Veille géopolitique Asie Centrale – du 18 mars au 24 mars 2023

La Mongolie et les relations entre Asie Centrale et Asie de l’Est – Julie Eifler–Bolander –
Le 18 mars, le Sommet pour l’Investissement durable entre la Mongolie et la Chine a pris fin. Lancé le 16 mars, il a rassemblé selon le média mongol Montsame des représentants du secteur bancaire, de la finance, de l’agriculture, de l’exploitation minière et de la construction. Plus de 200 investisseurs chinois et 200 entreprises mongoles étaient présents : c’est à ce titre le plus grand évènement commercial des 10 dernières années. L’un des représentants chinois a expliqué que les investisseurs chinois étaient particulièrement intéressés par «les projets liés à l’exploitation minière, aux chemins de fer [et] aux transports». La Mongolie espère quant à elle ainsi «accélérer [son] développement» en créant des «nouveaux emplois, des salaires compétitifs, et des solutions aux problématiques auxquelles a fait face la jeunesse». Si elle développe de plus en plus sa politique du «Troisième Voisinage», elle reste donc très dépendante de la Chine, qui est le premier investisseur dans le pays avec déjà 5,4 milliards de dollars américains.
Le 23 mars, la Mongolie a répété le même exercice avec des représentants des investisseurs russes, ce qu’a également rapporté le média Montsame. Ce deuxième Forum commercial a attiré plus de 40 compagnies russes, ainsi que le Gouverneur de la province d’Irkoutsk : cette région est le «principal pont pour le commerce et la coopération économique entre les deux pays».
Il a été d’ailleurs été annoncé qu’un Sommet des chambres de commerce et de l’industrie mongole, russe et chinoise serait organisé le 8 juin prochain.
– Ressources, énergie, matières premières et environnement en Asie Centrale – Audrey Colin –
Le ministre des affaires étrangères britannique, James Cleverly, s’est rendu au Kazakhstan du 18 au 20 mars selon l’ambassade du Royaume Unie à Astana. Lors de sa visite, il a rencontré le Président Kassym-Jomart Tokayev, le Premier ministre Alikhan Smailov, ainsi que d’autres ministres du Kazakhstan. L’objet de sa visite résidait dans la volonté d’approfondir la coopération entre les deux pays dans différents secteurs. Il a ainsi signé un certain nombre de documents de coopération politique, économique et commerciale entre les deux pays (selon le ministère des affaires étrangères du Kazakhstan). Deux accords majeurs sont à noter, il s’agit de la signature de deux mémorandums. L’un sur la fourniture de métaux stratégiques et terres rares (exploitation de ces ressources sur le sol kazakh et à destination du Royaume-Uni). Le Kazakhstan ayant un sous-sol très riche en matières premières. L’autre, sur le développement de l’hydrogène vert sur le territoire kazakh. Les parties ont également échangé leurs ambitions mutuelles à propos des relations commerciales bilatérales en constante progression (1.8 milliard de dollars l’année passée selon le ministère des affaires étrangères). D’autant plus qu’à ce jour 550 sociétés, entreprises et bureaux de représentation à capitaux britanniques opèrent actuellement sur le marché kazakh. Le Royaume-Uni est l’un des dix premiers investisseurs du Kazakhstan (selon le Premier ministre du pays) et depuis 2005, a injecté près de 16.5 milliards de dollars dans l’économie du pays.
Le 20 mars, la société kazakhe KazTransOil, a annoncé avoir expédié avec succès 6900 tonnes de pétrole kazakh à travers la mer Caspienne. Ce pétrole issu des champs de Kashagan, au Nord de la Mer Caspienne, a transité d’abord par voie ferroviaire vers le port d’Aktau, puis vers le port de Bakou. L’ouverture de cette nouvelle route s’inscrit dans une volonté pour le Kazakhstan, d’être le plus indépendant possible de la Russie dans l’exportation de son pétrole dans un contexte de conflit en Ukraine. L’ouverture de cette route aurait été cependant impossible sans l’aide de INPEX North Caspian Sea, Ltd. Selon The Caspian Policy Center, il s’agit d’un “groupe en commandite, partagé par Japan Inpex, Exxonmobil, Shell, Eni et TotalEnergies” et est un des actionnaires minoritaires du champ pétrolier offshore de Kashagan. Ce succès pour KazTransOil ouvre des possibilités d’exportation de son pétrole via l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), puis en traversant la Turquie pour atteindre l’Europe. Jusqu’à maintenant, 70 % des exportations de pétrole Kazakh transitaient via Caspian Pipeline Consortium qui empruntait le territoire russe.
– Sécurité, Défense et conflits frontaliers – Maxime Delaye –
À Bichkek, le 23 mars, a eu lieu une visite importante en matière de sécurité et de défense en Asie Centrale : le vice-ministre des affaires étrangères de la fédération de Russie Oleg Syromolotov s’est rendu au Kirghizistan afin de rencontrer son homologue kirghiz Asein Isaev. Pour rappel, le vice-ministre est la tête technique et organisationnelle d’un ministère, tandis que le ministre est son supérieur hiérarchique et la tête politique de l’institution. Cette rencontre a lieu dans un premier temps sous la forme d’une réunion entre délégations incluant des représentants de plusieurs ministères concernés par les discussions.
Les deux délégations ont ainsi traité de sujets relatifs au terrorisme international, à la sécurité des frontières et aux trafics de drogue dans l’environnement sécuritaire dégradé en Asie Centrale à la suite de l’accession au pouvoir des talibans en Afghanistan. Avec également une analyse rétrospective et introspective de la coopération entre les deux États dans le cadre de leurs relations bilatérales et des environnements de travail de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), de l’ONU, de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) et de la Communauté des États Indépendants (CEI). La rencontre fut également l’occasion d’échanger sur le sujet des migrants économiques avec des négociations pour changer les législations dans ce domaine. Au vu de l’importance de la question des travailleurs kirghizes expatriés en Russie pour l’économie du Kirghizistan. Il ne fait aucun doute qu’un changement de législation rendant plus facile la migration serait une grosse faveur que Moscou ferait au Kirghizistan.
Puis, à la suite de cette rencontre entre délégations, le vice-ministre russe a pu échanger avec le ministre des affaires étrangères du Kirghizistan Jeenbek Kulubaev au cours d’une réunion à huis clos. Au cours de celle-ci, un communiqué du ministère des affaires étrangères kirghiz indique simplement que les deux représentants ont notamment «échangé leurs points de vue sur des problématiques pressantes dans l’agenda régional et international», même si le contenu de cette rencontre reste relativement secret. Il ne fait cependant aucun doute qu’au vu de la montée des tensions dans le Caucase et dans le golfe arabo-persique, les deux parties ont sans doute échangé sur une éventuelle intervention américano-israélienne en Iran et une possible reprise des hostilités dans le Haut-Karabagh. Deux événements impliquant fortement la Russie ainsi que les organisations de l’OCS et l’OTSC dont le Kirghizistan fait également partie.
– Politique interne kirghize, tadjike et turkmène – Alexiane Pradier –
Le 20 mars, le président de la République du Tadjikistan Emomali Rahmon s’est rendu aux Etats-Unis d’Amérique et plus précisément à New York afin de participer à la Conférence des Nations unies sur l’eau comme l’indique le site officiel du président de la République du Tadjikistan. La présence du président en personne est cependant loin d’être surprenante alors que le Tadjikistan se trouve être l’un des coprésidents de cette conférence avec les Pays-Bas, un fait précisé par le ministre tadjik des Affaires étrangères Sirojiddin Muhriddin dans une interview publiée sur le site officiel du ministère des Affaires étrangères de la République du Tadjikistan. Cet évènement a permis au président de la République du Tadjikistan et ses représentants d’organiser plusieurs visite diplomatique. D’après ledit site officiel mentionné juste avant, la première semble avoir été effectué le 19 mars en Arabie saoudite avec pour but d’informer ses représentants et médias de la conférence à venir. Une autre rencontre a eu lieu le 20 mars, à New York cette fois-ci, entre Sirojiddin Muhriddin et le ministre des Affaires étrangères du Paraguay Julio Arriola qui ont échangé sur d’éventuelles «perspectives de développement de relations mutuellement bénéfiques» entre les deux pays sans pour autant donner davantage de précisions comme indiqué par un autre article du même site internet.
Toujours en marge de la Conférence, un article du site officiel du président de la République du Tadjikistan évoque la rencontre entre Emomali Rahmon et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres. En parallèle à la conférence, le site précédemment cité mentionne une «cérémonie de présentation du don du Gouvernement de la République du Tadjikistan aux Nations Unies» par le biais de laquelle le président du pays a soutenu l’initiative des Nations Unies de renforcer les «relations amicales entre les pays sur la base du respect».
Il est important de noter qu’aucun média tadjik non-officiel/indépendant n’a couvert l’évènement et que les informations sur le sujet proviennent donc uniquement de sources officielles.
Un dernier point important à aborder est l’organisation par la République du Kirghizistan d’un évènement se déroulant en parallèle à la Conférence le 23 mars à New York, en collaboration avec le Pérou, le Népal, l’Initiative internationale pour la cryosphère et le climat et le Partenariat de la montagne. Cette information relayée par le site officiel du ministère des Affaires étrangères de la République kirghize est d’autant plus intéressante qu’aucun contact entre des représentants du Tadjikistan et Kirghizistan ne semblent avoir eu lieu, un élément qui fait sens avec de récents épisodes de tension vis-à-vis de la zone frontalière partagée et des migrations qui ont lieu entre les deux pays.
Le 19 mars au soir, le président du Turkménistan Serdar Berdimuhamedov est arrivé au Qatar pour y effectuer une visite officielle de deux jours en compagnie de l’émir Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani. Cette information, rapportée par le média Turkmenportal, fut ensuite très largement détaillée via notamment un article publié sur le site officielle du président du Turkménistan qui évoque en détail le programme de la journée du 20 mars. Un programme dans lequel se voit répété à plusieurs reprises la volonté commune des deux chefs d’Etat d’approfondir leur coopération et de faire profiter à l’autre d’un maximum d’opportunités. L’information provenant d’un site officiel, il ne fait aucun doute quant à la volonté du président turkmène d’entretenir de bonnes relations avec le Qatar sur un maximum de plan possible. Le site officiel du ministère des Affaires étrangères du Turkménistan précise que le «Turkménistan considère le Qatar et ses milieux d’affaires comme des partenaires fiables», une affirmation qui va de pairs avec l’élargissement des domaines dans lesquels les deux pays vont coopérer à l’avenir avec notamment un approfondissement des échanges commerciaux et économiques, une participation conjointe à des «projets énergétiques internationaux», ainsi que de nombreux futurs investissements dans le complexe agricole, l’industrie textile, les industries scientifiques et innovantes et la construction urbaine.
L’émir Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani a d’ailleurs souligné « avec satisfaction la dynamique positive du dialogue politique bilatéral » alors que cette visite officielle a mené toujours selon le site officiel du ministère des Affaires étrangères du Turkménistan a un renforcement du cadre juridique des relations turkmènes-qataris grâce notamment à une «cérémonie solennelle de signature des documents bilatéraux» ainsi qu’à la cérémonie d’ouverture de l’ambassade du Turkménistan à Doha, dans l’Etat du Qatar. La publication sur le sujet évoque celle-ci comme étant un «évènement significatif», symbole de la relation de confiance qui s’établit entre les deux pays et de la consolidation d’un «partenariat productif dans tous les domaines».
– Humanitaire et aide au développement – Lucien Moreels –
Le 19 mars dernier, les Kazakhes étaient invités à venir voter pour renouveler les élus des Maslikhats, les assemblées locales, mais aussi et surtout à désigner les 98 élus de la chambre basse du Parlement, les Majilis. Un peu plus de la moitié de la population s’est déplacée dans les urnes, ce que rapporte le média étasunien Radio free europe/ radio Liberty (RFE/RL), et c’est le parti du président, Amanat, qui ressort vainqueur de ces élections en remportant un peu plus de 50% des voix. Cependant, 3 autres partis intègrent à l’issue de ces élections les Majilis, une première, comme nous l’apprend RFE/RL. Ces élections se font en effet dans le cadre d’un processus de démocratisation du système kazakh : le gouvernement annonce ainsi certains changements, tels que la baisse du résultat minimum nécessaire à un parti pour accéder à un siège, passant de 7 à 5%, l’instauration d’un quota de 30% de femmes. On observe également la présence record depuis 1995 de 7 partis, dont 2 nouveaux, tels que le parti écologiste Baïtak. Cette élection est, d’après le président, la dernière étape du renouvellement politique mis en place après la répression sanglante des manifestations pacifiques par le régime en janvier 2022. Bien que le gouvernement se félicite via un communiqué publié sur son site internet, et que certains observateurs étrangers saluent la démocratisation du système, le Bureau des Institutions Démocratiques et des Droits de l’Homme (ODIHR), organe de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), que nous avions présenté à l’occasion de notre veille du 11 février dernier, à quant à lui rendu un rapport plus critique. En effet, le média kazakh Astana Times rapporte que l’ODHIR pointe des manquements en termes de libertés de réunion et d’expression, et de liberté de la presse. De plus, les images qu’a pu se procurer RFE/RL montrent des cas de bourrage des urnes, ainsi que des récits de personnes votant plusieurs fois à différents bureaux. Enfin le média Novastan fait état des barrières encore trop nombreuses à l’entrée pour les candidats indépendants, comme la nécessité de payer une taxe électorale correspondant à plus de 3 mois de salaire moyen, ou le passage devant une commission indirectement nommée par le gouvernement, ayant pour effet le refus des candidatures critiques du système en place.
À propos de l'auteur
Julie EIFLER--BOLANDER
Biographie non renseignée



