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Veille géopolitique Union européenne – Du 18 février au 24 février 2023

Publié le 25/02/2023
11 min de lecture
Par Etienne Mathieu
Europe

20/02/2023 : Antony Blinken en Turquie : Les États-Unis accentuent la pression sur Ankara pour que la ratification de l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN soit accélérée. – Antoine Bézier –

Ce 20 février, à l’occasion d’une conférence de presse conjointe à Ankara avec son homologue turc Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères, le secrétaire d’État américain Antony Blinken, dont l’objet principal de la visite en Turquie était le séisme dévastateur ayant eu lieu à la frontière turco-syrienne le 6 février, a rappelé le soutien des États-Unis à l’adhésion de la Suède et de la Finlande dans l’OTAN, pour l’instant bloquée par Ankara : «Les États-Unis soutiennent fermement l’adhésion des pays nordiques dès que possible […] l’expansion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN n’est pas une question bilatérale.» (Euractiv

Ankara reproche toujours aux deux pays nordiques une trop grande proximité avec l’organisation politique armée kurde du PKK, et attend en particulier de Stockholm des mesures concernant l’extradition vers la Turquie de militants kurdes installés en Suède : «Nos problèmes avec la Finlande sont relativement moins importants (par rapport à la Suède). Par conséquent, le calendrier que vous avez établi, concernant les mesures à prendre pour le sommet de l’OTAN en Lituanie, dépend en réalité des mesures qui seront prises, en particulier par la Suède.» (Euronews) Comme le rapporte Euractiv, le gouvernement turc a montré des signes d’assouplissement de sa position, et Mevlüt Çavuşoğlu a annoncé que «d’autres réunions auront lieu avec la Suède et la Finlande sur l’adhésion à l’OTAN»

Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, à qui son homologue finlandaise Sanna Marin aurait réitéré le souhait de voir la Finlande et la Suède rejoindre ensemble l’OTAN à l’occasion de la 59e Conférence de Munich sur la sécurité ayant eu lieu du 17 au 19 février, a déclaré qu’il espérait «revenir à ces discussions dès que possible»,  tout en ajoutant que «cela ne change rien au fait que c’est la Turquie qui prend ses décisions, et nous avons beaucoup de respect pour cela» (Euractiv). 

Alors que «l’administration Biden soutient fermement le paquet visant à moderniser les F-16 existants et à en fournir de nouveaux à la Turquie» selon Antony Blinken (Euronews), le ministre des Affaires étrangères turc a nié que la question de cette vente d’avions de chasse à la Turquie, pour l’instant bloquée par le Congrès américain, ait une quelconque influence sur la position turque quant à l’entrée des deux pays nordiques dans l’OTAN : «Il ne serait ni juste ni équitable de faire dépendre deux questions indépendantes l’une de l’autre.» (Euractiv)

21/02/2023 : L’armée française commence l’exercice Orion 2023. – Etienne Mathieu –

Plus de 7 000 soldats sont déployés en Occitanie dans le cadre de l’exercice Orion 2023, selon Atlantico. Cet effectif fait d’Orion l’exercice le plus important pour l’armée française depuis la fin de la guerre froide. La phase 2 commence le 21 février ; la phase 1 consistait en la préparation de ce vaste déploiement. Atlantico souligne que l’objectif est de «montrer la capacité des forces françaises à “entrer en premier” sur un territoire déstabilisé par des milices.» Un objectif qui reflète entre autres les préoccupations de l’OTAN quant à la stratégie russe de déstabilisation de pays via des milices indépendantistes, relayées ensuite par une invasion de forces conventionnelles, comme en Géorgie en 2008, en Crimée et au Donbass depuis 2014.

L’exercice concerne l’ensemble des forces armées – Armée de terre, Armée de l’air, Marine nationale et inclut des éléments américains, britanniques, espagnols et des observateurs de plusieurs pays européens. Le Point relate que mille soldats français jouent «l’équipe rouge», c’est-à-dire les forces ennemies : il s’agit d’un effectif ennemi considérable, contribuant au caractère inédit de l’exercice Orion depuis une trentaine d’années. La Marine nationale française déploie entre autres deux porte-hélicoptères.

En plus de son ampleur, l’exercice Orion se distingue par sa nature d’exercice en «terrain libre» : autrement dit, les troupes se déploient sur le territoire sans se limiter aux terrains militaires, utilisant donc les zones peuplées. Cette pratique était délaissée depuis les années 2000, suite à la suspension du service militaire et la réduction des effectifs. Elle est désormais considérée comme essentielle à la préparation d’une guerre de haute intensité.

La pratique de «l’entrée en premier», dans le vocabulaire militaire, consiste à utiliser les ressources combinées des différentes armées pour se déployer sur le territoire tenu par les forces hostiles, pour établir une tête de pont (Le Point). La phase 3 de l’exercice, qui aura lieu en avril, simulera une attaque conventionnelle symétrique de la puissance étrangère soutenant les milices séparatistes. Ce scénario fait directement écho à la stratégie développée par la Russie contre ses voisins géorgien puis ukrainien, et dont on craint désormais une réédition contre la Moldavie, déjà aux prises avec les séparatistes de Transnistrie (Ouest-France).

D’après le site officiel de l’Armée de l’air française, «cet exercice contribuera directement à démontrer que la France est une puissance d’équilibre majeure pouvant s’engager pour la défense de ses intérêts et participer à la hauteur de ses ambitions à la réponse que l’Alliance [c’est-à-dire l’OTAN] pourrait apporter à une crise. En effet, il permet à la France de se positionner comme l’une des rares nations européennes à maîtriser ce niveau d’expertise dans la planification opérative et la conduite d’exercices de grande envergure.»

21/02/2023 : Joe Biden réaffirme le soutien de l’OTAN aux Occidentaux en déplacement à Varsovie. – Emma Chlebowski –

Le président américain Joe Biden s’est rendu mardi 21 février à Varsovie pour une visite de deux jours après plusieurs mois de préparation et avec un objectif : rappeler que «les États-Unis sont bel et bien là, et [qu’] ils se battront pour la liberté et la démocratie jusqu’à ce que les troupes russes se retirent» selon RFI.

Andrzej Duda, dans un discours, a mis en avant le rôle de chef que joue l’OTAN dans la défense du «monde libre» et a souligné les liens qu’unissent la Pologne et les États-Unis. Rzeczpospolita reprend les mots du président américain qui n’a pas manqué de rappeler la solidarité dont a fait preuve la Pologne à l’égard de l’Ukraine : «Dans ce moment le plus difficile, la nation polonaise leur a offert son aide».

En réalité, Le Figaro montre que le discours de Joe Biden s’est orienté vers plusieurs destinataires : ses alliés européens, pour appuyer sur le soutien américain ; le public américain, dont les opinions divergent à l’égard du soutien à l’Ukraine ; et enfin au gouvernement russe, en réponse au discours de Vladimir Poutine prononcé également le 21 février.

22/02/2023: les demandes d’asile en UE au plus haut depuis 2016. – Marie Corcelle –

L’Agence de l’UE pour l’Asile (AUEA) a publié le 22 février un communiqué de presse qui fait état d’une augmentation sans précédent des demandes d’asile en 2022 dans les pays de l’UE, ainsi qu’en Norvège et en Suisse depuis 2016. Un chiffre record depuis la crise des réfugiés de 2015.  Les principaux demandeurs d’asile sont syriens ou afghans, mais en 2022, de nombreux habitants du Venezuela, de Colombie, du Bangladesh ou encore de Géorgie ont également déposé des demandes, selon les données de l’AUEA. Sans oublier les Ukrainiens, au nombre de 4 millions, qui font l’objet d’une protection temporaire. 40% des décisions ont abouti à l’octroi du statut de réfugié ou de protection subsidiaire.  

D’autre part, Frontex avait relevé dans un communiqué du 13 janvier que les entrées irrégulières en UE en 2022 avaient progressé de 64% quant à 2021, ce qui avait conduit la président de la Commission européenne Ursula von der Leyen à exhorter les États membres à accroître leur lutte contre l’immigration irrégulière, rappelle le média Euractiv.

23/02/2022 : L’Allemagne veut renforcer la lutte contre le contournement des sanctions imposées par l’Union européenne à la Russie. – Antoine Bézier –

Comme le montre un document du ministère allemand de l’Économie consulté ce jeudi 23 février par Reuters, le gouvernement allemand cherche à contrer les exportations vers des pays tiers de marchandises tombant sous le coup des sanctions imposées par l’Union européenne à la Russie en raison de sa guerre menée en Ukraine. 

Le ministère allemand de l’Économie souhaite que les entreprises fournissent désormais des formulaires de déclaration détaillant l’utilisation finale des exportations vers des pays tiers de biens essentiels pour l’armée russe (Reuters, La Tribune). «Les données sur le commerce extérieur dont nous disposons indiquent qu’une quantité considérable de marchandises sanctionnées par l’UE est exportée de l’UE, et donc aussi de l’Allemagne, vers certains pays tiers, puis de là, exportée vers la Russie», déplore le ministère (La Tribune). La volonté du Bundesministerium für Wirtschaft und Klimaschutz, s’exprimant dans le document daté du 22 février et présentant un plan en dix points pour empêcher le contournement des sanctions, est rapportée par Reuters : «Nous devons travailler ensemble pour contrer ces activités de contournement plus efficacement qu’auparavant, au niveau national et au niveau de l’UE […] les violations intentionnelles de l’obligation de soumettre des certificats d’utilisation finale véridiques constitueront une infraction pénale dans toute l’Europe.» Le document prône également une intensification des efforts diplomatiques visant à obtenir la coopération des pays partenaires et à informer les entreprises et autres parties prenantes des risques liés à l’exportation de marchandises visées par les sanctions. 

L’UE devrait adopter prochainement un dixième train de sanctions contre la Russie d’un montant estimé de 11 milliards d’euros qui devrait notamment, pour la première fois, interdire les exportations à destination de sept entités iraniennes considérées comme productrices d’équipements utilisés par la Russie dans le cadre de sa guerre en Ukraine (Reuters).

24/02/2023 : Débat interposé sur les sanctions contre la Russie entre l’Union Européenne et la Hongrie à l’ONU. – Tristan Jarraud –

Le 23 Février, Josep Borrell s’est rendu au conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies. Il y’a fait un discours concernant la politique étrangère actuelle à laquelle l’Union Européenne est confronté. La majeure partie de son discours s’est concentrée sur l’invasion Russe en Ukraine. A la suite de cette déclaration il est allé se soumettre aux questions des journalistes. La seconde interrogation des journalistes portait sur le discours du ministre des Affaires Etrangères hongrois. Comme le rapporte le journaliste : «il a parlé contre les sanctions, contre l’envoi d’armes en Ukraine et contre tous les principes européens en général.». La réponse du représentant de l’Union Européenne est très claire : «Eh bien, c’est contre tous les principes européens, mais ils le soutiennent. Ils la soutiennent. Pour décider de sanctions, nous avons besoin de l’unanimité et la Hongrie a fait partie de cette unanimité. Et la Hongrie paie sa part de la facture du soutien militaire à l’Ukraine

Lors de son voyage à New York, le ministre hongrois en a profité pour faire le tour des institutions internationales. La rencontre avec l’Agence de l’Energie Atomique Internationale est assez parlant de la position hongroise. Comme le rapporte le site officiel du gouvernement Hongrois : « Le ministre des affaires étrangères a déclaré qu’une action décisive était nécessaire pour garantir que les sanctions de l’UE n’affectent pas le secteur nucléaire russe. » Pour éclairer la raison de ces propos, il faut rappeler la présence de l’entreprise russe Rosatom en Hongrie.

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