Energie
Kirghizistan
Transport

VEILLE ASIE CENTRALE – du 21 janvier au 27 janvier 2023

Publié le 28/01/2023
12 min de lecture
Par Julie EIFLER--BOLANDER
Asie Centrale et sud-Caucase

Equipe de veille Asie Centrale : Lucien Moreels, Alexiane Pradier, Audrey Colin, Alexandre Brière, Sophie Marc, Maxime Delaye et Julie Eifler–Bolander.

23/01/2023 :  Vote en première lecture du projet de la nouvelle loi constitutionnelle «Sur la langue d’Etat» au Kirghizistan – Alexiane Pradier.

Le 23 janvier, un vote a eu lieu concernant la révision de la loi constitutionnelle «Sur la langue d’Etat» d’après le média kirghize kp.kg. Cette volonté de remplacer la loi en vigueur a été initié fin novembre 2021 par le Gouvernement de la République kirghize, puis a été développé par la Commission nationale pour la langue d’État comme le rapporte le site koomtalkuu.gov.kg géré par le ministère de la Justice de la République kirghize. Le projet de loi consiste à faire du kirghize la langue d’Etat. La langue russe serait conservée comme langue officielle du pays, mais ne serait alors plus utilisée dans de nombreux domaines stratégiques comme la langue de référence.

Il est important de noter que ce projet fait débat parmi les experts. En effet, pour beaucoup d’entre eux la langue russe joue un rôle majeur en tant que «médiateur important de l’intégration» sur le plan international, des propos tenus par l’observateur politique Alexander Ilyaev et rapportés par le média kp.kg. Ceci semble confirmé par le représentant de la diaspora de la République kirghize en Fédération de Russie qui affirme sur le site internet vb.kg que c’est grâce à l’utilisation de la langue russe «par défaut» que les migrants kirghizes sont «mieux placés en Russie que les immigrants d’autres pays d’Asie centrale». A ces arguments s’ajoutent de nombreuses questions vis-à-vis de la mise en place d’une telle loi dans le système éducatif et de l’impact de cette dernière sur les relations diplomatiques avec la Russie qui est de son côté en charge de la construction de neuf nouvelles écoles dans le pays dans lesquelles «seront enseignées […] les normes éducatives des deux pays» et dont les directeurs seront «nommés par la partie russe» comme indiqué par le média kirghize kaktus.media rapportant les propos du député Dastan Bekeshev.

24/01/2023 : Signature d’un Mémorandum finalisant l’Accord de transport aérien entre la Mongolie et les Etats-Unis – Julie Eifler-Bolander.

Le 24 janvier, à Washington D.C., le Secrétaire d’Etat du Ministère mongol du Développement des routes et du transport a signé avec le représentant du Bureau d’Etat américain des Affaires économiques et commerciales un mémorandum finalisant l’«Accord de transport aérien» entre les deux pays, comme rapporté par le journal mongol Montsame. Cet accord bilatéral est le premier négocié entre les deux pays dans ce domaine, et il met en place des relations modernes dans le cadre de l’aviation civile. Il comprend notamment une capacité et une fréquence non restreintes des liaisons aériennes, comme précisé sur le site officiel du Ministère mongol du Développement des routes et du transport. Khishgeegiin Nyambaatar, le Ministre mongol de la justice et des affaires intérieures a expliqué sur Twitter qu’il faut actuellement entre «20 et 24 heures pour se rendre en avion aux Etats-Unis, via la Corée, la Chine ou la Turquie», et que grâce à cet accord, les vols directs permettront de réduire la durée du voyage à 10 ou 11 heures. C’est donc un pas important pour le développement des relations entre les deux pays, et l’Ambassade des Etats-Unis en Mongolie a d’ailleurs exprimé sur Twitter sa volonté de continuer à développer des partenariats de ce type avec la Mongolie. Pour entrer en vigueur, il faudra que cet accord soit ratifié par les deux pays, après que les arrangements internes nécessaires soient mis en place.

24/01/2023 : L’enjeu climatique s’invite entre les accords de coopération à l’occasion de la 26ème réunion du Conseil des ministres de l’OCE – Lucien Moreels.

Le 24 janvier s’est tenue à Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan, la dernière réunion du conseil des ministres des affaires étrangères de l’OCE. Cette organisation intergouvernementale vise au développement économique des pays membres et regroupe, en plus des cinq anciennes républiques soviétiques d’Asie, l’Iran, le Pakistan,  l’Azerbaïdjan, et la Turquie. La réunion, présidée par le vice-ministre des Affaires étrangères ouzbek Furkat Sidikov, s’est déroulé le 24 janvier et a été l’occasion d’approfondir entre les pays membres des accords notamment commerciaux, économiques, agricoles, énergétiques, et touristiques comme a souligné le ministère des affaires étrangères ouzbek. Ces  accords ont pu être concrétisés par l’adoption du très complet «Communiqué de Tachkent», qui constitue une grande avancée dans le domaine de la connectivité entre les pays membres d’après le média kazakh Astana Times et dont l’impulsion dans sa mise en œuvre par le gouvernement ouzbek à été saluée par le secrétaire général de l’OCE, Khusrav Noziri. La réunion a été l’occasion d’aborder les enjeux de coopération climatique, avec la création d’une plateforme de dialogue relative à ces problématiques portée par le gouvernement ouzbek. Cette dynamique a également été conduite par d’autres délégations tel que le ministère des affaires étrangères du Tadjikistan qui a mis l’emphase sur la préservation des glaciers, ou la délégation kirghize qui a fait part des initiatives vertes de son gouvernement, tel que le rapporte l’agence de presse national du Kirghizistan.

24/01/2023 : Rencontre entre le ministre de l’Énergie d’Ouzbékistan et le CEO du groupe russe Gazprom, dans le cadre du renforcement de la coopération gazière – Alexandre Brière.

Le 24 janvier, à Saint-Pétersbourg, capitale de l’oblast de Léningrad, en Russie, le ministre ouzbek de l’Énergie, Zhurabek Mirzamakhmudov, et le Président-directeur général du groupe russe Gazprom, Alexeï Miller, ont signé une feuille de route sur le développement de la coopération entre la Russie et l’Ouzbékistan dans le secteur du gaz. Selon le service de presse du ministère russe des Affaires étrangères, une semaine plus tôt, la société Gazprom avait déjà signé un accord similaire avec le Kazakhstan. Le 28 novembre 2022, le gouvernement russe avait proposé aux chefs d’États ouzbek et kazakh de créer une union gazière trilatérale. D’après le média ouzbek Gazeta.uz, le gouvernement russe cherche de nouveaux débouchés pour son gaz depuis la perte des exportations occidentales en raison des sanctions économiques et financières causées par la guerre en Ukraine. Cette signature s’inscrit également dans le cadre d’une demande croissante de l’Ouzbékistan en matière d’exportation gazière et de renouvellement à grande échelle de ses capacités de production. Comme rapporté par le service de presse du ministère ouzbek des Affaires étrangères, le déficit gazier de l’Ouzbékistan a récemment augmenté en raison d’une chute brutale des températures, qui se retrouvent très en dessous des normales de saison, entre décembre 2022 et janvier 2023. Aussi, cet accord répond au besoin de pallier les coupures d’électricité et de chauffage dans tout le territoire ouzbek, ainsi qu’à l’obligation du pays de stopper en décembre 2022 ses exportations de gaz et d’en importer depuis le Turkménistan, qui dispose de larges ressources gazières.

25/01/2023 : le Turkménistan et l’Azerbaïdjan se sont rencontrés pour discuter de la délimitation du fond de la mer Caspienne – Sophie Marc.

Les 24 et 25 janvier 2023 s’est tenu à Ashgabat la réunion du groupe de travail sur la délimitation du fond de la mer Caspienne entre l’Azerbaïdjan et le Turkménistan, a rapporté le Ministère des Affaires Étrangères du Turkmenistan.

La délégation turkmène était dirigée par le directeur de l’Institut de la mer Caspienne, Murad Atajanov, qui est également le représentant spécial de son pays pour la mer Caspienne. Celle azerbaïdjanaise était, elle, menée par le vice-ministre des affaires étrangères et représentant spécial du président de la République d’Azerbaïdjan pour les frontières et la mer Caspienne, Khalaf Khalafov.

Une convention avait été signée par les États riverains de la mer Caspienne en 2018 pour définir les droits de chacun : selon la convention, les eaux nationales de chaque État s’étendent à une distance de 15 miles et leur zone de pêche à une distance de 10 miles à la surface de l’eau de la mer Caspienne. Le reste de la mer est destinée à un usage général pour la navigation et d’autres fins, rappelle le Caucacus Watch.

En revanche, le fond de la mer était entièrement divisé par secteur attribué à un pays. Un champ d’hydrocarbures, «Dostluk», était notamment source de tensions entre le Turkménistan et l’Azerbaïdjan avant que ne soit signé en 2021 un Mémorandum pour la coopération dans l’exploitation de cette ressource, souligne le Turkmenportal.

Cette réunion qui se tient de manière régulière permet de poursuivre le travail sur le projet d’accord de délimitation du fond de la mer Caspienne entre les deux pays. La réunion précédente de ce groupe de travail s’était tenue à Bakou, les 12 et 13 septembre 2022, durant laquelle les deux parties avaient convenu de poursuivre les négociations selon Azernews.

Le 26/01/2023 : Rencontre du ministre Kazakh de l’énergie Bolat Akchulakov et du responsable du développement du nouveau nucléaire chez EDF Vakis Ramany – Audrey Colin.

Le responsable du développement du nouveau nucléaire chez EDF Vakis Ramany s’est rendu à Astana le 26 janvier afin de rencontrer le ministre Kazakh de l’énergie Bolat Akchulakov. Cela a été l’occasion d’aborder la coopération entre le 1er producteur d’électricité français et le Kazakhstan dans le projet de construction d’une centrale nucléaire.

En effet, il n’existe pour l’instant aucune centrale nucléaire au Kazakhstan. Le pays cherche donc à développer le secteur du nucléaire civil afin de développer sa production d’énergie. À ce jour, le Kazakhstan envisage 4 fournisseurs potentiels différents afin de développer sa production de réacteurs nucléaires. Il s’agissait de sociétés ayant une expérience d’exploitation, des technologies de réacteurs de haute puissance éprouvées CNNC (Chine), KHNP (Corée du Sud), MC (Russie) et EDF (France).

Cette rencontre est la promesse d’un approfondissement de la coopération avec l’entreprise française selon le ministère de l’énergie kazakh. D’autant plus qu’elle a lieu après la visite du Président Kazakh Kassym-Jomart Tokayev en France en novembre 2022, où il avait rencontré le PDG d’EDF Luc Remont afin d’aborder l’installation de technologies nucléaires dans le pays. Selon le ministère de l’énergie kazakh, la construction d’un réacteur EPR-1200 (3e génération) aurait été évoqué. De plus, il faut rappeler que la France et le Kazakhstan coopèrent déjà en la matière puisqu’en 2021, l’usine Ulba-TVS a été lancée à Ust-Kamenogorsk pour produire du combustible nucléaire fini pour les réacteurs nucléaires chinois utilisant la technologie française Framatome.

27/01/2023 : La visite du président Mirziyoyev à Ala Archa conduit à une journée d’accord et de coopération entre l’Ouzbékistan et le Kirghizistan – Maxime Delaye.

Journée historique ce 27 janvier 2023 à Bichkek avec la visite officielle du président de l’Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev à la résidence présidentielle Ala Archa afin de pouvoir rencontrer en tête à tête son homologue kirghiz Sadyr Japarov. Les deux chefs d’États ont profité de cette rencontre pour discuter plus en profondeur de leur partenariat stratégique. La rencontre à également permis la signature d’un certain nombre d’accords bilatéraux dans les domaines de l’économie, des études supérieures, de l’industrie et de la culture. L’accord le plus important de ce jour reste cependant la signature de l’accord sur la délimitation frontalière entre les deux pays, un sujet source de tension depuis la fin du régime soviétique. Revenant sur cette journée, le président Shavkat Mirziyoyev a déclaré : «nous avons pris en compte de manière approfondie tous les points de contention. Et je tiens à souligner que nous n’avons rencontré aucun problème. C’est la première fois en 31 ans de relations diplomatiques entre nos 2 pays». Soulignant l’importance historique de la journée pour les relations diplomatiques entre les deux pays.  Il ne fait aucun doute que cette rencontre montre avant tout le désir mutuel des deux pays de poursuivre un développement de leurs coopérations, notamment dans le cadre du mégaprojet de chemin de fer permettant de relier les deux pays à la Chine.

À propos de l'auteur

Photo de Julie EIFLER--BOLANDER

Julie EIFLER--BOLANDER

Biographie non renseignée

Auteur vérifié

Articles à lire dans cette rubrique

Restez informé !

Recevez notre newsletter 4 à 5 fois par mois et restez en connexion avec l'actualité internationale.

  • Analyses mensuelles thématiques exclusives
  • Décryptage des enjeux mondiaux
  • Désabonnement facile à tout moment
Newsletter

Cultivez-vous et montez en compétences !
Recevez en exclusivité nos dernières parutions et nos offres de formation.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir nos emails.
Désabonnement en un clic