Veille géopolitique Europe de l’est – Du 25 février au 3 mars 2023.

Relations UE – Ukraine et processus de résolution du conflit Ukraine/Russie. -Séverine Ly-
«Nous continuerons à intensifier la pression exercée sur la Russie aussi longtemps qu’il le faudra.» a affirmé Josep Borrell dans un communiqué de presse du Conseil du l’UE daté du 25 février. L’institution a en effet voté un «dixième train de sanctions global» comportant notamment de nouvelles «mesures restrictives» contre quatre-vingt-sept personnes dont «des membres du Conseil de la Fédération», des vice-ministres, des députés, des chefs militaires, les procureurs «des quatre régions ukrainiennes illégalement annexées», des personnalités publiques accusées de «désinformation» ou encore les «commandants militaires du groupe Wagner». Trente-quatre acteurs économiques ont aussi été visés, notamment des banques et des compagnies d’assurance obligées maintenant de révéler le montant des avoirs russes gelés qu’elles hébergent. De nouvelles «interdictions d’exportation de technologies critiques et de biens industriels» sur des composants électroniques à usage militaire ont été adoptées incluant des fabricants iraniens de drones. En outre, les ressortissants russes ne peuvent occuper un poste au sein des «organes directeurs» de l’UE ni posséder «des capacités de stockage de gaz». Enfin, il a été décidé de restreindre les importations de biens tels que l’asphalte et le caoutchouc synthétique. La Pologne a bloqué son vote sur ce dernier point en demandant qu’aucune exemption comme celle accordée à l’Italie ne soit acceptée. «Nous ne sommes pas satisfaits du paquet, il est trop faible» avait affirmé le Premier ministre Morawiecki. Dmitri Peskov a qualifié dans une conférence de presse «d’absurdes» les nouvelles sanctions puisqu’elles ne viseraient que «des personnes au hasard (…) qui n’ont aucun lien avec le sujet des sanctions» et a affirmé que cette décision «ne leur causera aucun inconfort».
La porte-parole adjointe de la Commission européenne, Dana Spinant, a aussi annoncé sur Twitter le 27 février une nouvelle initiative en coopération avec la Pologne et sous la direction de la président Ursula Von der Leyen afin de «rassembler des preuves pour que les enfants kidnappés puissent être trouvés et les responsable de ce crime traduits en justice» faisant référence aux milliers d’enfants ukrainiens qui auraient été envoyés en Russie. En parallèle, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a promulgué trois décisions du Conseil de sécurité nationale et de défense (NSDC) contre les Russes «impliqués dans l’enlèvement d’enfants ukrainiens (…), représentants du secteur sportif (…) et ceux qui aident à maintenir des structures mercenaires». «La pression de l’Ukraine va continuer. La pression mondiale sur l’État terroriste va continuer.» a-t-il conclu dans son discours quotidien.
La publication le 24 février d’une proposition de résolution en douze points du conflit en Ukraine par le ministère chinois des Affaires étrangères a suscité de nombreuses réactions. Bien que Dmitri Peskov ait affirmé que le plan chinois ferait l’objet «d’une analyse minutieuse», il a maintenu que «l’opération militaire spéciale» avançait «vers la réalisation des objectifs qui ont été fixés». Selon CNN, le président Biden a catégoriquement rejeté la proposition en affirmant qu’il n’a rien «vu dans le plan qui indiquerait qu’il y ait quelque chose qui serait bénéfique à quiconque autre que la Russie» et refusé que la Chine prenne part aux négociations. Josep Borrell a relevé que «le problème clé est qu’il [le plan chinois] ne distingue pas vraiment l’agresseur de la victime, mettant les parties sur un pied d’égalité». Le président ukrainien s’est voulu plus retenu, en saluant le «signal important» envoyé par la Chine tout en soulignant que seul le retrait complet des troupes serait acceptable. Dans le point numéro un, Pékin demande en effet le respect de «la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de tous les pays» sans préciser quel pays ne remplissait pas ce critère dans le conflit ni les limites du territoire ukrainien, en particulier au sujet de la Crimée. Le 26 février, les Ukrainiens ont célébré la Journée de la résistance à l’occupation russe dans cette région. A cette occasion, le porte-parole du département américain, Ned Price, a affirmé que «les États-Unis ne reconnaissent pas et ne reconnaîtront jamais la prétendue annexion de la péninsule par la Russie» et le président Zelensky a annoncé vouloir rendre «le drapeau ukrainien dans tous les coins de l’Ukraine» incluant la Crimée dont la reprise est nécessaire pour rétablir la paix. Or le porte-parole russe Dmitri Peskov a déclaré que la Crimée «est une partie intégrante de la Fédération de Russie» et ne peut donc retourner à l’Ukraine.
– Politique intérieure du Bélarus et prisonniers politiques – Claire Aréthuse –
Le 3 mars, le fondateur du Centre des droits humains Viasna Alès Bialiatski et ses associés Valentin Stefanovich et Vladimir Labkovich ont été jugés dans un tribunal du Bélarus, selon le Centre Viasna. Ils ont été condamnés respectivement à une peine de 10 ans, 9 ans et 7 ans d’emprisonnement dans des colonies pénitentiaires.
Selon le site Free Viasna, Alès Bialiatski est prisonnier politique depuis 2021. Lauréat du prix Nobel de la paix avec le «Centre ukrainien pour les libertés civiles», il milite pour la protection des droits de l’homme et pour la promotion de la démocratie. Valentin Stefanovich, quant à lui, est connu pour son expertise dans le domaine des droits de l’homme et occupe le poste de vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme. Vladimir Labkovich, lui, travaille comme avocat pour le Centre Viasna et participe activement aux activités de défense des droits humains.
Tous les trois ont été accusés par le pouvoir biélorusse d’avoir détourné des fonds reçus d’autres organisations par le Centre Viasna, d’avoir organisé des activités illégales et fomenté des actions de groupe portant atteinte à l’ordre public. Néanmoins, les défenseurs des droits de l’homme du Centre Viasna parlent d’un procès politiquement motivé.
– Situation en Moldavie et en Transnistrie -Sarah Wilpotte-
Le 2 mars, le Parlement moldave a accepté le projet de déclaration condamnant la guerre en Ukraine, qualifiée de «guerre d’agression illégale, non provoquée et injustifiée contre l’Ukraine» dans le document. La déclaration accuse également la Russie de crimes de guerre en Ukraine.
Le 2 mars, la Moldavie a commémoré les 31 ans du début de la guerre du Dniestr, aussi appelée guerre de Transnistrie. La présidente Maia Sandu dans sa déclaration a mis en avant sa volonté de vivre en paix et en harmonie, et a annoncé que le gouvernement apporterait une aide financière aux vétérans.
Le 2 mars, un projet de loi est passé en première lecture au parlement modlave. Ce dernier mettrait fin à la controverse autour de la question de la langue dans le pays. En effet, d’avoir ce projet de loi, dans toute la législation de la République de Moldavie, l’expression «langue roumaine» prendra la place de «langue moldave», et les expressions «langue officielle», «langue d’Etat», et «langue natale» seront également remplacées. Depuis décembre 2013, comme rappelé par la chaîne MoldovaLive, le roumain est la langue d’Etat selon une décision de la Cour Constitutionnelle moldave.
Le 2 mars, en visite à Bucarest, le premier ministre moldave Dorin Recean a déclaré à la télévision roumaine que la Russie n’avait pas les ressources nécessaires pour une escalade du conflit, et en a donc conclu que les troupes ne pourraient pas entrer sur le territoire moldave. Il a également déclaré que la Moldavie avaient des ressources suffisantes pour gérer de possibles escalades de tensions en Transnistrie, bien qu’il n’y aurait pas de danger à l’heure actuelle.
Le 2 mars, la présidente moldave Maia Sandu a rencontré le Commissaire Européen chargé de la Justice Didier Reynders pour discuter des réformes dans ce domaine en Moldavie. Dans sa conférence de presse, la présidente a mis en avant les efforts du pays pour plus d’égalité et de transparence au sein de la justice, et son combat contre la corruption. Didier Reynders, dans sa conférence de presse avec la ministre de la justice moldave Veronica Mihailov-Moraru, a déclaré que les réformes allaient être difficiles à implanter, mais qu’il applaudissait les efforts du gouvernement, et que l’Union Européenne les soutiendraient.
Le 3 mars, d’après le site du gouvernement moldave, le Premier ministre Dorin Recean et le ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration européenne Nicu Popescu ont lancé les groupes de travail chargés d’assurer la mise en œuvre du processus d’intégration européenne de la Moldavie, à l’occasion du premier anniversaire du dépôt de la demande d’adhésion du pays à l’Union européenne.
– Diplomatie du gouvernement d’opposition au Bélarus et diaspora bélarussienne – Olivier Husson
Le 26 février, selon le compte Twitter de Franak Viačorka, le conseiller politique de Svetlana Tikhanovskaïa, l’opposition en exil revendique une opération de sabotage réussie après l’explosion d’un aéronef russe au Bélarus. L’Iliouchine A-50, un avion de détection et de commandement aéroporté quadriréacteur en service depuis 1984, a été détruit par des bombes posées par des drones.
L’AWACS A-50U a pour fonction de «scanner» le nord de l’Ukraine dans le but, entre autres, de détecter le fonctionnement des systèmes de défense aérienne et d’aviation dans les airs selon le compte Telegram Gayun. Cela permettait notamment au MiG-31K de lancer en toute sécurité un missile sur les défenses aériennes ukrainiennes sans que le MiG et le missile ne soient abattus par la défense anti-aérienne ukrainienne.
Cet avion se trouvait sur la base aérienne de Machulishchy près de Minsk selon Alexander Azarov, le chef de BiPOL dans une interview avec les journalistes de Belsat. Selon la vidéo publiée par BYPOL sur Youtube, vue plus d’un million de fois, on peut voir un drone se poser sur le radar puis s’en aller. La météo coïncide avec le temps qu’il faisait ce jour-là. Même si la vidéo ne montre pas le moment de l’explosion, cela démontre que l’aérodrome de Machulishchy et les aéronefs qui s’y trouvent ne sont pas protégés. Les saboteurs ont réussi à quitter le territoire du Bélarus et sont maintenant en sécurité selon le compte Twitter de Franak Viacorka. Toute l’opération a été menée par le groupe «Plan Pieramoga» (Victoire). C’est un groupe de militants, créé en octobre 2020 suite aux élections frauduleuses de Lukashenko. Ces militants souhaitent l’instauration d’un nouveau pouvoir au Bélarus selon la page web du groupe.
Le gouvernement du Bélarus nie la destruction de l’aéronef et a publié des images satellites de l’avion intact. Ces images satellite datent du 28 février selon thedrive. Toutefois, si ces destructions sont avérées, cela prouve la montée en puissance du groupe d’opposition au régime de Lukashenko.
À propos de l'auteur
Michel Dupont
Biographie non renseignée



