VEILLE SUD-CAUCASE – du 31 décembre 2022 au 6 janvier 2023

31/12-06/01/2023 : Poursuite du blocage du corridor de Latchin et suspension des activités minières de la société «Base Metals».
L’action de protestation lancée par un groupe d’activistes environnementaux azerbaïdjanais pro-gouvernementaux le 12 décembre dernier se poursuit actuellement dans le corridor de Latchin, bloquant celui-ci et ne permettant, selon plusieurs médias locaux (Report.az, Trend.az, APA.az) que le passage des véhicules des forces de maintien de la paix russe et du CICR.
Ce dernier point a été confirmé par le ministère des Affaires étrangères arménien qui a malgré tout dénoncé dans le même temps, le 3 décembre, dans une déclaration, une contrainte de la population du Haut-Karabakh à la «déportation» et une «politique de nettoyage ethnique» déclarant que «120 000 personnes [étaient] devenues de facto des prisonniers». Celui-ci s’est félicité des «appels clairement exprimés publiquement par la grande majorité des membres du Conseil de sécurité pour mettre fin au blocus du corridor par l’Azerbaïdjan et donner accès au Haut-Karabakh aux organisations internationales» suite à la réunion du 20 décembre dernier et a réclamé l’envoi d’ «une mission d’enquête internationale au Haut-Karabakh et dans le corridor de Latchin pour évaluer la situation humanitaire sur le terrain, ainsi que pour garantir un accès humanitaire sans entrave au Haut-Karabakh aux organes compétents de l’ONU» tout en demandant que la Russie «fasse des efforts clairs pour éliminer cette violation flagrante sans aucune condition préalable». En réponse le 4 décembre, le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a publié une déclaration rappelant : «Il est bien connu que depuis plus d’un an, depuis novembre 2021, le gouvernement azerbaïdjanais lance des appels pour empêcher les activités économiques illégales dans les territoires de l’Azerbaïdjan, où le contingent russe de maintien de la paix est temporairement déployé, et il a décidé de résoudre le problème à travers des négociations, avec le dernier essai du 3 au 10 décembre. Malgré tous ces efforts, la partie arménienne a ignoré les appels, a obstrué l’accès des institutions concernées à ce territoire et a tenté de poursuivre des activités illégales. Toutes ces actions ont conduit à la protestation légitime de la société azerbaïdjanaise…» tout en considérant la demande arménienne de déploiement d’une mission sur son territoire comme une «provocation» et les accusations lancées comme «pas seulement absurdes [mais] aussi une tentative de dissimulation de la politique systématique et cohérente de nettoyage ethnique commise par les Arméniens contre les Azerbaïdjanais sur le territoire de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan au 20ème siècle »
Le 29 décembre, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian avait annoncé lors de la dernière réunion annuelle du Cabinet des ministres sa décision de créer «un groupe de travail pour fournir un soutien humanitaire au peuple du Haut-Karabakh» dirigé par le vice-Premier ministre Tigran Khachatrian et qui comprendrait un soutien financier d’environ 9,68 millions d’euros, tout en pointant l’incapacité du contingent russe de maintien de la paix à assurer la stabilité et la sécurité au Haut-Karabakh «pour des raisons objectives ou subjectives» et en déclarant : «le comportement de plus en plus visible des troupes de maintien de la paix de la Fédération de Russie devenant un témoin silencieux du dépeuplement du Haut-Karabakh est pour nous inacceptable».
Il est à noter que le 29 décembre également le «gouvernement du Haut-Karabakh» a fini par prendre la décision de suspendre temporairement les activités minières de la société «Base Metals» décrites comme fonctionnant «conformément aux normes internationales les plus élevées» et d’inviter «des organisations internationales à mener une expertise écologique autour des opérations», initiative pour laquelle il a annoncé avoir «approché les structures compétentes des Nations Unies et d’autres organisations internationales spécialisées pour organiser l’expertise dans les plus brefs délais».
31/12/2022 : Discours du Nouvel An de la présidente géorgienne.
Salomé Zourabishvili, la présidente géorgienne, a prononcé un discours du Nouvel An le 31 décembre dans lequel elle a principalement exprimé la solidarité de son pays avec l’Ukraine en déclarant : «Ce qui a été le plus significatif, c’est que cette année a été extrêmement difficile pour nos amis ukrainiens. Mais ils ont réussi et ont montré au monde ce que signifie se lever, se battre jusqu’au bout pour l’indépendance et la liberté de son pays. Le peuple géorgien sait très bien ce que signifie cette lutte, il a déjà parcouru ce chemin difficile. C’est pourquoi le peuple géorgien a fait preuve d’une solidarité sans précédent et a exprimé de toutes les manières possibles qu’il était aux côtés de son ami. Nous ne nous battons pas, mais nous partageons l’avenir et la perspective que la lutte en Ukraine nous ouvre aujourd’hui. Il y a deux catégories de personnes dans le monde aujourd’hui : ceux qui croient qu’une époque touche à sa fin et que rien n’est permanent dans le monde et dans la géopolitique et ceux qui croient qu’une nouvelle perspective se dessine pour chacun, que la Russie va revenir une fois pour toute à ses frontières et que l’occupation des autres pays prendra fin». Elle s’est également adressé à la diaspora géorgienne en ces termes : «aujourd’hui est peut-être le moment de revenir car la nouvelle perspective européenne repose sur vous. Vous êtes ceux qui peuvent apporter les normes mêmes dont nous avons désespérément besoin». Enfin, elle a abordé les relations avec les républiques sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du sud en déclarant : «À ceux qui vivent dans des conditions très difficiles alors que la guerre se propage directement ou indirectement, je dis que nous devons tenir bon, nous devons être à vos côtés et nous devons être à vos côtés pour protéger votre identité, votre langue et notre unité de toutes les manières possibles. Je ne sais pas si cela passera par un [modèle] monégasque ou autre chose, mais je sais que nous devons vous faciliter la vie aujourd’hui, nous devons vous tendre la main, vous donner plus facilement des documents de citoyenneté, afin que vous puissiez vous rapprocher de l’Europe, depuis la Géorgie».
En effet, le Premier ministre Irakli Garibashvili avait déclaré le 27 décembre, lors de la présentation du rapport de performance du gouvernement 2022 : «En cas d’unification, nous pourrions investir environ 10 milliards de dollars au cours des trois premières années en Abkhazie et à Samachablo. Cela pourrait très facilement être organisé et nous avons conceptualisé ce sujet. Nous avons eu une discussion à ce sujet lors de la réunion du Conseil économique. L’Abkhazie pourrait se transformer en un autre Monaco. Ce n’est pas une évaluation exagérée. L’Abkhazie a un énorme potentiel pour devenir un autre Monaco et Soukhoumi un Monte Carlo».
03/01/2023 : Détention de deux citoyens géorgiens en Ossétie du sud.
Les services de sécurité de l’État géorgien ont annoncé le 3 janvier la détention de 2 citoyens géorgiens par «les forces d’occupation russes» près du village de Koshki en Ossétie du sud. L’assistance téléphonique de la mission de surveillance de l’UE aurait été activée et les présidents des Discussions Internationales de Genève auraient été informés. Il est à noter que le 29 décembre, les mêmes services ont informé de la libération de deux citoyens turc et turkmène détenus dans le village de Tsinagara dans la même région sécessionniste.
03/01/2023 : Un représentant du corps des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran met en garde les autorités azerbaïdjanaises à Astara.
Selon plusieurs médias locaux (Armenpress, News.am, Haqqin) relayant les médias iraniens, un représentant du Corps des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran, le général de brigade Alireza Tahani, aurait déclaré lors d’un discours prononcé le 3 janvier à l’occasion de la commémoration de la mort du commandant de la force Al-Qods, Qasem Soleimani, à Astara au nord de l’Iran à la frontière avec l’Azerbaïdjan : «La République d’Azerbaïdjan ne doit pas répéter les erreurs de l’Ukraine et de Saddam [Hussein] et savoir que la République islamique d’Iran, en tant que pays puissant dans la région, ne permettra jamais que ses frontières soient menacées. […] Toute mesure qui affecterait la sécurité de la République islamique d’Iran et des zones environnantes sera suivie d’une réponse décisive des forces armées de la République islamique d’Iran»
04/01/2023 : Manifestations de soutien à Mikheïl Saakashvili en Géorgie sous le mot d’ordre #SaveMisha.
Selon plusieurs médias locaux (Civil.ge, Netgazeti, OCmédia), plusieurs rassemblements ont eu lieu à Tbilissi et dans plusieurs villes de Géorgie (Zougdidi, Koutaïssi et Batoumi) le 4 janvier pour demander le transfert à l’étranger de l’ancien président emprisonné Mikheïl Saakashvili pour y recevoir des soins. A Tbilissi, les manifestants se sont rassemblées à Rike près du Pont de la Paix et devant l’administration gouvernementale, ces derniers s’étant ensuite dirigés vers le centre d’affaires de l’ancien dirigeant Bidzina Ivanishvili. Un rassemblement a également eu lieu dans le village de résidence de ce dernier à Chorvila. Plusieurs rassemblements ont également eu lieu aux États-Unis, en Autriche, en Allemagne, en Ukraine, en Moldavie, en Pologne, en Grèce etc.
Le 30 décembre une audience devant décider du report ou de la suspension de sa peine en raison de son grave état de santé a été reportée au 9 janvier. Le même jour, le président du Parlement Shalva Pauashvili, a également suspendu les autorisations de visites des députés auprès de Mikheïl Saakashvili.
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



