Europe de l'est
Moldavie
Transnistrie

Veille géopolitique Europe de l’est – Du 18 mars au 24 mars 2023.

Publié le 25/03/2023
6 min de lecture
Par Michel Dupont
Europe

Situation en Moldavie et en Transnistrie -Sarah Wilpotte-

Le 20 mars, dans un entretien avec Europa Libera, le ministre des Affaires étrangères de Moldavie Nicu Popescu a annoncé que la République de Moldavie s’aligne progressivement sur les sanctions imposées par l’Union européenne à la Fédération de Russie à la suite de l’agression contre l’Ukraine et s’engage à sanctionner davantage de citoyens russes «dans quelques semaines», dans le contexte des manifestations antigouvernementales à Chisinau organisées par le parti Sor. Il a précisé que la liste comprendrait environ 25 personnes, dont la moitié environ de nationalité russe. 

Le 22 mars, selon un communiqué officiel, le vice-Premier ministre chargé de la réintégration, Oleg Serebrian, s’est réuni avec le représentant permanent de la Russie auprès de l’OSCE, Aleksandr Lukashevich, ainsi que le représentant spécial de la Russie dans le processus de négociations sur le règlement transnistrien, Vitaly Tryapitsyn. Oleg Serebrian y a notamment exprimé l’espoir que la Russie ne limiterait pas la mission de l’OSCE en Moldavie et soutiendrait davantage la formule de règlement pacifique et définitif du conflit transnistrien, dans le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Moldavie, à l’intérieur de ses frontières reconnues par la communauté internationale.

Le 23 mars, la présidente moldave Maya Sandu a rencontré le premier ministre roumain Nicolae Ciuca. Selon un communiqué officiel, elle a remercié la Roumanie pour son soutien, et le premier ministre a réitéré celui-ci pour le futur des relations entre les deux pays, déclarant : «la Roumanie s’efforce de garantir qu’au sein de l’UE, ainsi qu’avec nos autres partenaires stratégiques, l’attention et le soutien nécessaires continuent d’être fournis afin de maintenir la stabilité gouvernementale, économique et sociale.» Durant cette rencontre, ils ont également passé en revue l’avancée des différents projets en commun entre les deux pays. 

Le même jour, la présidente moldave a promulgué la loi qui confirme que la langue officielle est le roumain, a rapporté le service de presse présidentiel. Elle a souligné que « ceux qui nous disent depuis des décennies que nous, les citoyens de Moldavie, parlons la langue  »moldave » et non le roumain – poursuivaient un seul objectif : nous diviser. Et cela parce qu’une fois une nation divisée, on peut plus facilement la subjuguer et la contrôler. Une nation divisée ne représente pas une force unie, qui puisse se protéger. Ceux qui ont essayé de nous diviser ne se souciaient pas de la linguistique, mais de la façon de maintenir la Moldavie bloquée dans une éternelle querelle nationale». 

Le 24 mars, une déclaration commune de la commission d’association parlementaire Moldavie-Union Européenne a été adoptée. Elle fait référence à trois aspects : l’adhésion de la Moldavie à l’Union européenne et à l’accord d’association, l’État de droit et la réforme judiciaire, et la situation géopolitique de la Moldavie. Le document reconnaît les efforts importants de la République de Moldavie et les progrès réalisés dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes, la lutte contre la corruption et le secteur judiciaire, d’où la demande à la Commission européenne et au Conseil d’entamer dès que possible les négociations pour l’adhésion de la Moldavie à l’UE, d’ici la fin de 2023. Les signataires demandent également à la Commission européenne de continuer à fournir un soutien financier à la Moldavie. En outre, la déclaration soutient les sanctions contre les citoyens moldaves reconnus pour avoir corrompu les institutions politiques et économiques de la Moldavie, et condamne les agressions et menaces russes sur le territoire moldave, invitant les Etats membres à soutenir le pays contre les tentatives de déstabilisation.

Politiques extérieures du Kosovo, de la Serbie et de l’Albanie – Fiona Bessioud –

Comme prévu, le 18 mars, Albin Kurti, Premier ministre kosovar et Aleksandar Vucic, président de la Serbie, se sont rencontrés à Ohrid, en Macédoine du Nord, en vue de négociations pour l’accord de normalisation entre le Kosovo et la Serbie. Malheureusement, le Premier ministre kosovar et le président serbe n’ont pas réussi à s’entendre après 12 heures d’échanges et de discussions. L’accord et l’annexe présentés par l’Union Européenne ne sont toujours pas signés par les deux parties prenantes. Selon Albin Kurti, « l’autre camp, exactement comme lors de la dernière réunion à Bruxelles le 27 février, évite de signer l’accord, et maintenant l’annexe ». Par cette déclaration, on peut ressentir facilement les désaccords, les dissensions et les oppositions entre les deux pays.

Cependant, l’échec n’est pas total et ces discussions ne sont pas vaines ou sans effets. De fait, Josep Borrell, haut-représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, qui prend la figure de «médiateur» dans ce processus, considère qu’il y a eu des avancées majeures et que les discussions sont sur la bonne voie. Il annonce même qu’un accord a été conclu. En effet, les deux personnalités politiques ont réussi à émettre un accord verbal sur la mise en œuvre du texte de normalisation des relations.  

De manière plus spécifique, la France donne son avis sur la question. Le gouvernement français approuve le déroulement et la finalité de ces négociations tout en se positionnant comme une puissance impliquée dans le respect des accords internationaux pour la paix : «La France encourage vivement les deux parties à faire preuve de responsabilité en mettant immédiatement en œuvre et de bonne foi l’ensemble de leurs obligations au titre de l’accord, qui constitue désormais une partie intégrante des engagements au titre de leur perspective européenne respective ». En effet, leur respect de l’accord est une condition sine qua non à leur adhésion à l’UE. Dans cette logique, un Comité de suivi conjoint géré par l’UE doit être mis en place dans le prochain mois.

La signature d’un accord n’est pas encore officielle et connaît quand même certains freins, particulièrement de la part du président Serbe, qui refuse encore de le signer même si le consentement verbal semble tourner en faveur d’une normalisation. Encore une fois, cet accord constitue un enjeu de sécurité essentiel pour les Balkans, dans une région déjà suffisamment déstabilisée par le conflit en Ukraine et par des tensions plus internes à cet espace. 

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