territoire de l’Arménie depuis plus d’un an et demi : elles sont sur le territoire de l’Arménie depuis 30 ans, depuis le début des années 1990, les forces armées azerbaïdjanaises ont occupé des dizaines de kilomètres carrés du territoire de notre pays, en particulier dans les provinces de Tavush et d’Ararat. Depuis mai 2021, l’Azerbaïdjan occupe de nouveaux territoires en Arménie». Il a ajouté : «Nous considérons la question de la garantie de la sécurité et des droits des Arméniens du Haut-Karabakh comme une priorité, et nous considérons qu’il est important que le peuple du Haut-Karabakh soit une entité qui s’exprime sur tous ces sujets. Ils doivent prendre des décisions et nous les soutiendrons avec tous les moyens à notre disposition. […] Dans le contexte des événements en Ukraine, il y a une lutte majeure pour un nouvel ordre mondial. Et dans ce nouvel ordre mondial, nous ne pouvons pas mettre l’Arménie sur l’autel sacrificiel. Sommes-nous en train de déclarer la guerre à la communauté internationale ? […] Nous avons choisi un agenda de paix pour la paix, mais cela ne signifie pas que nous mettons fin aux droits et à la sécurité de nos compatriotes au Haut-Karabakh».

Concernant le développement des liaisons de communication régionales, il s’est exprimé en ces termes : «Je dois une fois de plus déclarer que nous sommes prêts, notamment pour la restauration de la voie ferrée Yeraskh-Sadarak-Ordubad-Meghri-Horadiz, ainsi que pour le déblocage du transport routier à travers le territoire arménien. La seule chose qui entrave cela est la rhétorique continue de l’Azerbaïdjan sur une sorte de couloir».

Concernant la délimitation des frontières entre les deux pays : «Ils disent que la question des enclaves [azerbaïdjanaises] doit également être abordée. Eh bien, nous avons aussi le même problème. Il y a Artsvashen, qui fait partie du territoire souverain de la République d’Arménie et est actuellement sous le contrôle de l’Azerbaïdjan. Il y a aujourd’hui des territoires d’Arménie qui sont occupés depuis les années 1990. Par exemple, la majeure partie du territoire du village de Paravakar dans la province arménienne de Tavoush est occupée. Il en va de même pour Berkaber et le village de Vazashen. […] L’Azerbaïdjan a indiqué qu’il procédait à un recensement des citoyens ayant émigré d’Arménie. Il n’y a pas eu de violence contre les Azerbaïdjanais sur le territoire de l’Arménie. En même temps, il y avait Sumgaït, il y avait des pogroms à Bakou. Les Azerbaïdjanais ont décidé de vendre leurs maisons et de quitter l’Arménie. Mais combien de réfugiés arméniens d’Azerbaïdjan ont eu l’opportunité de vendre leur maison ? Oui, ce sont des points à l’ordre du jour».

Concernant les exercices de l’OTSC «Fraternité Indestructible 2023» prévus sur le territoire arménien dans le courant de l’année, il a déclaré: « Le ministre arménien de la Défense a déjà informé ses collègues de l’OTSC par écrit que – dans la situation actuelle – nous ne jugeons pas opportun de mener des exercices de l’OTSC en Arménie. De tels exercices – du moins cette année – n’auront pas lieu en Arménie. […] Nous avons reçu des assurances officielles que les frontières de l’Arménie sont une ligne rouge pour nos partenaires de sécurité. Lorsque l’agression de mai 2021 a eu lieu, nous attendions des actions concrètes de nos partenaires, en particulier de la Russie. En réponse à nos appels, nous avons reçu une réponse selon laquelle la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan n’est pas délimitée. […] Nous attirons l’attention de nos collègues russes sur le fait qu’en l’absence de réponse, il s’avère que la présence militaire de la Fédération de Russie non seulement n’assure pas la sécurité de la République d’Arménie, mais crée également une menace pour sa sécurité».

Selon l’agence de presse Tass, le porte parole du Kremlin, Dimitri Peskov, a commenté ces propos concernant le déploiement d’une mission d’observation le lendemain en déclarant : «Il y a des contacts constants au niveau opérationnel, à différents niveaux. Bien sûr, ce sujet a été à l’ordre du jour à de nombreuses reprises. Mais il est clair que toute mission ne peut être envoyée qu’avec le consentement des deux parties au conflit». La même agence de presse a aussi relayé les propos du porte-parole de l’OTSC Vladimir Zainetdinov, selon lesquels : «le secrétariat de l’OTSC [n’aurait] reçu aucune notification officielle d’Erevan concernant l’annulation des exercices «Fraternité indestructible – 2023».

10/01/2023 : Interview du président azerbaïdjanais et insistance sur le projet de «corridor du Zanguezour».

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a également accordé une interview à plusieurs chaînes de télévision azerbaïdjanaises retranscirt sur le site de la présidence, le 10 janvier au cours de laquelle il a réaffirmé le «droit naturel» de l’Azerbaïdjan au projet de corridor du Zanguezour dont la mise en œuvre serait «reflétée dans la déclaration tripartite des dirigeants d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Russie en date du 9 novembre 2020 » tout en précisant : «Il est vrai qu’il n’y a pas de mots «corridor de Zanguezour» dans le document, car j’ai introduit le terme […] dans le lexique géopolitique à un stade ultérieur. Cependant, le document indique clairement qu’il devrait y avoir une liaison de transport entre les régions occidentales de l’Azerbaïdjan et la République autonome du Nakhitchevan, et que l’Arménie devrait la fournir. L’Arménie veut s’y soustraire, en effet, elle n’a pas rempli ses obligations depuis plus de deux ans. Mais cela ne nous arrêtera pas. […] C’est pour nous un projet stratégique, et pas seulement pour nous, mais aussi pour plusieurs pays voisins et pour un espace géographique plus large. Je suis convaincu que la mise en place du corridor de Zanguezour est une nécessité historique. Il devrait également y avoir de nouvelles routes pour les marchandises en provenance d’Asie centrale. La route à travers la mer Caspienne est très attractive en termes de temps. Nous devons rendre cette route plus viable économiquement en mettant en place une politique tarifaire commune».

Le déploiement éventuel d’une nouvelle mission d’observation de l’UE en Arménie a été qualifié de «phénomène désagréable» en expliquant que «l’UE [avait] violé les accords conclus en prenant la décision d’envoyer une nouvelle mission sans l’accepter avec Bakou après l’expiration du mandat de la précédente le 19 décembre» et que «sur les plates-formes de négociations avec l’Arménie, la France [s’était] isolée du processus ».

Concernant la signature d’un traité de paix avec l’Arménie : «je croyais sincèrement que nous serions en mesure de signer l’accord avant la fin de l’année dernière. Mais cela ne s’est pas produit. Qu’attend l’Arménie ? Peut-être attendent-ils des changements géopolitiques, peut-être quelque chose que quelqu’un leur a promis. Parce qu’il semble bien que quelqu’un leur ait promis quelque chose. […] Néanmoins, malgré la souffrance, la douleur et la destruction de tout ce qui nous est cher, nous parlons de paix. Vous comprenez que ce n’est pas facile tant d’un point de vue politique que d’un point de vue humanitaire. […] Mais ce ne sera sur la table que pour un moment. […] Parce que je pense que cette année sera la dernière chance pour eux. Car vient ensuite 2024, puis en 2025, la mission de maintien de la paix de la Russie se termine. Ils ont besoin de voir un peu plus loin que leur nez».

Concernant la situation dans le corridor de Latchin, il a déclaré : «Notre objectif n’est pas un blocus. […] C’est juste un autre spectacle anti-azerbaïdjanais, je ne peux pas lui donner un autre nom. Les Arméniens et leurs patrons pensent qu’ils gagneront quelque chose en utilisant cela contre nous. Ils n’obtiendront rien. Nous avons des revendications légitimes et tout le monde connaît l’historique de cette action. Ils ne nous ont pas donné accès aux mines exploitées illégalement. […] La surveillance, l’inspection et la fin de l’exploitation illégale sont nécessaires, et nous y parviendrons. Par conséquent, il est tout simplement injuste de qualifier de blocus les événements qui se déroulent sur la route Lachin-Khankendi. […] Pour celui qui ne veut pas devenir notre citoyen, la route n’est pas fermée, elle est ouverte. Ils peuvent partir, ils peuvent partir seuls, personne ne les en empêchera. Ils peuvent passer sous l’auvent des camions des Casques bleus ou ils peuvent se rendre en autobus. La route est ouverte».

10/01/2023 : Le ministère de la Défense géorgien répond à la polémique ukraino-géorgienne sur le système de défense aérienne «Buk»

Le ministère géorgien de la Défense a répondu le 10 janvier dans une déclaration «en réponse à des informations incorrectes diffusées par des experts ou des médias individuels selon lesquelles l’Ukraine aurait remis gratuitement des systèmes de défense aérienne «Buk» à la Géorgie» en déclarant : « Le ministère de la Défense a reçu le système «Buk» en 2007 dans le cadre d’un achat de plusieurs millions de dollars. Cela a été fait dans le cadre d’un accord secret, c’est pourquoi nous ne pouvons pas fournir plus de détails. Nous pouvons également indiquer à la société que des dizaines de millions de dollars ont été payés par le ministère de la Défense en 2017 pour l’achat de systèmes antichars «Javelin» aux États-Unis. La Géorgie poursuit fermement son soutien humanitaire et politique à l’Ukraine dans la mesure de ses capacités. En témoignent les tonnes de cargaisons humanitaires envoyées, et parmi elles, les groupes électrogènes achetés et remis à l’Ukraine à l’initiative du Premier ministre. En ce qui concerne le transfert d’armes ou d’équipements à double usage vers l’Ukraine, le gouvernement géorgien a exprimé à plusieurs reprises une position claire sur la question».

L’ancien président géorgien Mikheïl Saakashvili, actuellement détenu en Géorgie, qui est cœur des frictions entre les deux États, et dont les prochaines audiences devraient se tenir les 17 et 20 janvier prochain pour délibérer de l’opportunité de reporter ou de suspendre sa peine pour raison de santé, s’est également exprimé sur la question via Facebook le même jour pour dire : «Maintenant que les missiles américains sont adaptés aux systèmes «Buk», nous en avons particulièrement besoin. C’est une grande honte que le gouvernement géorgien ait refusé de renvoyer le «Buk» ukrainien en Ukraine, alors qu’il en avait le plus besoin. En 2008, nous avons abattu 14 avions russes, dont un bombardier stratégique TU-22, avec ces «Buk». Avec l’aide du président Iouchtchenko, nous les avons achetés à un prix minimum à l’époque. Lorsque Ianoukovitch est arrivé au pouvoir en Ukraine, ils ont même ouvert un dossier contre Iouchtchenko pour avoir remis ces «Buk» à la Géorgie, et ils l’ont fait sur les instructions de la Russie. De plus, le colonel instructeur Mamchur, qui nous a appris à utiliser le «Buk», a été tué par des agents russes à Rivne en 2017. Le New York Times a identifié des traces russes derrière ce meurtre».

11/01/2023 : 3 patients transportés de Tskhinvali à Tbilissi

Selon le média Civil.ge, 3 patients auraient été transportés de la région d’Ossétie du sud vers Tbilissi par le CICR, une mère et ses deux enfants mineurs, blessés dans un incendie déclaré dans un appartement de Tskhinvali la veille, information confirmée par l’ «agence de presse d’État RES». Le 12 janvier, les membres de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ont visité la ligne d’occupation dans le village d’Odzisi, ce dont ils ont informé via Twitter.

12-13/01/2023 : Visite de la présidente de l’Assemblée nationale française en Arménie.

Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale française, est arrivée en Arménie le 12 janvier où elle a été accueillie par le président de l’Assemblée nationale arménienne, Alen Simonian. Le lendemain, elle a visité le Mémorial du Génocide Arménien de Tsitsernakaberd, la «Maison du Soldat» et l’Université française en Arménie (UFAR) avant une réunion officielle avec son homologue et une conférence de presse conjointe durant laquelle elle a déclaré : «le Sénat et l’Assemblée nationale ont tout deux adopté des résolutions pour condamner l’agression de l’Azerbaïdjan à la frontière commune avec l’Arménie, pour condamner le blocus de Latchin. Concernant la reconnaissance de l’indépendance du Haut-Karabakh, vous connaissez la position française : aujourd’hui, la France ne reconnaît pas cette indépendance, et ce conformément au droit international. […] Aujourd’hui, ce qui est important, c’est qu’on retrouve le dialogue entre les parties. […] Le groupe de Minsk est un de ces espaces de dialogue, ce n’est pas le seul, mais c’est un format important. […] Il ne faut pas non plus négliger les efforts de chacun, les efforts de l’Union européenne […] et c’est aussi à l’Arménie de nous dire quelles sont les conditions qui feront que nous pourrons renouer le dialogue. […] Aujourd’hui, nous croyons plus que tout à une solution pacifiée et à la reprise du dialogue. C’est vers cela qu’aujourd’hui tendent tous nos efforts […] aujourd’hui l’heure n’est pas venue d’utiliser d’autres voies, tant que la voie du dialogue et d’une paix possible n’est pas complètement explorée, tant que nous n’aurons pas tout tenté. […] Nous avons eu sur la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie cette première mission européenne qui a pu se déployer le long de la frontière. Notre espoir est que nous puissions à nouveau nous tourner vers l’Europe pour réussir à amener à nouveau une mission sur place, ce qui est en discussion en ce moment. C’est la position que la France défend et il faut que chacun des États membres partage cette position, ce que nous espérons grandement. […] Il n’est pas question que la France se substitue à l’Union européenne à la frontière des deux pays. Concernant l’établissement des faits, je ne sais pas s’il y a une demande des autorités arméniennes en ce sens. […] Comme vous le savez, la France joue un rôle de médiation dans ce conflit, la France est extrêmement active, elle a sollicité à deux reprises la prise de résolutions à l’ONU, elle est également à l’initiative à travers le Président Macron à la réunion de Prague, pour faire en sorte que l’Union européenne joue pleinement son rôle. […] Ce n’est pas à la France de déterminer quel doit être le statut du Haut-Karabakh dans la région. Nous avons une position qui est très claire : aujourd’hui, nous n’avons pas reconnu son indépendance, le statut n’a pas à être défini par la France, il doit être défini par le droit international, par les différents peuples et surtout par le règlement entre les différentes parties prenantes».

Elle également rencontré le Premier ministre Nikol Pachinian avant d’écrire sur Twitter : «Respect de la souveraineté de l’Arménie, levée du blocus de Latchine, poursuite du dialogue pour la paix : j’ai redit au Premier ministre N. Pachinian le soutien de la France. Nous serons sa voix pour continuer d’alerter la communauté internationale sur l’urgence d’une solution».

12/01/2023 : Grève de la faim des opposants azerbaïdjanais en soutien à Tofig Yagublu.

Selon plusieurs médias locaux (Eurasianet, OCmedia, MeydanTV, Turan.az), un groupe d’opposants politiques azerbaïdjanais membres du parti Front Populaire se serait joints le 12 janvier à la grève de la faim entamée par Tofig Yagublu le 5 janvier. Ce dernier avait été emprisonné le 23 décembre dernier après avoir manifesté en soutien au militant Bakhtiyar Hadjiyev et son état de santé serait altéré d’après les dires du médecin l’ayant visité en prison relayés par sa famille via facebook le 11 janvier. Selon le média local Turan.az, les peines auraient été durcies le 13 janvier par le département de police principal contre ce détenu qui risque une peine de prison allant jusqu’à 3 ans. Le même jour, 4 militants de la région d’Agdash se seraient aussi joints à ce mouvement, le nombre total de grévistes atteignant 18 personnes. Le 9 janvier, le département d’État américain avait exhorté par la voix de son porte-parole Ned Price les autorités à libérer Bakhtiyar Hadjiyev et Tofig Tagublu. Par ailleurs, les médias Ocmédia et Jam News ont informé du refus le 12 janvier d’entrée sur le territoire géorgien du journaliste d’opposition azerbaïdjanais Seymour Hazi, marié à Nigar Hazi, la fille de Tofig Yagublu.

12/01/2023 : Rencontre des dirigeants géorgiens et arméniens : accord sur le régime simplifié de franchissement des frontières

Dans le cadre de la 12ème session de la commission économique intergouvernementale conjointe entre la Géorgie et l’Arménie, les Premiers ministres des deux pays, Ilia Darchiashvili et Ararat Mirzoyan, se sont rencontrés à Erevan le 12 janvier afin, selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères géorgien, d’aborder l’utilisation du régime simplifié de franchissement des frontières entre les deux pays et de signer l’accord «Sur la circulation bilatérale sans visa des citoyens entre la République de Géorgie et la République d’Arménie» qui devrait permettre dans un futur proche aux citoyens des deux pays de franchir la frontière entre les deux pays avec des cartes d’identité électroniques. Les questions de coopération bilatérales en matière économique, de commerce, de transit et de transport ont également été discutées.

Le même jour, les Premiers ministres des deux pays se sont également rencontrés et le dirigeant arménien, Nikol Pachinian a souligné «les liens séculaires entre [les deux] peuples et la conscience de la priorité des relations fraternelles arméno-géorgiennes» de même que le dirigeant géorgien, Irakli Garibashvili qui a souligné «les relations séculaires de bon voisinage, d’amitié et de fraternité» avant de noter l’augmentation de 70% et le franchissement de la barre du milliard de dollars du chiffre d’affaire du commerce entre les deux pays sur la période de janvier à novembre 2022, selon le communiqué de presse du Premier ministre d’Arménie.

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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