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VEILLE SUD-CAUCASE – du 4 février au 10 février 2023

Publié le 11/02/2023
21 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Cette semaine : Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin, Négociations et tractations internationales autour du corridor de Latchin : risque accru de reprise des hostilités ouvertes, Les échos du tremblement de terre en Turquie dans le sud-Caucase, Visite des co-présidents des Discussions Internationales de Genève à Tbilissi,  Refus du report de la peine de prison de Mikheïl Saakashvili en Géorgie et nouveau boycott parlementaire, Propos des ministres des Affaires étrangères russes en Arménie et en Azerbaïdjan à l’occasion de «la journée des travailleurs diplomatiques». 

04-10/02/2023 : Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Morgan Caillet

Au 10 février, les manifestations écologistes pro-gouvernementales azerbaïdjanaises ont atteint leur 61ème jour de mobilisation consécutif, permettant toujours et néanmoins, selon plusieurs médias locaux (Report.az, APA.az, Trendnews.az), le passage des véhicules des casques bleus russes (30 le 4 février, 13 le 5 février, 67 le 6 février, 64 le 7 février, 62 le 8 février, 4 le 9 février, 25 le 10 février) et du CICR (8 le 4 février, 12 le 6 février, 7 le 7 février, 4 le 8 février, 4 le 9 février). Selon le «ministère de la Santé du Haut-Karabakh», 7 patients supplémentaires auraient été transférés le 9 février vers l’Arménie.

Selon le «Centre d’Information de l’Artsakh», qui a mentionné le 8 février une déclaration du «ministère des Affaires étrangères de l’Artsakh» concernant une nouvelle interruption de gaz par l’Azerbaïdjan en date du 6 février, a établi le 10 février le bilan suivant dans l’enclave: 83 malades transportés par le CICR en Arménie au 10 février, 9 patients adultes dont 3 dans un état extrêmement grave hospitalisés en réanimation, 227 bébés nés sous blocus, 620 citoyens privés de la possibilité d’une intervention chirurgicale, 5 100 personnes ayant perdu leurs emplois, plus de 24 000 tonnes de produits de première nécessité non livrés depuis le 12 décembre, fermeture de 41 jardins d’enfants et de 20 écoles élémentaires, 5528 enfants privés de scolarisation.

Le 9 février Amnesty International a appelé via un communiqué à lever immédiatement le blocus du corridor de Latchine, le document citant Marie Struthers, directrice de l’organisation pour l’Europe de l’est et l’Asie centrale en ces termes : «Le blocus a entraîné de graves pénuries de vivres et de fournitures médicales, car l’aide humanitaire fournie par le Comité international de la Croix-Rouge et les soldats de la paix russes a été insuffisante pour répondre à la demande. Les perturbations de l’approvisionnement en électricité, en gaz naturel et en carburant pour véhicules s’ajoutent à des difficultés extrêmes, en particulier pour les groupes vulnérables à la discrimination et à la marginalisation. Cela doit cesser maintenant».

04-10/02/2023 : Négociations et tractations internationales autour du corridor de Latchin : risque accru de reprise des hostilités ouvertes – Morgan Caillet

Après la conversation téléphonique qui a eu lieu entre le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian le 6 février durant laquelle la partie française a souligné «l’importance d’assurer le fonctionnement ininterrompu du corridor de Lachin et la disponibilité de la France à continuer à contribuer à la solution de ce problème» selon le service de presse du Premier ministre arménien et qui a «salué le déploiement d’une nouvelle mission d’observation de l’Union européenne à la frontière du pays avec l’Azerbaïdjan» selon le service de presse de l’Élysée, un article daté du 7 décembre du média arménien Civilnet a retracé l’entretien que Nathalie Loiseau, ancienne ministre des Affaires européennes et député européenne, a accordé au média, déclarant : «Notre résolution a été largement soutenue et adoptée par le Parlement européen, montrant un fort consensus pour condamner le blocus exercé par l’Azerbaïdjan contre la population arménienne du Haut-Karabakh dans le couloir de Latchin. […] Pendant trop longtemps, l’UE a gardé ses distances avec le conflit. Maintenant qu’une crise humanitaire est en cours et que la Russie n’offre pas une protection suffisante à la population du Haut-Karabakh, l’UE et l’OSCE devraient faire plus. […] Vous avez raison de souligner que la France est le pays le plus actif en matière de prise en charge de l’Arménie. […] Je salue les progrès réalisés lors de la réunion quadrilatérale à Prague en octobre dernier entre le président azerbaïdjanais, le Premier ministre arménien, le président du Conseil européen et le président français Emmanuel Macron, avec une forte contribution française. C’est alors qu’une mission à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan a été convenue. Elle est maintenant élargie et prolongée, et je pense que c’est une évolution très positive». Celle ci a également fait part de l’envoi de gendarmes français en ces termes : «Je soutiens fortement cette nouvelle mission, élargie dans sa portée et sa taille. Je suis heureuse que la France ait annoncé qu’elle fournirait huit gendarmes à la mission».

Ce qui a fait réagir le média azerbaïdjanais Haqqin le lendemain dans un article intitulé «La France a officiellement annoncé qu’elle enverrait ses troupes à la frontière avec l’Azerbaïdjan» précisant «En France, la gendarmerie fait partie des forces armées du pays et est subordonnée au ministère de la Défense» tandis que le message Twitter de Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, en date du 25 janvier, circulait qui déclarait : «Dîner de soutien à l’Arménie, heureux d’apprendre l’envoi de 70 gendarmes pour la mission d’observation». Le même média Haqqin a publié un article inquiétant le même jour intitulé «L’Arménie et l’Iran préparent une attaque contre Latchin et Goubadli» annonçant qu’un «groupe de sabotage composé de 30 militaires du corps des Gardiens de la Révolution islamique iraniens [participerait] à sa préparation et à sa mise en œuvre» et expliquant : «L’objectif principal du sabotage prévu est de recueillir des preuves pour la mission de l’UE d’un autre «acte d’agression» de l’Azerbaïdjan et des «atrocités» de l’armée azerbaïdjanaise, ainsi que d’organiser une autre campagne de propagande contre Bakou au sein de la communauté internationale».

Le 7 février, le ministre des Affaires étrangères arménien Ararat Mirzoyan a déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue allemande Annalena Baerbock à Berlin qu’Erevan avait reçu les réponses azerbaïdjanaises aux dernières propositions de l’Arménie concernant le traité de paix ainsi que de nouvelles propositions de la part de la partie adverse tout en déclarant : «Il s’agit d’un processus continu, et nous continuons à travailler sur le texte en échangeant des propositions à différentes étapes multiples et en poursuivant la discussion. C’est très important de comprendre que même si le corridor de Latchin est bloqué, tous les autres défis demeurent, cependant le processus de négociation n’est pas au point mort, les négociations se poursuivent. Je dois bien sûr également mentionner que la rhétorique continue, arménophobe et belliciste de l’Azerbaïdjan, la propagande de haine envers les Arméniens, ainsi que les actions agressives sur le terrain, l’invasion continue du territoire souverain de la République d’Arménie, l’occupation de nos territoires, l’émergence d’une crise humanitaire au Haut-Karabakh, qu’il s’agisse de la République d’Arménie ou du Haut-Karabakh, ne contribue pas à la réussite et au bon déroulement de ces négociations, sans compter qu’elles constituent des entraves au processus». Le porte parole du ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais Aykhan Hajizade a précisé le lendemain en réponse à la presse qu’il s’agissait «des propositions qui [avaient] été avancées par l’Azerbaïdjan il y a 15 jours, pas il y a quelques jours».

Le 8 février également, Toivo Klaar le représentant spécial de l’UE pour le sud-Caucase s’exprimait à la télévision géorgienne en disant : «Le rôle de la Géorgie en tant que pont entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan est très important. […] Il est logique que trois pays qui occupent un espace commun comme le Caucase du Sud essaient de trouver des espaces communs de coopération, indépendamment de tout conflit, il est tout simplement logique qu’il y ait une collaboration entre des voisins aussi proches sur les questions de transport, l’environnement, l’énergie, etc. Par conséquent, je vois beaucoup de potentiel à la fois maintenant et pour l’avenir».

L’idée de cette médiation géorgienne a été commentée par Maria Zakharova le 10 février lors de son briefing hebdomadaire alors que la Russie fêtait «la journée des travailleurs diplomatiques» en ces termes : «Si le dialogue trilatéral entre Bakou, Erevan et Tbilissi contribue au règlement des différends en Transcaucasie, au renforcement de la stabilité et de la sécurité dans la région, alors nous ne pouvons que nous en réjouir. […] Si, cependant, les mains de Washington et de Bruxelles – qui cherchent à saper la mise en œuvre des accords trilatéraux des dirigeants de la Russie, de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie – deviennent en quelque sorte visibles derrière cette initiative, alors c’est une toute autre histoire. […] S’agissant d’autres formats de coopération en Transcaucasie comme la plate-forme régionale de concertation «3+3», qui regroupe les trois États de Transcaucasie, ainsi que la Russie, l’Iran et la Turquie, ce mécanisme permet de combiner les intérêts d’un éventail encore plus large de pays de la région».

La journée du 10 février a été marqué par les échanges téléphoniques du ministre des Affaires étrangères arménien Ararat Mirzoyan avec son homologue russe Sergueï Lavrov, et avec le co-président français du groupe de Minsk Brice Roquefeuil tandis qu’une rencontre physique a eu lieu avec son co-président russe Igor Khovaev.

06-10/02/2023 : Les échos du tremblement de terre en Turquie dans le sud-Caucase. Morgan Caillet

Le tremblement de terre en Turquie dont le bilan s’élevait à 19 388 morts et 77 711 blessés au 10 février, a fait l’objet de messages et de gestes de solidarité des trois pays du sud-Caucase, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian déclarant sur Twitter le 6 février que l’Arménie était prête à apporter son aide, tandis que le vice-ministre des Affaires étrangères Vahan Kostanyan annonçait le lendemain via Twitter que l’Arménie déployait «du personnel de secours en Syrie et en Turquie pour soutenir les opérations de secours dans les régions touchées par le tremblement de terre», 27 sauveteurs en Turquie et 29 en Syrie selon Armenpress. Dès le 6 février le président azerbaïdjanais appelait son homologue turc et annonçait l’envoi de 420 secouristes, selon son service de presse. Le ministère de l’Intérieur géorgien informait, lui, le même jour de l’envoi de 60 pompiers et informait le 9 février via facebook de l’implication d’un total de 100 pompiers en Turquie tandis que le gouvernement informait de l’attribution de 1 million de laris (soit environ 350 000€) d’aide humanitaire. Le dirigeant de la «république du Haut-Karabakh» Ruben Vardanian a simplement déclaré via facebook : «Malheureusement, nous ne savons que trop bien quelles tragédies humaines peuvent être causées par un tremblement de terre dévastateur. Notre peuple ne connaît que trop bien cette douleur»

Le «ministère des Affaires étrangères d’Abkhazie» a envoyé ses messages de condoléances aux familles touchées en Syrie par le biais d’un communiqué tandis que ni les autorités géorgiennes ni les autorités azerbaïdjanaises n’ont fait mention des victimes en Syrie. Seule l’Arménie a offert son aide à la Syrie où réside une importante minorité arménienne notamment dans le secteur d’Alep particulièrement touché par cette catastrophe naturelle.

Selon les médias locaux (Eurasianet, Haqqin, DailySabah) les exportations de pétrole de l’Azerbaïdjan vers Ceyhan en Turquie auraient été interrompues en raison des conséquences du séisme.

06-07/02/2023 : Visite des co-présidents des Discussions Internationales de Genève à Tbilissi – Morgan Caillet

Les co-présidents des Discussions Internationales de Genève qui avaient décidé fin janvier d’annuler la réunion des 21 et 22 février et s’étaient en conséquence vu interdire l’entrée en Abkhazie et en Ossétie du sud par leurs autorités de facto, se sont déplacés à Tbilissi les 6 et 7 février où ils ont rencontré le Premier ministre Irakli Garibashvili et le premier vice-ministre des Affaires étrangères Lasha Darsalia comme le relate les communiqués de presse des deux administrations. A l’occasion de son passage télévisé le 7 février, Toivo Klaar, le représentant spécial de l’UE pour le sud-Caucase, a déclaré à ce sujet : «nous, en tant qu’Union européenne, autres amis de la Géorgie, avons été en contact très étroit avec le gouvernement, également pour travailler ensemble pour contrer toute dynamique négative qui pourrait découler de la guerre de la Russie et son impact sur son voisinage. En même temps, il y a aussi des opportunités découlant de cette insécurité accrue qui se fait sentir dans toute la région et ici en Géorgie, à Tbilissi, mais aussi en Abkhazie et en Ossétie du Sud. La question est la suivante : pouvons-nous trouver, le gouvernement géorgien peut-il trouver, de nouveaux moyens de tendre la main aux Abkhazes et aux Ossètes [… ?] Je pense qu’il est également juste d’éprouver une certaine frustration face aux résultats – ou aux résultats limités – des discussions de Genève. En même temps, ce format est unique, et je pense qu’il serait très difficile, à ce stade, d’essayer d’assembler un format similaire dans le monde d’aujourd’hui. C’est pourquoi je pense qu’il est important de protéger ce format, tout en essayant de trouver des moyens de l’améliorer et de le rendre plus axé sur les résultats. […] S’il n’existait pas, il serait très difficile de le créer dans le monde d’aujourd’hui. […] Les discussions de Genève ont un objectif très précis et important, celui des suites du conflit entre la Géorgie et la Russie, mais en même temps, comme je l’ai souvent dit, il est nécessaire, je crois, de travailler sur les suites des conflits des années 1990, entre Géorgiens et Abkhazes, et Géorgiens et Ossètes, où la Russie a sans aucun doute joué un rôle. […] Le fait que nous ne soyons pas allés en Abkhazie avec mes collègues de l’ONU et de l’OSCE, est bien sûr regrettable. Je pense que cette visite aurait été utile et j’ai hâte de visiter l’Abkhazie dans un proche avenir».

Il est à noter que les services de sécurité de l’État géorgien ont annoncé le 6 février la libération du citoyen Gela Iobashvili détenu en Ossétie du sud près du village de Perevi dans le district de Sachkhere depuis septembre 2022.

06/02/2023 : Refus du report de la peine de prison de Mikheïl Saakashvili en Géorgie et nouveau boycott parlementaire – Séverine Ly

Le tribunal municipal de Tbilissi a rejeté le 6 janvier l’appel de l’ancien président Mikheïl Saakashvili demandant sa libération ou le report du reste de sa peine en raison de son état de santé, selon de nombreux médias locaux (agenda.ge, civil.ge, jam-news.net, netgazeti.ge). Saakashvili a dénoncé sur Twitter «une blague complète». Hospitalisé à la clinique Vivamedi à Tbilissi depuis mai, il aurait perdu plus de quarante kilos et a été diagnostiqué par un groupe de médecins indépendants comme souffrant «de multiples troubles physiques et cognitifs dont la cachexie, un syndrome associé à la perte musculaire». En outre, les médias ont rapporté qu’une suspicion d’empoisonnement aux métaux lourds aurait été soulevée par les médecins.

La décision, soutenue par les membres du parti majoritaire «Rêve géorgien», a fait face à de nombreuses critiques tant en interne qu’à l’international. Le principal parti d’opposition, le «Mouvement national uni» (MNU) a déclaré s’être mis «en mode d’urgence» selon les termes de son président Levan Khabeishvili aux mêmes médias. Il a appelé à des manifestations massives et boycotté les sessions parlementaires en contestation à la décision judiciaire. Rejoint par les partis «Stratégie Aghmashenebeli», «Droa» et la députée indépendante Tamar Charkviani, la réaction du MNU n’a pas eu l’impact escompté. Des médias locaux (civil.ge, agenda.ge, oc-media.org) ont rapporté que les partis minoritaires «Lelo», «Pour la Géorgie», «Républicains» ou encore «Citoyens» ont critiqué le boycott, le jugeant «inutile», «inexplicable», voire «comique» et que leur absence «ne changera rien au travail parlementaire» mais est un «sabotage endommageant la voie européenne».

La présidente de Géorgie, Salomé Zurabishvili, s’est exprimée dans un communiqué officiel publié le 7 janvier sur le site présidentiel. Bien que ne discutant pas de «la justice/injustice» de la décision, elle a condamné la portée nationale de ses conséquences. «Le pays est l’otage de ce seul et unique problème» a-t-elle affirmé, son «discrédit» se poursuit empêchant le développement de partenariats, l’expression de leur «solidarité envers le peuple ukrainien», la reconnaissance de leur «perspective européenne», et «porte atteinte aux traditions géorgiennes». La présidente a critiqué la polarisation du pays entre un parti majoritaire à la «clémence incompréhensible envers la Russie» et une opposition qui a soutenu une campagne de soutien préjudiciable à la réputation du pays au lieu de pousser Mikheïl Saakashvili à avouer son crime et quitter la politique. «Que chacun arrête de spéculer et de jouer avec l’avenir de ce pays» a-t-elle conclu.

Sur Twitter, les ministres des Affaires étrangères des pays baltes et la présidente moldave ont exprimé leur préoccupation au sujet de la santé de l’ancien président géorgien, appelant le gouvernement à l’envoyer à l’étranger pour y être soigné. L’Estonie, la Pologne ou encore l’Ukraine se sont dit prêts à accueillir Mikheïl Saakashvili. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères, dans une déclaration officielle publiée sur le site internet, s’est dit «déçu» de la décision et a demandé la remise «du citoyen ukrainien» à Kiev. Plusieurs députés européens ont aussi exprimé sur Twitter leur «déception» comme Miriam M. Lexmann, député slovaque et le lituanien Petra Auštrevičius.

09-10/02/2023 : Propos des ministres des Affaires étrangères russes en Arménie et en Azerbaïdjan à l’occasion de «la journée des travailleurs diplomatiques». Morgan Caillet

La mission de l’UE a été commenté en ces termes le 10 février par l’ambassadeur russe en Arménie Sergueï Kopirkin dans le cadre de son interview à Spoutnik Arménie : «nous ne voyons aucune valeur ajoutée à ce type de présence. En revanche, nous sommes bien conscients du type de ligne poursuivie par nos homologues occidentaux, dont l’Union européenne, qui devient essentiellement un appendice de l’OTAN. Leur attitude à l’égard de la Russie, visant à lui infliger une défaite stratégique, nous est bien connue. Il est clair qu’ils prennent des mesures correspondantes non seulement dans la situation avec l’Ukraine, mais aussi dans un contexte plus large. J’ai prêté attention à la récente déclaration du secrétaire d’État adjoint américain Karen Donfried, qui a directement fait référence dans une interview à la soi-disant intensification des activités de la Russie et de l’Iran dans la région, qui à son tour nécessiterait l’accélération du processus de normalisation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Vous voyez comment la logique se construit : non pas sur les intérêts des peuples arménien et azerbaïdjanais concernés, mais sur l’intensification des activités de la Russie et de l’Iran dans la région. Cette approche nous inquiète naturellement aussi».

De son côté l’ambassadeur russe en Azerbaïdjan Mikhaïl Bocharnikov a accordé lui aussi une interview la veille au média haqqin au cours duquel il aurait déclaré : «la diplomatie de la Fédération de Russie plaide activement pour le renforcement de la sécurité et de la paix internationales, pour une stricte l’adhésion à la lettre de la Charte des Nations Unies, qui est la base de toute activité internationale. Ceci est particulièrement important maintenant, alors que l’Occident promeut le concept d’un ordre mondial basé sur des règles de politique internationale inconnues et formulées unilatéralement. Son but est d’imposer au monde le rôle dirigeant de l’Occident, qui entend dicter à la communauté civilisée ses termes et règles de conduite des affaires internationales. Dans ces conditions, la Russie défend l’égalité souveraine de tous les États, l’inadmissibilité d’une situation dans laquelle certains États peuvent dicter leur volonté à d’autres. […] nous sommes devenus convaincus que nous avons beaucoup de personnes partageant les mêmes idées dans le monde. Et cela vaut aussi bien pour les affaires régionales que pour les relations bilatérales. La Russie entretient de très bonnes relations amicales avec tous les pays de la région, que l’on appelle généralement «l’espace post-soviétique» […] Vous avez parlé du format 3+3. Oui, nous promouvons activement cette plateforme régionale de conseil […] Cependant, nous avons aussi d’autres formes de coopération. La Russie est membre des «cinq» de la Caspienne […] Et enfin, ici dans le Caucase du Sud, la Russie fait avancer les processus de déblocage des liens économiques et de transport sur lesquels la Russie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie se sont mis d’accord. […] Tout d’abord, je veux revenir sur mon idée que la Russie, l’Azerbaïdjan et l’Iran appartiennent à la même région. Par conséquent, nous avons un intérêt commun à poser la route Nord-Sud. Autrement dit, non seulement la Russie s’efforce de mettre en œuvre ce projet, mais il est sans aucun doute important pour tous les pays du Caucase du Sud. […] Rappelez-vous comment on nous a appris : l’économie est la base et la politique n’est qu’une superstructure». Il a évoqué en ces termes le projet de «corridor du Zanguezour» : «Je crois que cette orientation a toutes les raisons d’être mise en œuvre et je ne vois pas de divergences insurmontables sur cette question. […] je considère ce projet tout à fait réalisable. Nous espérons que les considérations économiques finiront par l’emporter ici aussi». Il s’est exprimé ainsi sur le processus de résolution du conflit du Karabakh : « Vous savez, il y a trois pistes principales dans la question du règlement azerbaïdjanais-arménien. L’un d’eux est simplement la restauration des liens économiques et de transport. Les deux autres sont la délimitation de la frontière et la conclusion d’une sorte d’accord de paix. Dire que ces trois domaines du processus de négociation ne sont pas étroitement liés, je pense, serait une erreur. Mais dans le même temps, un accroc en cours sur l’une des pistes peut avoir un impact négatif sur d’autres négociations. Maintenant, apparemment, c’est exactement ce qui se passe. Mais encore une fois, je le répète : un traité de paix est une question politique. Dans une certaine mesure, le sujet de la délimitation des frontières peut aussi être considéré comme politique. Mais débloquer les chemins et les routes relève de l’économie pure. Je pense qu’il serait bon pour l’ensemble du processus de revoir le système de priorités et de mettre l’économie au premier plan».

À propos de l'auteur

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Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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