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Veille géopolitique Asie Centrale – du 11 mars au 17 mars 2023

Publié le 18/03/2023
10 min de lecture
Par Julie EIFLER--BOLANDER
Asie Centrale et sud-Caucase

Politique multivectorielle en Asie centrale – Alexandre Brière –

Le 16 mars, à Ankara, capitale de la Turquie, s’est tenu un sommet extraordinaire réunissant les présidents des pays membres de l’Organisation des États turciques. Cet événement, consacré au thème «Gestion des urgences et aide humanitaire», a été organisé à l’initiative du président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev. Le président de l’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, a souligné que le tremblement de terre survenu en Turquie et en Syrie le 6 février 2023 avait causé un émoi dans l’ensemble du monde turcophone. Comme rapporté par le service de presse du président de la République d’Ouzbékistan, le chef d’État Mirziyoyev a déclaré que la date du 6 février sera commémorée chaque année sous le nom de «Journée de mémoire et de solidarité» pour honorer la mémoire des victimes du tremblement de terre. À cet égard, le président ouzbek a également proposé la création d’un centre de surveillance et d’analyse des catastrophes naturelles sous l’égide des États turciques. Comme indiqué par l’agence nationale d’information ouzbèke Uza.uz, l’Ouzbékistan estime nécessaire d’élaborer un accord multilatéral visant à prévenir les cataclysmes et leurs conséquences humaines, mais aussi sociales, économiques, alimentaires, sanitaires et environnementales. Enfin, d’après l’agence de presse ouzbèke Yuz.uz, de grandes perspectives géopolitiques ont été réévaluées en profondeur, afin de redéfinir une nouvelle feuille de route en matière de politique multivectorielle entre les États turciques. Ces projets de grande ampleur concernent le secteur de l’énergie, avec notamment l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan et le gazoduc transanatolien qui assurent les liaisons énergétiques entre les États turcophones et l’Europe, en passant par la Turquie. Dans le même temps, il convient de noter que l’intégration turcique ne relève pas uniquement des liens culturels et civilisationnels entre les peuples turcophones, mais aussi d’une projection géoéconomique à long terme pour le renforcement du commerce et de la coopération économique au sein de l’espace eurasiatique.

– La Mongolie et les relations entre Asie Centrale et Asie de l’Est – Julie Eifler–Bolander –

Les 13 et 14 mars, la ministre mongole des Affaires étrangères, Batmunkh Battsetseg, s’est rendu en Türkiye dans le cadre d’une visite officielle, comme annoncé par Montsame. Cette visite fait suite à celle de son homologue turc en 2015 en Mongolie, et est aussi la première visite du côté mongol au niveau ministériel en affaires étrangères depuis 1992, ce qu’a rapporté le site officiel du ministère des Affaires étrangères mongol. La ministre a pu «montrer la solidarité [de la Mongolie] et exprimer ses condoléances» au peuple turc, suite au tremblement de terre meurtrier début février, comme précisé dans le communiqué de presse du ministère des Affaires étrangères turc. Beaucoup de problématiques ont également été abordées lors des discussions avec son homologue : export de viande hallal, échanges commerciaux, tourisme… Mais surtout, les deux pays vont pouvoir coordonner leurs politiques : «Vision 2050» et «Nouvelle Renaissance» («New Revival Policy», en anglais) pour la Mongolie, et «Siècle Turc» («Turkish Century», en anglais) pour la Türkiye. Dans ce cadre, la Turquie pourra par exemple participer au projet de construction d’une nouvelle Karakorum, dans la vallée de l’Orkhon. La ministre mongole a enfin affirmé que la Türkiye était un important «troisième voisin» de la Mongolie, et que le «Partenariat Global» entre les deux pays va être transformé l’année prochaine en «Partenariat Stratégique».

– Ressources, énergie, matières premières et environnement en Asie Centrale. – Audrey Colin –

Le 14 mars, selon le ministre The Astana Times, le ministre Kazakh de l’énergie, Bolat Akchulakov, a déclaré lors d’une réunion intergouvernementale que le pays augmenterait ses livraisons d’hydrocarbure à destination de l’Allemagne. La société Kaz Trans Oil va envoyer 20 000 tonnes de pétrole en avril via le pipeline de Druzhba qui traverse la Russie. Cette livraison est la troisième, elle fait suite à celles de février et de mars, également deux livraisons de 20 000 tonnes chacune. 

Selon The Astana Times, ces livraisons font suite à l’accord russo-kazakh, signé le 7 juin 2022, prévoyant l’acheminement de 300 000 tonnes de pétrole à travers la Russie au cours de l’année 2023. Selon l’agence de presse Reuters, l’Allemagne a cessé d’importer du pétrole du Kazakhstan via Druzhba depuis le 1er janvier 2023. Elle a ainsi demandé à la société russe de gestion du pipeline Transneft d’acheminer du pétrole kazakh afin de compenser la baisse de la fourniture russe. 

– Sécurité, Défense et conflits frontaliers – Maxime Delaye –

Après plus de 20 ans de négociation, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan semblent enfin s’être mis d’accord sur la délimitation de leurs frontières après la ratification ce 16 mars d’un document de plus de 8000 pages délimitant précisément les frontières du Kazakhstan. Cette délimitation frontalière entre les deux pays avait fait l’objet d’un consensus entre les délégations des deux pays après d’intenses négociations conduites sur le terrain de 2003 à 2021 afin de déboucher sur une démarcation comprenant 1301 marqueurs frontaliers. Un résultat approuvé par les chefs d’État des deux pays en décembre 2022 quand le président kazakh Kassym-Zhomart Tokayev avait visité son homologue ouzbek Shavkat Mirziyoyev. Profitant de la visite afin de signer une série d’accords bilatéraux incluant cette délimitation frontalière. Dernière étape du processus, une ratification par le parlement kazakh afin d’acter la mise en place des accords, maintenant chose faite.

Avec cette nouvelle ratification d’une démarcation frontalière en Asie Centrale, les accords frontaliers semblent se multiplier dans la région ces derniers mois après la ratification d’un accord frontalier du même type avec le Turkménistan en octobre 2022 (ratifié par le Turkménistan en avril de la même année). Mais également après la signature  novembre 2022 d’accords de paix et de délimitation frontalière entre le Kirghizistan et l’Ouzbékistan. Incluant notamment la cession très controversée du réservoir Kemper-Abad (Traité au cours d’une précédente veille). Les frontières de la région autrefois sujette à nombre de tensions semblent donc progressivement se stabiliser. Exception faite de la frontière entre le Tadjikistan et le Kirghizistan, qui avait connu une résurgence des violences en septembre 2022 lors d’affrontements entre les forces armées des deux pays qui avaient fait plus de 63 morts au Kirghizistan et détruit plus de   625 bâtiments.

– Politique interne kirghize, tadjike et turkmène – Alexiane Pradier –

Dans la nuit du 11 au 12 mars, une bagarre a éclaté vers un restaurant de Bichkek entre un groupe d’hommes et le service de sécurité de l’établissement comme le démontre la vidéo publié par la chaîne Telegram Koroche. Cette dernière a permis l’identification de tous les participants qui «seront poursuivis conformément à la loi» d’après le département de police de Bichkek, des propos rapportés par Kaktus.media. L’une des victimes a fini à l’hôpital avec une blessure cranio-cérébrale fermée, une contusion oculaire et un nez cassé d’après le média Kloop, ce qui l’a poussé à porté plainte. Suite à celle-ci le service d’enquête de la direction des affaires intérieures du district d’Oktyabrsky a ouvert une enquête pénale comme indiqué par kg.akipress dans un article détaillant les faits. Le principal responsable des blessures de cette victime serait le député du Jogorku Kenesh Janybek Abirov. Cependant, en vertu de la loi kirghize, «pour engager une action pénale contre un député et mener une enquête, l’accord du parlement est requis» comme le précise le média Kloop. Le procureur général K. Zulushev a ainsi soumis une proposition au Parlement sur l’autorisation d’engager la responsabilité pénale du député Abirov, un fait rapporté par une publication Facebook du Bureau du Procureur général de la République Kirghize.

Le député Abirov s’est quant à lui excusé de son comportement après plusieurs jours de silence via un post sur sa page Facebook. De nombreux députés ont quant à eux pris la défense d’Abirov, condamnant ses actions lors de la soirée mais pas le député en lui-même, comme le démontre très bien le député Farhad Alimjanov via un post Facebook où il déclare qu’il «ne justifie pas l’incident» mais que selon lui, la société ne devrait pas « permettre à un jeune politicien prometteur de s’effondrer simplement à cause d’une de ses erreurs ». L’attaché de presse du chef de l’Etat Erbol Sultanbaev indique quant à lui sur Facebook que le président Sadyr Japarov a été informé de l’incident et de l’implication d’un député du Jobgorku Kenesh. Il précise que le ministère de l’Intérieur a également été chargé de mener une enquête sur les circonstances de l’incident. Sultanbaev est resté plus neutre dans son post que d’autres députés défendant Abirov, précisant simplement que «ce comportement ne répond pas aux normes éthiques d’un fonctionnaire de ce rang».

– Culture et religion – Marion Bretton –

Le 13 mars dernier a été organisée une table ronde au sein du Ministère de la Culture tadjik, en présence de divers représentants d’institutions culturelles. Les débats ont porté sur la sauvegarde et la rénovation des monuments nationaux. Selon eux, la priorité pour le Ministère de la Culture est donnée à la préservation du patrimoine culturel matériel déjà existant. Certes, le Tadjikistan est riche d’une histoire remontant à plus de 6 milles ans, comme le souligne le rapport de cet entretien, mais l’architecture qui domine actuellement le pays est bien plus récente. En effet, l’ère soviétique tadjike est encore largement présente dans le paysage culturel national, comme en témoignent de nombreux monuments commémoratifs et autres mosaïques. En revanche, les statues de Lénine, elles, sont de plus en plus déboulonnées. La préservation ou non du patrimoine culturel matériel soviétique fait systématiquement débat en Asie centrale. Au Kazakhstan, par exemple, les nombreuses faucilles et marteaux ont été retirées du paysage urbain, mais les mosaïques et les grands bâtiments ont été sauvegardé. A l’inverse, la capitale kirghize, Bichkek, a choisi de ne pas retirer les faucilles et les marteaux qui se dressent toujours en haut des bâtiments administratifs, les vestiges architecturaux soviétiques sont encore omniprésents. On y trouve même une immense statue de Lénine, non pas déboulonnée mais déplacée. Cette réévaluation du patrimoine par le Tadjikistan sera-t-elle un nouveau pas en avant vers l’émancipation de son passé soviétique ?

Afin de faire évaluer son patrimoine culturel, le Tadjikistan souhaite passer par des organismes tel que l’ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites), avec qui le gouvernement regrette de moins collaborer ces dernières années, comme le souligne le communiqué. A terme, le Ministère de la Culture tadjik espère promouvoir ses monuments et son patrimoine culturel matériel dans le monde entier.

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