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VEILLE EUROPE DE L’EST – Du 7 janvier au 13 janvier 2023.

Publié le 14/01/2023
12 min de lecture
Par Michel Dupont
Europe

Equipe de la veille géopolitique hebdomadaire Europe de l’Est : Séverine Ly, Matisse Grenier, Olga Chekhurska, Sarah Wilpotte, Olivier Husson

6-7/01/2023 : Cessez-le-feu unilatéral de la Russie pendant le Noël orthodoxe  -Séverine Ly-

Le 5 janvier, selon un communiqué officiel du Kremlin, Vladimir Poutine a ordonné unilatéralement un cessez-le-feu de 36 heures «sur toute la ligne de contact entre les parties en Ukraine», du 6 janvier  midi au 7 janvier minuit. Cette annonce a été rendue sur appel de l’Eglise orthodoxe russe et notamment de son Patriarche Kirill en raison du Noël orthodoxe. Le président russe a demandé à son homologue ukrainien de s’accorder à cette décision.
Dans son adresse quotidienne du 5 janvier, le président Volodymyr Zelensky a répondu que le 12 décembre avait été offerte à la Russie une “Formule de paiincluant «le retrait des troupes russes le jour de Noël» et demeurée sans réponse. Il estime que ce cessez-le-feu n’est qu’un moyen pour le Kremlin de «brièvement stopper l’avancée» ukrainienne dans le Donbass et d’apporter «des équipements, des munitions et des hommes mobilisés au plus proche» des positions ukrainiennes. Le ministre ukrainien des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a ainsi dénoncé sur Twitter la défiance envers l’armée russe, rappelant que celle-ci avait massivement bombardé le pays lors du Nouvel an et que son engagement «ne peut et ne doit pas être pris au sérieux».
Dans les compte-rendus officiels des ministères russe et ukrainien de la défense des 6, 7 et 8 janvier sur Télégram, les informations s’opposent. Alors que le Kremlin affirme que le cessez-le-feu a été respecté le long de la ligne de front et que son armée a attendu le 7 janvier minuit pour reprendre les combats, Kiev dénombre «9 frappes de missiles, 3 frappes aériennes et 40 attaques à partir de lance-roquettes multiples» touchant des infrastructures civiles et militaires dans la journée du 7 janvier. 

8/01/2022 : La répression au Bélarus s’étend aussi sur les réseaux sociaux -Olivier Husson-

La répression s’accentue sur la population du Bélarus, même les utilisateurs du réseau social pourtant crypté comme Telegram encourent des risques d’être arrêtés. D’après Nacha Niva le 8 janvier GUBOPIK a arrêté un Bélarussien de 28 ans, Radzivon Kachatkov pour des commentaires parus sur Telegram en 2020. Il est retourné au pays après un séjour de deux ans à l’étranger. Le prévenu risque de 5 à 12 ans de prison pour « incitation à l’hostilité et inimitié ». GUBOPiK (ou GUBAZiK en bélarussien) est un service de sécurité du Belarus.
D’après la chaîne Telegram des forces de sécurité, le 5 janvier les agents du GUBOPIK ont mis la main sur deux adolescents de 13 et 15 ans, actifs sur Tik Tok. L’institution s’est vantée de sa prise sur une chaîne Telegram en publiant une photo des deux détenus, étiquetés « graines de néonazis ». Ces deux mineurs sont accusés d’avoir «incité à la haine contre le peuple russe» et d’avoir contribué à «la propagande nazie ». Selon le site d’information indépendant zerkalo.io, l’un deux deux adolescents avait publié un contenu en rapport aux couleurs blanc-rouge-blanc, signe d’opposition à Loukachenka. Impossible de savoir à l’heure actuelle le sort qui sera réservé à ces jeunes Bélarussiens.
De plus, le 11 janvier, Le réseau social VKontakte a bloqué la page de Nasha Niva sur le territoire de la Biélorussie selon la chaîne Telegram de Nasha Niva. Cela s’est produit à la demande du ministère de l’Information du Bélarus. Vkontakte a commencé à bloquer les pages des médias et des organisations biélorusses que les autorités biélorusses ont reconnues comme « extrémistes ».

10/01/2023 : L’opposition monténégrine appelle à la destitution de maires pro-serbes après des propos litigieux. -Matisse Grenier-

D’après Balkan Insight, l’opposition monténégrine a appelé le 10 janvier au licenciement des maires et responsables locaux de 6 villes ayant prononcé un discours jugé «honteux pour le Monténégro» lors d’une réunion du Comité du parlement serbe pour la diaspora et les Serbes dans la région, à Belgrade le 13 décembre dernier.
Dans cette réunion, des responsables monténégrins ont jugé que l’ancien gouvernement a discriminé les Serbes du Monténégro. Ils sont allés jusqu’à désigner la Serbie comme «mère-patrie de tous les Serbes», ces derniers étant estimés à près de 30% dans la population monténégrine, selon le dernier rapport de recensement effectué en 2011. Par ailleurs, il semblerait que tous les responsables mis en cause soient membres du parti de la Nouvelle Démocratie serbe, faisant partie de la coalition dirigeante du Front démocrate au Monténégro.
Des cadres de la coalition dirigeante auraient réagi en affirmant que le parti était seulement «favorable à une amélioration des relations avec la Serbie voisine» et avec tous les pays voisins de manière générale. Marko Kovacevic, l’un des responsables concernés et maire de Niksic, a accusé l’opposition de «mener une campagne anti-serbe».

10/01/2023 : La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, s’est rendue en Ukraine– Olga Chekhurska.

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, s’est rendue à Kharkiv, une zone en pleine guerre dans l’est de l’Ukraine. Elle est la première représentante du gouvernement allemand depuis le 24 février qui s’est rendu dans l’est de l’Ukraine. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a déclaré sur Twitter le 10 janvier que lui et Annalena Baerbock se sont rendus à Kharkiv pour inspecter la situation.  Dans un communiqué publié sur le site du ministère allemand des Affaires étrangères Annalena Baerbock a déclaré que « cette ville est un symbole de la folie absolue de la guerre d’agression russe en Ukraine et des souffrances sans fin auxquelles les gens, en particulier ici dans l’est du pays, sont confrontés chaque jour. Cette ville est aussi un symbole de l’incroyable résilience et du courage des Ukrainiens ».
À la suite de la visite, Annalena Burbock a exprimé son soutien et sa solidarité envers les Ukrainiens et a déclaré que l’Allemagne continuerait à fournir un soutien militaire à l’Ukraine. « Dans tous les coins de l’Ukraine, de Kharkiv à Kherson en passant par Kiev, les gens doivent savoir qu’ils peuvent compter sur notre solidarité et notre soutien. Cela inclut l’aide hivernale que nous avons fournie. Des générateurs et des transformateurs, du carburant et des couvertures sauvent désormais des vies sur place. Et cela inclut de nouvelles livraisons d’armes », a ajouté Annalena Burbock. Elle a également assuré que l’Allemagne soutiendrait les intentions d’intégration européenne de l’Ukraine, pour lesquelles elle fournira au gouvernement ukrainien des recommandations sur le renforcement de l’État de droit, de l’indépendance des institutions et de la lutte contre la corruption, conformément aux normes européennes.
Alors que l’Allemagne a promis de fournir des véhicules de combat Marder à l’Ukraine dans le cadre d’un soutien militaire accru, Annalena Burbock a promis le 10 janvier de fournir encore plus d’armes, sans en préciser le type. Le 8 janvier, le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, a déclaré que l’Allemagne n’exclut pas la possibilité d’envoyer des chars Leopard en Ukraine. Mais en même temps, le chancelier Olaf Scholz, dans une interview accordée au Spiegel en avril dernier, exprimait ses craintes de voir le conflit dégénérer en cas de livraison de chars allemands sophistiqués. 

11/01/2023 : Second sommet du Triangle de Lublin à Lviv en Ukraine -Séverine Ly-

Le 11 janvier, les présidents lituanien, polonais et ukrainien se sont réunis à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, dans le cadre du second sommet du Triangle de Lublin selon les sources officielles.
Dans une déclaration publiée sur les sites internet présidentiels et signée par les trois chefs d’Etat, ces derniers condamnent tout d’abord et «dans les termes les plus forts» l’invasion russe en Ukraine puis évoquent les différents efforts de la Pologne et de la Lituanie pour soutenir leur allié. Leur rôle historique et la portée de l’assistance fournie ont été soulignés. «Leur volonté de renforcer les capacités de défense de l’Ukraine» a été réaffirmée, en particulier dans les domaines «militaire, défensif, politique, diplomatique, économique, logistique et humanitaire».
Les trois pays ont aussi justifié la place méritée de l’Ukraine dans l’Union européenne et l’OTAN par sa contribution significative «à la sécurité de la région euro-atlantique et au-delà», «le soutien de l’écrasante majorité de la population ukrainienne» à l’intégration de leur pays dans ces organisations et «les progrès dans la mise en œuvre des normes et principes» nécessaires. En outre, les parties ont mis en avant «leurs actes concrets» prouvant l’importance de leur coopération «pour l’ensemble de la coalition d’États euro-atlantique».
Volodymyr Zelensky, dans son allocution quotidienne, a remercié les deux pays pour leur soutien, annonçant l’arrivée de tanks polonais et de systèmes anti-aériens lituaniens. Ses homologues ont tenu à saluer la générosité de leur population respective. «95% des Lituaniens seraient favorables à l’aide humanitaire» et «70% ont donné de l’argent et du matériel à l’Ukraine»selon le président lituanien Gitanas Nausėda. Quant à Andrzej Duda, il a dédié sur Facebook l’ovation reçue dans la rue par les Ukrainiens à «l’ensemble de la société pour son cœur, pour son ouverture» et pour son aide.

11/01/2023 : Des changements dans le fonctionnement de la société de sécurité biélorusse Gard Servis sur le modèle du groupe Wagner. – Sarah Wilpotte – 

Le 11 janvier 2023, dans un entretien au service biélorusse de la radio allemande Deutsche Welle, Valery Sakhachtchyk, membre du gouvernement en exil de l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa et ancien militaire de haut rang dans l’armée soviétique, a déclaré que la société de sécurité biélorusse GardServis recrutait des anciens membres des forces spéciales pour des opérations de guerre. Selon lui, ils seraient préparés à des opérations de type militaire, comme le sabotage, la reconnaissance ou encore les assauts en territoire ennemi, par des officiers de la cinquième brigade des spetznaz (forces spéciales) biélorusses, mais également l’été dernier par des instructeurs du groupe Wagner. Dans un autre entretien avec l’agence Belsat, il a affirmé que la Russie avait «investi une grosse somme d’argent pour faire de GardServis un équivalent biélorusse de Wagner».
Cette société a été fondée en 2020. Elle est la seule dont les agents sont autorisés, par décret présidentiel datant de la veille des élections présidentielles la même année, à utiliser et à conserver des armes à feu, y compris des fusils automatiques et de précision. Selon le journaliste Alexeï Karpeko du Centre biélorusse d’investigation, «il se peut qu’une entreprise comme GardServis était nécessaire au pouvoir en cas de scénario pas très favorable pour Loukachenko». Il a ajouté à cette déclaration : «On y a recruté d’anciens vétérans des structures du pouvoir, du service de sécurité présidentielle, des forces spéciales, des unités spéciales du KGB, du ministère de l’Intérieur et du comité d’État des frontières».

11/01/2023 : Arrestation à Minsk de l’ancien candidat à la présidentielle de 2020, Andrei Dmitriev – Séverine Ly-

Selon un communiqué publié par son équipe sur son compte Facebook, Andrei Dmitriev a été «interpellé» dans la soirée du 11 janvier. Les causes de son arrestation n’étaient alors pas connues. Le comité d’enquête bélarus ne s’est en effet exprimé que le 13 janvier. Dans un communiqué de presse publié sur ses différents réseaux, il a affirmé «l’implication dans les activités extrémistes d’Andrei Dmitriev» notamment dans sa «part active aux émeutes de rue qui ont eu lieu sur le territoire de la capitale en août-septembre 2020». En outre, il a été critiqué par le comité d’enquête pour ses liens avec des représentants occidentaux dont «le Secrétariat d’État américain et son ancien chef, Hillary Clinton». Ainsi, Andrei Dmitriev est soupçonné de crime en vertu de l’article 342 du code pénal de Biélorussie, condamnant «lorganisation et la préparation d’actions portant gravement atteinte à l’ordre public, ou participation active à celles-ci».
Andrei Dmitriev est l’ex-candidat à la présidentielle bélarusse 2020, membre du parti «Notre parti» et opposant au régime de Loukachenko. En 2020, Loukachenko s’est en effet déclaré vainqueur du scrutin bien qu’une partie de la population ait dénoncé une fraude massive et ait manifesté son mécontentement. Après une répression sévère des forces de l’ordre, les participants et organisateurs de ces manifestations ont été traqués et emprisonnés. Sur son site internet, Andrei Dmitriev demandait de nouvelles élections, la libération des prisonniers politiques, la protection du droit d’expression ou encore l’interdiction légale de violences envers les civils. 

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