Arménie
Karabakh
UE

VEILLE SUD-CAUCASE – du 21 janvier au 27 janvier 2023

Publié le 28/01/2023
26 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Equipe de veille géopolitique sud-Caucase : Séverine Ly et Morgan Caillet

21-27/01/2023 : Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Morgan Caillet

Au 27 janvier, les manifestations écologistes pro-gouvernementales azerbaïdjanaises ont atteint leur 47ème jour de mobilisation consécutif, permettant toujours et néanmoins, selon plusieurs médias locaux (Report.az, APA.az, Trendnews.az), le passage des véhicules des casques bleus russes (55 le 23 janvier; 57 le 24 janvier, 61 le 25 janvier, 43 le 26 janvier, et 46 le 27 janvier) et du CICR (10 le 23 janvier et 6 le 27 janvier).

Selon le «ministère de la Santé du Haut-Karabakh», 6 patients ont été évacués vers l’Arménie le 21 janvier et 4 le 23 janvier. Le «ministre de la Santé» a établit le bilan suivant à l’ «Assemblée nationale» le 23 janvier : décès d’un patient faute de possibilité de transfert vers l’Arménie, pénuries de couches et de produits d’hygiène féminine. Le bulletin du «Centre d’Information de l’Artsakh» a dénoncé dès le 21 janvier la rupture de l’approvisionnement en gaz par la partie azerbaïdjanaise «dans des conditions d’un froid glacial (-5°C)» informant : «l’approvisionnement de l’Artsakh en électricité s’effectue depuis des sources internes limitées, avec 6 heures de coupure journalière de courant électrique». Au 27 janvier, il informait du rétablissement partiel de la fourniture en gaz, de la livraison de bois à 135 habitants, de l’impossibilité pour 515 personnes de recevoir une intervention chirurgicale, de la perte d’emploi pour 4700 personnes et du manque à gagner de 18400 tonnes de produits de première nécessité depuis le début des manifestations le 12 décembre dernier.

Le «ministère des Affaires étrangères du Haut-Karabakh» a dénoncé dans une déclaration du 24 janvier le fait que «les autorités azerbaïdjanaises [auraient] récemment eu de plus en plus recours à une interprétation arbitraire du paragraphe 6 de la déclaration trilatérale du 9 novembre 2020, concernant le fonctionnement du corridor de Latchin» expliquant: «pendant toute la période des 43 jours de blocus, moins de véhicules ont traversé le corridor de Latchin que le flux de trafic quotidien pendant la période pré-blocus. Tous ces véhicules appartenaient soit au CICR, soit aux casques bleus russes. Pas un seul véhicule appartenant aux habitants de l’Artsakh n’a traversé le couloir. […] l’importation de biens de consommation, s’élevant à plus de 400 tonnes par jour, a été complètement stoppée. […] Dans le même temps, en plus du blocus terrestre de l’Artsakh, l’Azerbaïdjan a imposé un blocus énergétique pour aggraver encore la situation humanitaire. L’Azerbaïdjan continue d’entraver délibérément l’approvisionnement en gaz naturel de l’Artsakh, ainsi que la réparation de la seule ligne électrique à haute tension Goris-Stepanakert en provenance d’Arménie, qui a été endommagée le 9 janvier, dans une zone sous contrôle azerbaïdjanais. […] La déclaration trilatérale ne prévoit aucune restriction au transport de marchandises en ce qui concerne leur nature, leur destination ou leur utilisation».

Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a annoncé par voie de communiqué de presse avoir déposé un mémoire auprès de la Cour Européenne de Justice le 23 janvier en déclarant : «Sur la base des nombreux éléments de preuve présentés, l’Azerbaïdjan a demandé à la Cour de déclarer l’Arménie responsable de violations massives du droits de l’homme des Azerbaïdjanais. En particulier, l’Azerbaïdjan a demandé à la Cour de déclarer le gouvernement arménien responsable de nettoyage ethnique, notamment par le biais d’homicides illégaux, de tortures, de destructions et de dépossessions ; effacement culturel; la promotion de la haine contre les Azerbaïdjanais ; l’incapacité à promouvoir la tolérance envers les Azerbaïdjanais au sein de la population arménienne ; et le parrainage par l’État de groupes haineux armés en Arménie. L’Azerbaïdjan a également demandé à la Cour d’exhorter l’Arménie à respecter ses obligations de divulguer toutes les informations sur les Azerbaïdjanais portés disparus, de restituer aux Azerbaïdjanais tous les biens et terres illégalement confisqués, de cesser d’encourager la haine et le soutien de l’État aux groupes armés haineux, et enfin de s’excuser et d’assumer la responsabilité de trente ans de violations des droits de l’homme».

Ce ministère a également réagi dans une déclaration du 25 janvier à la déclaration du Fond des Nations Unies pour la Population (FNUP) du 24 janvier selon lesquelles : «la liberté et la sécurité de mouvement le long du corridor sont essentielles pour garantir un accès continu aux fournitures et services essentiels de santé sexuelle et reproductive, et pour garantir que les femmes puissent accoucher en toute sécurité» en la qualifiant de «partiale, trompeuse, hors mandat […] surprenante et regrettable» et en rappelant : «Depuis le début des manifestations, plus de 1 000 véhicules empruntant la route ont fourni aux habitants des biens essentiels, des fournitures médicales et les services médicaux nécessaires. Le Gouvernement azerbaïdjanais a également déclaré à plusieurs reprises qu’il était prêt à répondre rapidement à tous les besoins humanitaires dont pourraient avoir besoin les résidents arméniens».

23/01/2023 : Le Conseil de l’Union Européenne s’accorde sur le déploiement d’une mission civile d’observation en Arménie : Réponse de la Russie – Morgan Caillet

Le 23 janvier, le Conseil de l’Union européenne a décidé, selon son communiqué de presse, de l’établissement d’une mission civile de l’Union européenne en Arménie (EUMA) dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) afin de «contribuer à la stabilité dans les zones frontalières de l’Arménie, de renforcer la confiance sur le terrain et d’assurer un environnement propice aux efforts de normalisation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan soutenus par l’UE». Celle-ci devrait effectuer «des patrouilles de routine» et rendre compte de la situation mais également contribuer «aux, efforts de médiation dans le cadre du processus mené par le président du Conseil européen Charles Michel».

Cette mission aurait un mandat de deux ans et un siège opérationnel en Arménie, dirigé par Stefano Tomat, directeur général du de la capacité civile de planification et de conduite (CPCC) du Service Européen de l’Action Extérieure, et un chef de mission dirigeant les opérations sur le terrain devrait être nommé prochainement.

Cette nouvelle a été saluée par le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, via Twitter en ces termes : «Nous nous félicitons vivement de la décision de l’UE d’envoyer une mission civile à part entière en Arménie. Nous coopérerons volontiers avec la mission et soutiendrons ses activités. Cette mission contribuera à la paix, à la stabilité et à la sécurité de la région», ainsi que par son homologue française, Catherine Colonna qui a également déclaré sur Twitter : «Cette décision est très importante et la France sera heureuse de participer à cette mission européenne». Le même jour Toivo Klaar, représentant spécial de l’UE pour le sud-Caucase était en visite à Erevan, d’où il a déclaré via Twitter : «De retour à Erevan pour une journée de rencontres. La situation autour du corridor Latchin est grave et des solutions doivent être trouvées de toute urgence. J’attends avec impatience les discussions pour explorer les voies à suivre. L’objectif de l’UE reste un règlement global entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan». Ce dernier a rencontré en présence du chef de la délégation de l’Union européenne en Arménie, l’ambassadeur Andrea Wiktorin. le Premier ministre Nikol Pachinian qui a fait part, comme le retrace le communiqué de presse correspondant, de « la situation au Haut-Karabakh [qui] s’aggrave de jour en jour, les écoles et les jardins d’enfants [qui] ne fonctionnent pas, les établissements de santé [qui] souffrent d’une grave pénurie de médicaments et sont confrontés à de graves problèmes». Il a également rencontré le vice-Premier ministre Mher Grigoryan, le ministre de la Défense Suren Papikian et le secrétaire du Conseil de sécurité Armen Grigorian.

Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a exprimé les plus grandes réserves quant à cette décision par voie de communiqué de presse le 24 janvier en déclarant : «L’Azerbaïdjan prend note de la décision adoptée par le Conseil de l’Union européenne (UE) […] Nous restons fermement convaincus qu’un tel engagement ne doit pas être exploité pour faire dérailler le processus de normalisation entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, y compris dans le cadre du processus de délimitation des frontières qui devrait être mené exclusivement sur une base bilatérale. […] Malgré des paramètres et des objectifs clairement définis pour la mission de deux mois convenue au plus haut niveau [déploiement d’une capacité de surveillance civile à la suite de l’accord conclu lors de la réunion de Prague du 6 octobre 2022], le déploiement effectif de la capacité de surveillance s’est accompagné de graves écarts par rapport aux accords conclus à Prague, à la suite d’approches biaisées adoptées par certains États membres de l’UE. […] Ainsi, les attentes initiales selon lesquelles la mission de l’UE contribuerait à faire avancer le programme de normalisation ont été sapées. […] L’exploitation d’une telle présence de l’UE contre les mécanismes de dialogue déjà existants est préjudiciable et doit être évitée».

Le 24 janvier, le ministre des Affaires étrangères arménien, Ararat Mirzoyan, s’est exprimé devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen au cours d’un discours retranscrit sur le site du ministère en précisant : «Je tiens à souligner que cette mission concerne la sécurité humaine – les personnes vivant dans les régions frontalières, les enfants scolarisés, les agriculteurs exerçant leurs fonctions agricoles et les familles qui veulent vivre dans leurs maisons sans craindre d’être ciblées. […] Il y a un aspect sur lequel je voudrais insister : il ne s’agit pas d’un épisode isolé [la situation dans le corridor de Latchin] mais doit être considéré comme faisant partie d’une politique généralisée et systématique de l’Azerbaïdjan visant le nettoyage ethnique de la population du Haut-Karabakh. […] Soyons clairs : il y a deux options théoriques pour lever le blocus du corridor de Latchin : militaire ou diplomatique. L’Arménie adhère à la deuxième option, mais cela n’est possible qu’avec une intervention décisive et une forte pression sur l’Azerbaïdjan et des actions concrètes à cette fin par la communauté internationale. Il est temps d’agir. L’Azerbaïdjan devrait faire face aux conséquences de ses actes. Il faut expliquer à l’Azerbaïdjan qu’il existe certaines règles internationales auxquelles tout le monde doit se conformer». Ces propos ont été qualifiés de d’ «exemple clair d’hypocrisie» par le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais le lendemain en rappelant : «Les appels à la guerre des dirigeants arméniens ne sont pas nouveaux. En 2019, le Premier ministre arménien Nikol Pashinian a exprimé son opinion sur «le Karabakh est l’Arménie», tandis que l’ancien ministre de la Défense Tonoyan a exprimé son opinion sur «une nouvelle guerre pour de nouveaux territoires. […] la partie arménienne, qui a procédé au nettoyage ethnique et aux massacres de centaines de milliers d’Azerbaïdjanais, n’a aucun droit moral de parler de la garantie les droits des personnes».

Le ministre russe des Affaires étrangères s’est exprimé le 26 janvier à ce sujet en déclarant par voie de communiqué de presse : «il est déjà évident que cette présence sera plus ambitieuse que le mécanisme de surveillance de l’UE qui a fonctionné en Arménie d’octobre à décembre 2022. La position de principe de la Russie concernant la consolidation d’un facteur extra-régional en Transcaucasie n’a pas changé. Nous ne voyons aucune «valeur ajoutée» de la supervision par des «experts» de l’UE sur les événements dans la région de la frontière arméno-azerbaïdjanaise. Si Bruxelles était sincèrement intéressée par la paix en Transcaucasie, elle aurait convenu des termes de sa mission de travail avec l’Azerbaïdjan. L’arrivée dans les régions frontalières de l’Arménie de représentants de l’Union européenne, devenue un appendice des États-Unis et de l’OTAN et menant une politique de confrontation dans l’espace de la CEI, ne peut qu’amener la confrontation géopolitique dans la région et exacerber les contradictions existantes. La nature civile déclarée de la mission de l’UE ne doit pas non plus être trompeuse : elle se forme dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune de l’UE, avec toutes les conséquences qui en découlent. Les tentatives de l’Union européenne de prendre pied en Arménie à tout prix et de contester les efforts de médiation de la Russie pourraient affecter les intérêts fondamentaux des Arméniens et des Azerbaïdjanais dans leurs aspirations à assurer un retour au développement pacifique de la région. […] Ils [les forces de maintien de la paix russes] réagiront au comportement des observateurs de l’UE, en tenant compte de l’évolution de la situation «sur le terrain».Nous avons noté qu’Erevan, sans mener à son terme le travail effectué en direction de la mission de l’OTSC, a préféré faire un choix en faveur de l’UE. Si nos alliés arméniens sont toujours intéressés par l’utilisation du potentiel de l’OTSC, sa mission peut être rapidement déployée en Arménie».

Le 26 janvier, le 1er dialogue politique et de sécurité entre l’Union européenne et l’Arménie a eu lieu à Erevan coprésidé par le vice-ministre arménien des Affaires étrangères Vahe Gevorgian et le secrétaire général adjoint et directeur politique du Service Européen pour l’Action Extérieure (SEAE) Enrique Mora.

23/01/2023 : Rencontre des représentants de la diaspora arménienne en France : selon Gerald Darmanin «Les adversaires de l’Arménie sont les adversaires de la France» –  Morgan Caillet

Selon plusieurs médias locaux (Armenpress, Armenews, Nor Haratch, La Gazette.az), le président français Emmanuel Macron aurait rencontré le 23 janvier à l’Élysée plusieurs représentants de la diaspora arménienne en France, notamment les coprésidents du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) Ara Toranian et Mourad Papazian, avant de rencontrer plusieurs personnalités culturelles et sportives telles que Sylvain Tesson, Pascal Bruckner, Olivier Weber, Jean-Christophe Buisson qui a dénoncé via Twitter «l’indifférence au drame des Arméniens d’Artsakh menacés d’épuration ethnique par les Azéris», et Youri Djorkaeff. Mourad Papazian a ainsi écrit sur Twitter le lendemain : «La sécurité de l’Arménie et des 120 000 Arméniens d’Artsakh était à l’ordre du jour. Les risques d’une nouvelle guerre ont également été évoqués. Une rencontre constructive et efficace». Ces rencontres n’ont pas été relatées sur le site de la présidence française.

Le 25 janvier, Gerald Darmanin, le ministre français de l’Intérieur a prononcé un discours au dîner annuel du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) à Paris où il représentait le président Emmanuel Macron et le gouvernement français au cours duquel il aurait déclaré : «Les adversaires de l’Arménie sont les adversaires de la France», selon l’ancien ambassadeur français en Arménie, Jonathan Lacote, via Twitter.

Le lendemain, la nouvelle ambassadrice française en Azerbaïdjan, Anne Boillon, était reçu par le président Ilham Aliev à qui elle a remis ses lettres de créance déclarant qu’elle «n’épargnerait aucun effort pour contribuer au développement des relations entre l’Azerbaïdjan et la France pendant son mandat», selon le site de la présidence azerbaïdjanaise. Cette dernière s’est déclaré «heureuse» de commencer sa mission officielle via Twitter.

24-25/01/2023 : Déclaration très critiquée du chargé d’affaires ukrainien en Géorgie -Séverine Ly-

Le chargé d’affaires ukrainien en Géorgie, Andrii Kasianov, a déclaré le 24 janvier dans une interview pour le média European pravda disponible en ligne que l’ambassade d’Ukraine n’excluait pas «de demander aux organisations internationales et aux partenaires internationaux d’envisager la possibilité d’aider à l’évacuation massive des citoyens ukrainiens de Géorgie» si des vols direct étaient restaurés avec la Russie. Selon lui, un «afflux anormal» de Russes constituerait «une menace croissante» pour la diaspora ukrainienne et l’ambassade travaillait donc sur «la possibilité d’organiser des itinéraires d’évacuation». Cette déclaration est intervenue après la conférence de presse de Sergueï Lavrov en faveur d’une réouverture des vols entre la Russie et la Géorgie et le soutien d’Irakli Kobakhidze, chef du parti majoritaire «Rêve géorgien», à cette perspective. 

Les propos d’Andrii Kasianov ont été qualifiés de «honteux» par Irakli Kobakhidze a rapporté le média local agenda.ge, le député se disant «habitué à de telles déclarations non pertinentes». Les deux hommes étaient déjà en conflit lorsque Tbilissi a refusé de livrer à Kiev des missiles BUK achetés à l’Ukraine et des javelots antichars américains. Irakli Kobakhidze en a profité pour souligner que si la Géorgie avait remis des armes à l’Ukraine, elle «aurait été impliquée dans le conflit [Russie-Ukraine] et il aurait fallu évacuer non seulement les Ukrainiens mais aussi les citoyens géorgiens». Selon le même média local, Aleko Elisashvili, députée géorgienne du parti d’opposition des citoyens, a appelé le gouvernement ukrainien à remplacer Andrii Kasianov et à «nommer un ambassadeur qui ne fera pas de mal» aux relations entre les deux pays. «Kasianov cherche à nuire et invente à chaque fois de nouvelles façons de le faire» a-t-elle affirmé.

Le ministère des Affaires étrangères géorgien a convoqué le 25 janvier Andrii Kasianov sans qu’aucun parti n’ait commenté la discussion d’après les médias locaux agenda.ge et civil.ge. A Kiev, l’ambassadeur géorgien a été reçu par le vice-ministre des Affaires étrangères ukrainien selon un communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères d’Ukraine. Lors de cet entretien, le vice-ministre Yevhen Perebyinis a tout d’abord remercié l’ambassadeur pour «le soutien apporté aux citoyens ukrainiens» mais s’est dit «préoccupé par les informations concernant la possible reprise des vols directs entre la Géorgie et la Russie» et a exprimé son «espoir» d’un changement de position de la Géorgie concernant la livraison d’armes. Enfin, il a soulevé la question «de la détérioration de la santé du citoyen ukrainien Mikheil Saakashvili» et a proposé «de le transférer pour traitement en Ukraine ou dans des pays tiers». Bien que l’ambassadeur ait affirmé «que la Géorgie n’a aucune intention de reprendre les vols vers la Fédération de Russie», les parties ne se sont pas entendues sur les autres sujets.

25/01/2023 : Cinquième dialogue stratégique sur la sécurité entre la Géorgie et l’Union européenne -Séverine Ly-

Selon un communiqué de presse commun entre le ministère des Affaires étrangères géorgien et la délégation de l’UE en Géorgie publié sur leur site respectif, le cinquième dialogue stratégique sur la sécurité s’est tenu à Tbilissi le 25 janvier. Coprésidé par le premier vice-ministre géorgien des Affaires étrangères, Lasha Darsalia et le secrétaire général adjoint pour les affaires politiques de l’UE, Enrique Mora, le dialogue a pointé la nécessité de mettre un terme au  conflit entre la Russie et la Géorgie. L’UE a réaffirmé le «soutien indéfectible à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues» tout en soulignant «la nécessité d’assurer la pleine mise en œuvre» du mandat de la mission d’observation de l’UE. La veille, lAssemblée parlementaire du conseil de l’Europe avait dénoncé la violation flagrante par la Russie «des principes et normes fondamentaux du droit international» lors de l’agression de la Géorgie en 2008 et exigé son retrait des territoires «illégalement occupés et sous son contrôle». Ces déclarations font partie de la recommandation 2245 disponible sur le site officiel de l’Assemblée parlementaire et adoptée dans le cadre du Sommet de Reykjavik.

Les participants ont aussi salué la décision «historique» du Conseil européen du 23 juin 2022 et le rôle «important» de la Géorgie dans les missions de la politique de sécurité et de défense commune de l’UE. Une intensification de la coopération en matière de sécurité a été discutée afin de «renforcer les capacités et la résilience de la Géorgie» et de «faire face aux menaces hybrides». Ce dernier aspect est central puisqu’une enquête menée par un média local, NEXT.On.ge et publiée sur leur site a démontré que «le département expert-criminel du ministère de l’Intérieur» utilise un logiciel de reconnaissance faciale et balistique russe, «Papillon» et un système d’analyse d’empreintes digitales biélorusse «Todes» posant un doute sur la protection des données des habitants. 

Enfin, Enrique Mora a déclaré qu’«une vision commune d’une région pacifique et prospère» a été partagée et que «la Géorgie reste l’un des partenaires les plus proches et les plus importants de l’UE» dans le sud-Caucase. Cette conception est partagée par le couple franco-allemand qui a réaffirmé, dans une déclaration conjointe publiée sur le site de l’Elysée à l’occasion des soixante ans du Traité de l’Elysée, son soutien à la Géorgie «dans sa trajectoire européenne». 

26/01/2023 : La «Communauté d’Azerbaïdjan Occidental» adopte son «concept de retour». Morgan Caillet

Les agences de presse azerbaïdjanaises Trendnews et APA ont retranscrit le 26 janvier le texte adoptée par la « Communauté de l’Azerbaïdjan occidental », rebaptisée ainsi en 2022 et créée à l’origine en 1989 sous le nom «Société des réfugiés azerbaïdjanais» , suite à l’approbation de son «concept de retour» définissant «le cadre général des objectifs, principes, mesures préparatoires et de mise en œuvre de l’activité à mener par la Communauté pour le retour des Azerbaïdjanais expulsés de force du territoire de l’actuelle Arménie».

On peut ainsi y lire : «La Communauté est consciente que la République d’Arménie est membre des Nations unies (ONU), reconnue par la majorité des autres États, et considère la République d’Arménie comme une réalité politico-juridique. […] Le fait que l’Arménie a adhéré aux documents juridiques internationaux pertinents, y compris la Charte des Nations Unies, impose des obligations concrètes à ce pays dans le domaine de la restauration et de la protection des droits des Azerbaïdjanais expulsés de leur territoire, y compris la création de conditions pour leur retour en toute sécurité et dans la dignité dans leur patrie. […] En raison du fait que le gouvernement arménien a commis des violences à grande échelle et systématiques contre la population azerbaïdjanaise en raison de son appartenance ethnique, la Communauté ne fait pas confiance à ce pays en matière de sécurité et envisage donc le déploiement d’une mission de sécurité internationale avec un mandat approprié et composé des forces des pays auxquels les Azerbaïdjanais occidentaux font confiance dans les zones où le retour est une condition essentielle. Le mandat et les capacités de la mission internationale dépendront de la situation sécuritaire. Compte tenu du fait que l’évaluation de la menace nécessite des capacités appropriées de collecte et d’analyse d’informations et que la Communauté ne dispose pas de ces capacités, la Communauté sollicitera l’assistance du gouvernement de la République d’Azerbaïdjan dans ce domaine. La mission devrait être déployée avant le retour, prendre le contrôle des zones concernées, disposer d’une capacité de coordination civilo-militaire, d’une composante de police et de pouvoirs d’administration civile, et opérer aussi longtemps que la Communauté le jugera nécessaire. La Communauté devrait être représentée en tant que partie intéressée dans la formulation du mandat et le format de gestion de la mission de sécurité internationale. Étant donné qu’une participation adéquate aux questions de maintien de l’ordre et de justice est une condition nécessaire, les Azerbaïdjanais ont le droit de former des forces de sécurité locales et de jouer un rôle approprié devant les tribunaux. […] Le gouvernement arménien assurera la restitution des biens et des terres communales appartenant aux Azerbaïdjanais et versera une indemnisation pour les dommages matériels et les pertes causés en empêchant l’utilisation des biens. Le gouvernement arménien paiera tous les frais découlant de la restauration des droits de propriété des Azerbaïdjanais et prendra les autres mesures nécessaires. […] Peu de temps après leur retour, les Azerbaïdjanais rapatriés auront besoin d’une aide humanitaire, puis d’un programme de réintégration et de réhabilitation et d’une aide au développement social et économique à long terme. La Communauté est déterminée à être un partenaire clé des organisations internationales et des donateurs pour la mise en œuvre des programmes pertinents dans ce domaine. […] Tout en gardant ce passé douloureux dans sa mémoire historique, la Communauté accepte que le chemin pour assurer la paix et le développement passe par la réconciliation. Les Azerbaïdjanais occidentaux sont prêts à vivre en paix et côte à côte avec les Arméniens qui ont été transférés dans la patrie des Azerbaïdjanais occidentaux depuis d’autres pays. La Communauté s’attend à ce que la réconciliation soit complexe et prendra beaucoup de temps. La Communauté considère le respect des droits de l’homme, l’État de droit et l’élimination des doubles standards comme les outils les plus importants pour parvenir à la paix».

27/01/2023 : Attaque contre l’ambassade d’Azerbaïdjan en Iran – Morgan Caillet

De nombreux médias locaux (JamNews, Azerfocus, Turan, APA, Report.az, Haqqin, Ocmedia…) ont relaté l’attaque à 8h30 heure de Bakou le 27 janvier contre l’ambassade d’Azerbaïdjan en Iran qui s’est soldé par la mort du chef du service de sécurité de l’ambassade, Askarov Orkhan Rizvan Oglu, et qui a fait deux blessés parmi les agents de sécurité. Les conjectures concernant les motivations et les responsabilités de l’attentat sont diverses. Les médias iraniens auraient d’abord attribué la responsabilité à un résident d’origine arménienne, ce qui aurait été vite démenti par le commandant de la police de Téhéran, Serdar Hussein Rahimi, évoquant des motifs personnels de l’assaillant Yasin Husseyinzade qui serait venu pour libérer sa femme. Plusieurs médias azerbaïdjanais tels que Haqqin, proche des milieux de la sécurité azerbaïdjanaise y verraient plutôt l’œuvre des services spéciaux iraniens. Le terroriste aurait, en effet, réussi à passer les contrôles de la police iranienne avant de s’attaquer au personnel azerbaïdjanais de l’ambassade avec une mitraillette de type kalachnikov.

Le président azerbaïdjanais a fermement condamné cet «acte terroriste» et exigé «la plus rapide enquête […] et la punition des terroristes» via Twitter. L’ambassadeur iranien à Bakou, Seyyid Abbas Mousavi, a été convoqué par le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères afin de demander la traduction en justice des responsables et de rappeler les obligations iraniennes de protéger les missions diplomatiques en vertu de la Convention de Vienne. A aussi été souligné une «campagne anti-azerbaïdjanaise systématique […] qui aggrave encore des relations déjà difficiles». Le chef de la délégation azerbaïdjanaise auprès de l’OTAN, Jafar Husseyinzade, a rappelé qu’il s’agissait de la 5ème attaque contre les missions diplomatiques azerbaïdjanaises en deux ans, via Twitter.

Le président iranien Ibrahim Raïssi aurait demandé «une enquête approfondie sur les circonstances de l’attaque armée», selon Report.az citant l’agence de presse ISNA., tandis que le ministre des Affaires étrangères iranien, Amir Abdullahian aurait proposé une enquête conjointe entre les agences de sécurité des deux États, selon Turan, ce qui aurait été salué par son homologue azerbaïdjanais.

L’Assemblée parlementaire des États turciques (TURKPA) aurait, selon APA, demandé «une enquête approfondie sur cette attaque odieuse» tout en espérant que «les auteurs seront traduits en justice» et en exprimant ses condoléances et disant partager «la douleur du peuple frère d’Azerbaïdjan». Plusieurs messages de solidarité et de condoléances ont émané du chef de la délégation de l’Union européenne en Azerbaïdjan, Peter Michalko, qui s’est dit «horrifié», des ministères des Affaires étrangères kazakh, russe et turc ou de responsables des États-Unis, d’Israël, de Géorgie, d’Ukraine, de France, des EAU ou des Pays-Bas.

Il n’est pas inutile de rappeler qu’un groupe chiite radical a attaqué en août 2022 l’ambassade azerbaïdjanaise à Londres.

27/01/2023 : Zone d’exclusion aérienne en Abkhazie. Morgan Caillet

Le 27 janvier, le « Cabinet des ministres d’Abkhazie » a adopté, selon Apsnypress, une décision «Sur la création de zones d’exclusion temporaire de l’espace aérien en République d’Abkhazie» concernant les «zones au-dessus des complexes de bâtiments administratifs, des bâtiments des institutions diplomatiques et consulaires, des emplacements des organes et installations de l’État […] toutes les installations d’infrastructures militaires, les sites militaires et les installations de défense de la République d’Abkhazie et de la Fédération de Russie sur le territoire de la République de Abkhazie, stocks de valeurs matérielles de l’État et réserves de mobilisation» et ce, «afin d’assurer la protection contre les menaces de nature militaire ou terroriste».

 

 

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

Auteur vérifié

Articles à lire dans cette rubrique

Restez informé !

Recevez notre newsletter 4 à 5 fois par mois et restez en connexion avec l'actualité internationale.

  • Analyses mensuelles thématiques exclusives
  • Décryptage des enjeux mondiaux
  • Désabonnement facile à tout moment
Newsletter

Cultivez-vous et montez en compétences !
Recevez en exclusivité nos dernières parutions et nos offres de formation.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir nos emails.
Désabonnement en un clic