Veille géopolitique Europe de l’est – Du 4 mars au 10 mars 2023.

Politique extérieure du Bélarus, armée russe au Bélarus et Relation Bélarus-Ukraine – Vladimir Krsmanovic –
Le 7 mars, au sein du Palais de l’Indépendance à Minsk, fut organisé la cérémonie de la remise des récompenses d’Etat. Au sein de ce dernier, le Président Alexandre Loukachenko a partagé une déclaration . Celle-ci relate que le Comité de sécurité de l’Etat du ministère de l’intérieur et du service des frontières aurait réussi à arrêter l’un des principaux responsables de la tentative de sabotage de l’avion radar russe A-50 qui s’est déroulé à l’aérodrome biélorusse de Machulishchy près de Minsk le 26 février 2023. Comme l’a confirmé Franak Viačorka, le principal Conseiller politique de l’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, la cible a été détruite par 2 opposants Biélorusses.
Or, selon Alexandre Loukachenko, l’appareil visé n’a subi aucun dommage important, il n’aurait qu’un trou dans la coque et des rayures. Alexandre Loukachenko a demandé qu’il soit envoyé en Russie pour être réparé et qu’un autre du même type soit renvoyé en échange.
De plus, le saboteur serait d’origine ukrainienne. Né en Crimée, il serait informaticien et aurait été recruté par la SBU, le service de sécurité d’Ukraine, en 2014. Loukachenko a souligné que cette attaque a été préparée bien en amont par les services secrets ukrainiens et la CIA. Face à ces accusations, Mykhaïlo Podoliak, l’actuel Conseiller du Président ukrainien, a répondu que ce sabotage est un acte antiterroriste orchestré par des Biélorusses.
Par ailleurs, d’après Alexandre Loukachenko, 20 autres complices auraient été arrêtés sur le territoire biélorusse et les autres complices se seraient réfugiés à l’étranger. En l’absence de militaire à la frontière russo-biélorusse, il était plus aisé de s’échapper en Russie et plus difficile de les retrouver sur l’immense territoire de ce dernier. Ainsi, l’Etat biélorusse a pris l’initiative de bloquer la frontière en mobilisant des troupes militaires à cette dernière. Pour finir, afin de résoudre impérativement et totalement l’affaire, Alexandre Loukachenko a déclaré avoir ordonné de procéder à un «nettoyage brutal dans tout le pays» quelques jours avant son discours.
– Gouvernement de Transition unifié du Bélarus Libre et Diaspora bélarussienne -Olivier Husson-
Alexander Azarov, directeur de BYPOL, est venu à Bruxelles le 7 mars pour rencontrer des représentants d’organisations de l’UE selon le compte Telegram de BYPOL. Alexander Azarov est un ancien membre des forces de l’ordre du Bélarus (GUBOPiK) mais après les manifestations de 2020 et les répressions qui s’en sont suivies, a décidé de rejoindre l’opposition en exil. Il dirige maintenant BYPOL, une organisation de résistance fondée à Varsovie à la suite de ces événements, constituée de plus de 600 anciens agents de police et de forces de sécurité du Bélarus selon l’interview donnée à Baltictimes. Alexander Azarov est aujourd’hui qualifié de terroriste par les services de renseignements bélarussien (KGB) selon la liste diffusée sur le site internet du KGB et risquerait la peine de mort si il rentrait au Bélarus. Il fait également partie du gouvernement de transition unifié, où il occupe le poste de représentant du cabinet pour le rétablissement de la loi et de l’ordre.
Dans le cadre de ce voyage, M. Azarov a aussi visité la Mission de représentation du Bélarus démocratique et a rencontré son chef, Uladzimir Ostapenko, représentant adjoint aux affaires étrangères du Cabinet unifié de transition et codirecteur du Comité de gestion de crise. La réunion a porté sur l’assistance que la Mission peut apporter à l’établissement d’une coopération plus étroite entre la représentation pour le rétablissement de l’ordre public du Cabinet et les structures européennes concernées. La Mission de représentation du Bélarus démocratique a pour objectif d’accueillir des organisations bélarussiennes et sert office d’ambassade du Bélarus libre selon VoiceofBelarus.
Quant à Svetlana Tsikhanouskaïa, selon son compte Twitter, elle était à Londres le 7 mars pour rencontrer James Cleverly, secrétaire d’État aux Affaires étrangères et Leo Docherty, sous-secrétaire d’État parlementaire aux Affaires étrangères. Elle a fait une interview sur Skynews dans laquelle elle appuie que la guerre en Ukraine ne doit pas faire oublier la situation au Bélarus. Elle a enfin visité la Bibliothèque et Musée bélarussien Francis Skaryna, la seule bibliothèque dans le monde en dehors du Bélarus qui rassemble des ouvrages exclusivement de langue bélarussienne selon le site web du musée. Elle y a rendu un hommage à la diaspora bélarussienne pour sauvegarder le patrimoine culturel de la civilisation bélarussienne.
Enfin le 10 mars, Svetlana Tsikhanouskaïa était à Vilnius pour rencontrer les diplomates des pays de l’UE. Elle a évoqué les avancées de son Cabinet, de la réforme du Conseil de Coordination et des exploits des Partisans.
– Politique intérieure du Bélarus et prisonniers politiques – Claire Aréthuse –
Le 6 mars, l’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa a été condamnée à 15 ans de prison par contumace, selon le Centre Viasna des droits de l’homme. De nombreuses accusations ont été portées contre elle, dont celle de « conspiration pour prendre le pouvoir de manière inconstitutionnelle ». Svetlana Tikhanovskaïa considère néanmoins que ce procès ne reflète que la « vengeance personnelle » du Président biélorusse Alexandre Loukachenko.
Svetlana Tikhanovskaïa a été propulsée sur le devant de la scène en 2020, lorsqu’elle avait décidé de remplacer son mari Sergueï Tikhanovski dans la campagne présidentielle. Il souhait se présenter en tant que candidat, mais avait très vite été interpellé par les forces de l’ordre biélorusses. Arrêté une seconde fois la même année, il purge aujourd’hui une peine de 18 ans de prison pour « incitation à la haine » et « organisation de troubles massifs », entre autres.
Svetlana Tikhanovskaïa, devenue depuis la principale opposante politique au régime d’Alexandre Loukachenko, s’était vue forcée de fuir en Lituanie en raison des pressions trop fortes du régime. Néanmoins, malgré les nombreuses menaces et la nouvelle de sa condamnation du 6 mars, elle a affirmé sur son compte Twitter qu’elle continuera à se battre tant que tous les innocents ne seront pas libérés par le régime.
– Point sécuritaire en Ukraine et Politique intérieure ukrainienne – Olga Chekhurska –
Comme le rapporte les médias ukrainiens (Ukrinform , RBC-Ukraine, Ukrainskaia Pravda), le Cabinet des ministres a nommé Semyon Kryvonos au poste de directeur du Bureau national de la lutte contre la corruption lors du Conseil des ministres extraordinaire le 6 mars. Semyon Kryvonos dirigeait auparavant l’Inspection nationale de l’architecture et de l’urbanisme.
Au cours de la réunion, le Premier ministre Denys Chmyhal, a souligné que «l’Ukraine s’est engagée à respecter le principe de tolérance zéro à l’égard de la corruption et à soutenir les institutions chargées de la lutte contre la corruption». Puis il a expliqué que la nomination a été précédée d’un concours transparent, à la suite duquel la commission, composée notamment de partenaires internationaux, a identifié trois candidats au poste de directeur du Bureau. Le concours pour ce poste a débuté fin 2022.
Denys Chmyhal a ajouté que l’Ukraine a désormais rempli les sept recommandations de l’Union européenne, qui ont été déterminées lors de l’obtention du statut de candidat à l’adhésion à l’UE. La nomination d’un nouveau chef du Bureau est également l’une des conditions que l’Ukraine devait remplir pour recevoir une aide macrofinancière de l’Union Européenne. Il s‘agit d’une aide financière d’un montant de 18 milliards d’euros annoncé après la signature d’un protocole d’accord le 16 janvier 2023.
– Situation en Moldavie et en Transnistrie – Fiona Bessioud –
Vadim Krasnosselskii, chef des séparatistes de Transnistrie, a accusé ce 9 mars les Services de Sécurité Ukrainiens (SSU) d’avoir tenté d’organiser un attentat sur leur territoire. Les autorités pro-russes ont prévu d’interpeller l’ONU afin que l’organisation mène une enquête sur la question. Le ministère de la Sécurité d’Etat a déclaré dans ce sens que plusieurs personnes avait été arrêtées et seront jugées pour « espionnage » et « préparation d’actes de terrorisme », parmi d’autres chefs d’accusation. L’attentat prévu selon les autorités visait de haut responsables de la Transnistrie comme Vadim Krasnosselskii lui-même.
En réaction, le SSU a mis en avant le fait qu’il s’agit de déclarations sous influence du Kremlin ayant pour principale vocation de déstabiliser la région et d’instrumentaliser le discours à l’encontre de l’Ukraine. De fait, dans un communiqué, l’entité déclare : « Le SSU exhorte à ne pas prendre au sérieux les absurdités, qui sont propagées dans le but clair de la Russie – saper la situation dans la région, qui est en fait occupée et contrôlée par elle, en accusant l’Ukraine ».
Le premier ministre moldave, Dorin Recean, temporise quant à lui ces informations et déclare « ne pas avoir confirmation » de la véracité de ces discours contradictoires. Les autorités compétentes ont rapidement affirmé sur Facebook avoir initié une enquête approfondie pour départager le vrai du faux sur ce sujet. Les accusations des séparatistes ont eu lieu le jour où Dorin Recean était en visite au point de passage frontalier moldo-ukrainien, Kriva – Mamaliga.
De manière globale, la crainte d’un coup d’Etat fomenté par le Kremlin, au sein même de la Moldavie, augmente au fur et à mesure que l’instabilité interne semble monter elle aussi vers un certain paroxysme… Cette peur a d’ailleurs entraîné des conséquences directes sur l’attractivité de la Moldavie, indépendamment de la Transnistrie. A titre d’exemple, l’UEFA décidait déjà en juin 2022 de n’organiser aucun match en Transnistrie tandis que certaines compagnies aériennes sautent le pas et prennent encore la décision de ne plus faire voler leur avions commerciaux dans l’espace aérien moldave.
– Politiques extérieures du Kosovo, de la Serbie et de l’Albanie – Fiona Bessioud –
Sur la place des Nations à Genève, le 4 mars 2023, se tenait une manifestation comprenant une centaine de Kosovares. Ces derniers sont opposés à l’accord de normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo impulsé par l’Union Européenne et rendu public fin février 2023. Le point de dissension porte principalement sur la possibilité de création d’une association de municipalités serbes au Kosovo, ce qui, selon les manifestants, porte atteinte à la souveraineté du pays. Ils considèrent que cela risque d’entraîner une instabilité supplémentaire à l’intérieur des frontières du pays. La même semaine, le 7 mars, c’est au tour des Serbes de contester les conditions de l’accord. Les nationalistes ont manifesté à Belgrade en réaffirmant leur non-reconnaissance du Kosovo et en critiquant également leur président, Aleksandar Vučić, qu’ils jugent trop conciliant vis-à-vis de cet accord.
Ces mouvements s’inscrivent dans un contexte de plus en plus tendu entre les deux pays et dans un contexte de commémorations historiques liées à la guerre, dans laquelle ces mêmes populations se sont confrontées il y a plus de vingt ans.
En effet, le 6 mars, le Premier Ministre du Kosovo, Albin Kurti, commémorait le vingt cinquième anniversaire de « l’épopée de l’UCK », sous les déclarations suivantes : « Le 6 mars est le deuxième des trois jours de l’épopée de l’UCK, entre le 5 et le 7 mars 1998, au cours de laquelle pendant deux nuits et trois jours, dans les maisons de Shaban Iight et dans le district de l’oblast à Prekaz, elle a résisté armée devant des milliers de soldats serbes, qui menaient une action criminelle ayant tué 59 personnes ». Ces discours participent encore au processus de construction de l’identité nationale mais doivent aussi être analysés avec un certain recul. En effet, le rapport d’Amnesty International nous rappelle que les droits humains ont été bafoués des deux côtés des belligérants. De fait, les procès de certaines personnalités de l’UCK ont actuellement lieu sous la tutelle de la Cour Internationale de Justice.
L’idée de l’accord entre le Kosovo et la Serbie émane de la volonté de rapprocher les deux populations et communautés, dans un mouvement de dialogue et de respect mutuel. Dans la nécessité de discuter encore une fois des modalités de ce processus de rapprochement, les dirigeants politiques des deux pays ont prévu de se rencontrer ce samedi 18 mars, à Ohrid, en Macédoine.
À propos de l'auteur
Michel Dupont
Biographie non renseignée



