Veille géopolitique sud-Caucase – du 11 mars au 17 mars 2023

Processus de résolution du Conflit du Karabakh – Morgan Caillet –
Suite à la proposition faite par l’administration présidentielle le 13 mars de «poursuivre les contacts sur la réintégration et à discuter des questions liées à mise en œuvre de projets d’infrastructures au Karabakh» avec les représentants du public arménien du Karabakh, le «conseiller du président de l’Artsakh» David Babayan a répondu le même jour : «L’Artsakh a toujours été favorable aux négociations et au règlement pacifique. Mais les négociations ne peuvent avoir lieu qu’entre parties égales, avec la participation de médiateurs internationaux. […] rappelons à Bakou qu’il n’y a pas de «communauté arménienne du Haut-Karabakh». La République d’Artsakh est un État, même s’il n’est pas reconnu. Et ne pas être reconnu n’est pas du tout un obstacle pour l’Azerbaïdjan, comme en témoignent ses liens avec la soi-disant «République turque de Chypre du Nord» et Taïwan». Tandis que le «ministère des Affaires étrangères de l’Artsakh» annonçait le lendemain : «de telles réunions peuvent se tenir avec la médiation du contingent russe de maintien de la paix, au même endroit que le 1er mars 2023, pour discuter de questions humanitaires, infrastructurelles et techniques, sans politisation indue» et le 15 mars : «L’engagement de la communauté internationale dans le dialogue entre l’Artsakh et l’Azerbaïdjan est le seul moyen de garantir un règlement global du conflit».
De son côté le conseiller en politique étrangère du président azerbaïdjanais Hikmet Hajiyev, a déclaré lors d’une interview à Report.az : «La question des droits et de la sécurité des Arméniens vivant au Karabakh sera résolue en vertu de la Constitution et des lois de l’Azerbaïdjan. Il n’y a pas de privilèges spéciaux pour eux. […] Il ne peut être question de créer un mécanisme international pour discuter des droits et de la sécurité des Arméniens vivant au Karabakh».
Il est à noter que les «autorités auto-proclamées du Haut-Karabakh» ont critiqué le 11 mars les récentes déclarations de Toivo Klaar, le représentant spécial de l’UE pour le sud-Caucase en ces termes : «ses déclarations concernant la situation liée au blocage du corridor de Lachin, faites plus tôt le 8 mars dans une interview avec des médias azerbaïdjanais, soulèvent de sérieuses questions quant à leur respect du statut de médiateur neutre». Toivo Klaar a salué, lui, la reprise du dialogue entre les représentants de l’Azerbaïdjan et des Arméniens du Karabakh en ces termes : «Le début de discussions directes et visibles entre Bakou et les représentants de la population arménienne du Karabakh est un pas dans la bonne direction et, à ce titre, doit être salué».
Le Premier ministre arménien a déclaré le 14 mars que «l’Azerbaïdjan [tentait] d’obtenir un mandat de génocide au Haut-Karabakh» estimant qu’«il y [avait] maintenant une très forte probabilité d’escalade tant le long de la frontière arménienne qu’au Haut-Karabakh » demandant également l’envoi d’ «une mission d’enquête au Haut-Karabakh et dans le corridor de Lachin» sur le territoire souverain de l’Azerbaïdjan. Il a ajouté concernant l’appartenance ou non de «l’Artsak» à l’Azerbaïdjan: «La question de la sécurité et des droits du peuple du Haut-Karabakh est à l’ordre du jour de la République d’Arménie […] Il y a des raisons à la fois objectives et subjectives à cette position. Nous pensons que cette conversation doit avoir lieu entre Bakou et Stepanakert. […] Ce que voit le peuple du Haut-Karabakh est important, et il est essentiel que le peuple du Haut-Karabakh ait la possibilité, dans le cadre d’un mécanisme international, de poursuivre la réalisation de ses droits et d’assurer la sécurité. C’est une subtilité très importante». Concernant la sécurité des Arméniens de l’enclave, il a déclaré : «il convient de préciser que la Russie est le garant de la sécurité du Haut-Karabakh. D’autre part, il existe une armée de défense au Haut-Karabakh, que l’Azerbaïdjan tente de présenter comme l’armée de l’Arménie». Concernant l’avancée des négociations internationales : «Si l’Azerbaïdjan n’aime pas la médiation de la France, la logique du quadrilatère, alors il y a une solution : faisons cinq côtés, invitons l’Allemagne, invitons les États-Unis, nous sommes prêts».
Le ministre arménien de la Défense, Suren Papikyan aurait déclaré lors d’une audition au parlement le 15 mars, selon ArmenPress, avoir acquis divers types d’armes : «divers types de drones, des moyens antichars, des moyens de défense aérienne et des systèmes modernisés, des équipements de génie à chenilles et à roues, des équipements de déminage, des filets de camouflage, des équipements de communication , des dispositifs optiques, des lance-grenades, divers types de munitions et d’autres types de munitions et d’équipements militaires».
Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a répondu le 15 mars par les propos suivants : «Malgré les affirmations provocatrices de la partie arménienne, il suffirait au Premier ministre de prendre connaissance de l’évolution des proportions de la population azerbaïdjanaise et arménienne dans la région pour avoir une idée précise de l’ampleur des violences et des déportations pratiquées. contre la population azerbaïdjanaise sur le territoire actuel de l’Arménie. Il est bien connu qu’il n’y a plus de traces d’Azerbaïdjanais, qui représentaient autrefois une majorité sur le territoire actuel de l’Arménie, et ce fait fait partie d’une politique organisée et déterminée. […] Il est inacceptable que le Premier ministre arménien tente à nouveau d’intervenir dans la question du dialogue avec les résidents arméniens, fasse des déclarations provocatrices contre la souveraineté et l’intégrité territoriale internationalement reconnues de l’Azerbaïdjan sur la région du Karabakh et utilise des expressions telles que «le peuple et gouvernement du Karabakh».
Suite aux rumeurs de démission prochaine du «président du Haut-Karabakh» Arayik Haroutiounian, «l’Assemblée nationale du Haut-Karabakh» a adopté le 15 mars en première lecture «un projet de loi sur un amendement constitutionnel majeur visant à habiliter le Parlement à élire un président par intérim en cas de démission du titulaire pendant la loi martiale».
La France, par la voix de la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, et de son porte-parole, a renouvelé son soutien exclusif à la partie arménienne.
Invitée à répondre si la Russie devait «protéger le Karabakh au cas où l’Azerbaïdjan voudrait prendre le contrôle des territoires qui sont désormais sous la responsabilité des casques bleus», Maria Zakharova, porte parole du MAE russe a déclaré : «Parler de ce à quoi pourrait ressembler la situation si quelque chose se produisait serait inapproprié, faux et très préjudiciable dans ce cas particulier car cela conduirait à des spéculations, des insinuations, etc. Nous réagirons à tout ce qui nécessite une réaction, mais s’engager dans des simulations serait extrêmement dangereux».
– Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Morgan Caillet –
Au 17 mars, les manifestations écologistes pro-gouvernementales azerbaïdjanaises ont atteint leur 96ème jour de mobilisation consécutif, permettant toujours et néanmoins, selon plusieurs médias locaux (Report.az, APA.az, Trendnews.az), le passage des véhicules des casques bleus russes (52 le 11/03, 56 le 12/03, 71 le 13/03, 79 le 14/03, 82 le 15/03, 73 le 16/03, 97 le 17/03) et du CICR (23 le 14/03, 21 le 15/03, 7 le 17/03).
Le «Centre d’Information de l’Artsakh» a établi le bilan suivant le 17 mars : 880 citoyens privés de la possibilité d’une intervention chirurgicale, 182 personnes transférés en Arménie par le CICR depuis le 12 décembre, 8300 personnes ayant perdu leurs emplois, 755 entreprises ayant suspendu leur activité, une chute du PIB de 17 %, plus de 38 400 tonnes de produits de première nécessité non livrés depuis le 12 décembre, 20 000 enfants privés de «conditions stables pour une éducation appropriée». Par ailleurs, il a signalé une nouvelle coupure du gaz par l’Azerbaïdjan le 10 mars.
Le ministère de la Défense d’Azerbaïdjan a dénoncé le 13 mars des mouvements de véhicules militaires arméniens sous escorte par le contingent russe de maintien de la paix le long du Khankendi-Khalfali- Turshsu «accompagné d’un véhicule de combat «BTR-82A», suite à quoi le ministre de la Défense, Zakir Hasanov, a présidé une réunion avec la direction du ministère et les commandants des formations militaires sur le terrain, déclarant que «l’armée azerbaïdjanaise devrait prendre des mesures répressives contre d’éventuelles menaces de l’Arménie, qui tente de créer de fausses tensions dans la région, et devrait réagir de manière adéquate si nécessaire». Le même ministère a dénoncé le 13 mars 19 violations du cessez-le-feu, puis le 15 mars des tirs arméniens «en direction des colonies de Yukhari Ayrim dans le district de Kelbajar et d’Astaf dans le district de Dashkasan» ainsi que des tirs par des «membres de détachements armés arméniens illégaux» en direction «des districts de Khojali et Khojavend».
Le ministère de la Défense arménien a dénoncé, de son côté, des violations du cessez-le-feu et des tirs azerbaïdjanais «en direction de Verin Shorzha» le 13 mars, et la «police du Haut-Karabakh» des tirs azerbaïdjanais sur trois habitants effectuant des travaux agricoles dans la vallée d’Amaras.
Le secrétaire de la Commission d’État azerbaïdjanaise sur les prisonniers de guerre, les otages et les personnes disparues, Ismail Akhundov, a évoqué les chiffres suivants lors d’une interview à l’agence de presse APA : «Actuellement, 3890 personnes ont été enregistrées comme personnes portées disparues pendant la première guerre du Karabakh […] dont 3171 sont des militaires et 719 sont des civils. Parmi les civils, il y a 71 mineurs, 267 femmes et 326 personnes âgées. Sur le nombre total de personnes portées disparues, 872 personnes, dont 29 enfants, 98 femmes et 112 personnes âgées, ont été prises en otage ou sont restées dans les territoires occupés. […]Cependant, à l’heure actuelle, deux facteurs entravent la mise en œuvre effective des obligations fixées devant la Commission d’État. La première est que l’Arménie ne fournit pas d’informations sur les lieux de sépulture des personnes portées disparues lors de la première guerre du Karabakh. Le deuxième obstacle est la contamination des zones par des mines terrestres et des munitions non explosées. […] Depuis la signature de la déclaration tripartite, des travaux urgents et nécessaires sont en cours pour l’identification des restes de 415 personnes par les experts des institutions étatiques compétentes.[…]117 de ces restes ont été donnés par l’autre côté […] 115 restes humains ont été retrouvés lors des travaux de fouilles et d’exhumations effectués dans les fosses communes identifiées […] En outre, il y a aussi les restes de 183 corps appartenant à des personnes décédées pendant la Première Guerre du Karabakh et ont été enterrés dans 21 cimetières situés dans 13 villes et régions de la République sans reconnaissance». L’Agence d’action contre les mines de la République d’Azerbaïdjan a rapporté le 16 mars la mort der deux Azerbaïdjanais, liée à une mine terrestre dans le district d’Agdam.
– Conflit Abkhazie et Ossétie du sud / Géorgie – Constant Henrio
A l’occasion d’une «réunion de travail avec le chef du Service de sécurité de l’Etat, Dmitry Dbar, et le président du service de sécurité, Robert Kiut», le «président abkhaze»Aslan Bzhania, a exigé le 10 mars de «transférer le personnel des forces de l’ordre vers un mode de fonctionnement amélioré compte tenu des évènements qui se déroulent en Géorgie». L’organisation d’exercices de formation des forces de l’ordre dans le district de Gali, peuplé par la minorité géorgienne de l’entité, a ainsi été décidé. Dmitry Dbar a, durant ces exercices, qui ont eu lieu du 10 au 14 mars affirmé : «compte tenu de la situation dans le monde et des menaces possibles, nous organiserons plus souvent de tels événements afin d’élaborer des mécanismes pour assurer la protection antiterroriste de la population». Dans le même esprit, l’Aruaa, organisation publique unissant les vétérans du conflit de 1992-1993 contre la Géorgie, a affirmé le 15 mars que «les évènements de Tbilissi prenaient un «caractère anti-abkhaze et anti-ossète»», et a donc suggéré que les autorités abkhazes renforcent les forces armées afin «de transférer l’économie à la «voie militaire»».
Signe de la tension régionale, une déclaration de l’organisation publique Kabardino-Balkarie des vétérans de la guerre patriotique du peuple d’Abkhazie 1992-1993 et de l’Union des volontaires abkhazes de la République d’Ossétie du Nord-Alanie, en date du 13 mars a affirmé «l’inadmissibilité de la reprise des hostilités en Abkhazie et en Ossétie du Sud» tout en avançant que «déclencher la guerre contredisait non seulement les intérêts nationaux de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, mais aussi la Géorgie elle-même». Le ministre géorgien de la Défense, Juansher Burchuladze, a affirmé le 12 mars, quant à lui, que «le pays devrait avoir une réserve bien entraînée» et a souligné «l’importance du projet du nouveau «Code de défense» pour le développement de la capacité de défense de la Géorgie».
Dans le même temps, le chef du «Service de sécurité» de l’Etat de Géorgie, Grigol Liluashvili, et le représentant spécial de l’Union Européenne pour le Caucase du Sud, Toivo Klaar, ont souligné le 15 mars l’importance du rôle des discussions internationales de Genève, les parties notant «la nécessité d’une application efficace et d’une amélioration des formats de négociation existants» tout en affirmant «le rôle particulier de la mission de surveillance de l’Union Européenne en Géorgie, qui assure «la stabilité» près de la ligne d’occupation».Par ailleurs, une réunion présidée par le Comité international de la Croix-Rouge, a eu lieu à Belgrade le 15 mars entre participants géorgiens et abkhazes «pour discuter des efforts en cours pour retrouver les 1 941 personnes disparues du conflits armé de 1992-1993 dans sa région géorgienne d’Abkhazie occupée par la Russie». Cette rencontre a permis l’établissement d’accords pour «intensifier leurs efforts en matière de collecte et d’échange d’informations nécessaires à la poursuite du processus à son «meilleur rythme possible».
Outre l’actualité sécuritaire, l’Abkhazie a tenu à renforcer sa diplomatie économique et culturelle. Ainsi, dans le cadre de sa diplomatie économique, l’Abkhazie a tenté d’améliorer son attractivité touristique. En envoyant une «délégation de l’Abkhazie dirigée par le ministre du Tourisme Teimuraz Khishba» au XXIXe Salon International de l’Industrie du tourisme et de l’hôtellerie 2023 à Moscou au Centre international d’exposition. Cet événement du 16 au 18 mars a été l’occasion pour le ministre du Tourisme abkhaze de signer avec le ministre des Stations balnéaires et du Tourisme de Crimée, Vadim Volchenko, «un protocole d’intention dans le domaine des centres de villégiature et du tourisme». Également, dans un approfondissement de la diplomatie économique entre la Fédération de Russie et la République autoproclamée d’Abkhazie, «une loi sur la ratification de l’accord entre la Russie et l’Abkhazie sur la reconnaissance et l’exécution des décisions judiciaires et arbitrales dans les affaires économiques» a été signée par le Conseil de la Fédération, comme l’a rapporté TASS,. Au niveau de la diplomatie culturelle abkhaze, une «délégation de l’administration Soukhoumi dirigée par Beslan Eshba s’est rendu dans la capitale du Tatarstan, Kazan» le 13 mars, dans le but de «signer un accord de jumelage», ce qui ferait de Kazan «la 36e ville avec laquelle Soukhoumi signera un accord de coopération formel» depuis 1988. Enfin, cette semaine a été l’occasion des Journées de la culture tchétchène en Abkhazie, avec «la cérémonie d’ouverture au Théâtre dramatique russe d’Etat en présence du «président de l’Abkhazie», Aslan Bzhania, du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov et de de la ministre de la Culture de la république tchétchène, Aishat Kadyrova.
En ce qui concerne l’Ossétie du Sud le «ministère des Affaires étrangères de la République d’Ossétie du Sud» a publié le 14 mars un rapport intitulé «Sur l’état actuel des relations entre l’Ossétie du Sud et la Russie». Le rapport définit «le Traité d’alliance et d’intégration entre la République d’Ossétie du Sud et la Fédération de Russie, signé le 18 mars 2015 à Moscou au plus haut niveau» comme «l’un des documents fondamentaux régissant les relations amicales» des deux Etats, notamment dans une conjoncture actuelle remplie de «défis et des menaces modernes». Cette déclaration s’est illustrée par différents événements comme une coopération juridique et le jugement d’un «entrepreneur de la République autoproclamée d’Ossétie du Sud, Mikhaïl Kochiev, par le tribunal militaire de la garnison de Vladikavkaz» le 15 mars pour avoir quitté une unité militaire dans le contexte de «l’opération militaire spéciale» de la Russie en Ukraine. Vladimir Poutine a également rencontré le «président sud-ossète», Alan Gagloev. La «République d’Ossétie» a également réaffirmé son contrôle sur ses frontières extérieures, notamment par un message du KGB d’Ossétie du Sud affirmant par un message daté du 14 mars, qu’au mois de février, «14 contrevenants à la législation frontalière ont été arrêtés sur diverses sections de la frontière de l’Ossétie du Sud, dont 5 violent le régime frontalier de l’Etat, 9 le régime frontalier» et a tenu à rappeler «aux citoyens et aux invités de la République de se conformer aux règles d’entrée, de sortie et de séjour dans la zone frontalière de l’Ossétie du Sud».
– Relation Géorgie – UE / US / Russie / Ukraine et politique intérieure géorgienne – Leonard Monce
Après près de deux semaines de contestation populaire virulente à l’égard du gouvernement et de son projet de loi dite sur «la transparence et les agents étrangers», le ministère de l’intérieur géorgien a annoncé le 10 mars que «58 employés du ministère de l’Intérieur ont été blessés, dont 5 se trouvent toujours dans divers établissements médicaux». Il a également vivement critiqué les actions violentes perpétrées par des manifestants. Après l’abandon du projet de loi en deuxième lecture le 07 mars, la contestation géorgienne semble s’être calmée. Le gouvernement a en revanche dénoncé, après coup, des manœuvres de déstabilisation internes. Ainsi, le premier ministre Irakli Garibachvili a comparé la contestation, lors d’une interview télévisée, avec «des forces destructrices, extrémistes et anarchistes semant le chaos et déstabilisation», soulevant une vague d’indignation au sein de l’opposition; rapporte le site civil.ge. Le président du parti «Rêve géorgien» a quant à lui parlé de «remaniements» au sein de la majorité parlementaire du parti, pour sanctionner les députés n’ayant pas suivi la consigne de vote du gouvernement, comme l’indique le site netgazeti.ge. Également, le service pénitentiaire ayant permis à l’ancien premier ministre Mikhaïl Saakachvili (actuellement incarcéré depuis le 01 octobre 2021) de s’exprimer via une vidéo à été sanctionné par les services gouvernementaux, toujours selon civil.ge. Le média interpress.ge rapporte en revanche un entretien demandé par Mikhaïl Saakachvili et accordé par le défenseur des droits géorgien . Quant à l’ONG Transparency International (transparency.ge), elle a dénoncé dans un rapport détaillé, le 17 mars, les méthodes opaques du gouvernement, mené par «Rêve géorgien».
Le gouvernement géorgien a fait face aux premières réprobations sur la scène internationale. Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale américaine, a rencontré la présidente Salomé Zourabichvili le 10 mars, comme l’a indiqué le Département d’État américain, pour insister sur la nécessité de mener des réformes au sein de l’appareil d’État géorgien. Le 16 mars, un rapport de l’ONG Human Rights Center, partagé par le média civil.ge à dénoncé une «tendance alarmante» du gouvernement à des dérives quant au contrôle du parlement. D’un autre côté, le secrétaire aux Affaires étrangères britannique a effectué une visite officielle à Tbilissi le 17 mars. Lors d’une conférence de presse, publiée par le média rustavi2.ge , il a traité notamment de partenariats stratégiques entre les deux pays, en matière de cybersécurité. Il a également affirmé le soutien de la Grande Bretagne pour «l’indépendance» et la «souveraineté» de la Géorgie, face aux menaces russes de déstabilisation intérieure. En parallèle, ce dernier à également rencontré des acteurs de la société civile, comme l’affirme son secrétariat d’Etat sur son compte twitter. La France a, elle aussi, affirmé son soutien envers le pays du Caucase, quant à sa demande d’intégrer l’UE, malgré les récents déboires de sa politique intérieure. Ainsi, Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères, a elle aussi reçu la présidente Salomé Zourabichvili le 13 mars. La porte-parole de la présidence allemande, Cerstin Gammelin, a, quant à elle, déclaré sur twitter que le président Frank-Walter Steinmeier s’était entretenu avec Salomé Zourabichvili, lui affirmant son soutien à la Géorgie «sur la voie de l’Europe». Enfin, Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, à vivement critiqué l’influence occidentale agressive sur la situation en Géorgie, dans une interview publiée sur le site du MID. Il a également comparé, à de multiples reprises, les évènements récents à ceux du Maïdan de 2014, insistant sur l’action des ONG financées par les gouvernements occidentaux.
– Problématiques énergétiques, commerciales et de transport sud-caucasiennes – Morgan Caillet –
Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev s’est rendu en Allemagne les 13 et 14 mars afin de rencontrer le président allemand Frank-Walter Steinmeier et le chancelier Olaf Scholz qui a décrit son homologue comme «un partenaire d’importance croissante» avec «son potentiel pour apporter une contribution importante à la diversification de l’approvisionnement énergétique allemand et européen», lors de leur conférence de presse conjointe. Ce dernier s’est inquiété de la situation humanitaire au «Haut-Karabakh» et a dit soutenir «les efforts de médiation du président du Conseil européen Charles Michel» en déclarant : «Le règlement pacifique du conflit doit être fondé sur le principe de l’intégrité territoriale de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Cela inclut le respect des droits et de la sécurité des personnes au Karabakh».
– Droits de l’homme au sud-Caucase – Morgan Caillet
Selon Meydan TV et Eurasianet, une manifestation d’habitants de la région de Saatli, se plaignant des coupures d’eau régulières, et tentant de bloquer l’autoroute, aurait été dispersée par la police azerbaïdjanaise le 13 mars, qui aurait fait usage de balles en caoutchouc, une intervention qui se serait soldée par 2 blessés graves. OC media a relayé l’interdiction d’entrée sur le territoire d’une personne de nationalité franco-russe, Leila Kavtarova, originaire de la vallée du Pankisi, sur le territoire géorgien. Plusieurs habitants de Duisi, appartenant à l’ethnie Kist majoritaire dans la région, et apparentée aux Tchétchènes, auraient manifesté le 17 mars pour la soutenir.
– Divers politiques extérieures arménienne, azerbaïdjanaise et géorgienne – Morgan Caillet
Le 11 mars, le ministère de la Défense et le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais ont publié un communiqué conjoint informant : «Un avion militaire appartenant à la République islamique d’Iran a effectué un vol sans escale le long de la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Iran depuis la direction du district de Zangilan. vers le district de Bilasuvar». Selon OC Media, 32 croyants chiites auraient été arrêtés le 13 mars en Azerbaïdjan. Le 16 mars, Ilham Aliev participait à Ankara au sommet extraordinaire des chefs d’État de l’Organisation des États turciques consacré à la «gestion des urgences en cas de catastrophe et à l’aide humanitaire».
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



