Un nouveau plan de paix contesté : l’Ukraine et les Européens en première ligne

Un nouveau plan de paix contesté : l'Ukraine et les Européens en première ligne
Alors que la guerre en Ukraine se prolonge depuis plus de trois ans et demi, Donald Trump tente régulièrement d’imposer un plan de paix entre Kiev et Moscou. Depuis la rencontre du 15 août en Alaska entre Vladimir Poutine et l’ancien président américain, aucune avancée significative n’a été enregistrée, faute de signaux positifs tant du côté russe que du côté ukrainien soutenu par les Européens.
Un nouveau cycle diplomatique s’est néanmoins ouvert le 23 novembre, annoncé aux Européens trois jours avant la réunion des ministres des Affaires étrangères au sein du Conseil de l’Union. Cette initiative américaine a immédiatement suscité une réaction urgente à Bruxelles, où Washington est perçu comme cherchant à imposer une fin rapide au conflit, quitte à faire des concessions substantielles à la Russie. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, a résumé la position européenne : « pour qu’un plan fonctionne, il faut que les Ukrainiens et les Européens y participent. […] Nous n’avons pas entendu parler de concessions côté russe ».
Les pourparlers ont été organisés à Genève à l’initiative de Washington, réunissant des délégations américaine, ukrainienne et européenne, cette dernière représentée par Björn Seibert et Pedro Lourtie. Le plan américain, composé de 28 points, avantage nettement Moscou. Parmi les propositions :
- réduction des forces ukrainiennes à 600 000 soldats
- l’OTAN ne doit pas déployer ses troupes en Ukraine
- retour de la Russie au G8 et relance d’une coopération politique et économique américano-russe
- déblocage des avoirs russes gelés en Europe, dont une partie serait réinvestie dans des projets économiques communs américano-russe
- création d’un groupe trilatéral Ukraine–Russie–États-Unis chargé de la sécurité post-guerre
- mise sous supervision de l’AIEA de la centrale de Zaporijjia, dont l’énergie serait distribuée à parts égales à l’Ukraine et à la Russie
- reconnaissance de facto de l’appartenance à la Russie de la Crimée, de Luhansk et de Donetsk
- organisation d’une élection présidentielle ukrainienne dans les 100 jours suivant l’application du plan
- amnistie générale pour tous les acteurs impliqués dans le conflit
- création d’un “Conseil de Paix” présidé par Donald Trump.
Du point de vue européen, ce mémorandum comporte d’importants risques sécuritaires pour l’Ukraine et pour l’ensemble du continent. Les capitales européennes et Kiev tentent désormais d’utiliser leurs canaux diplomatiques pour modifier ce texte jugé déséquilibré. Parmi les points évoqués, l’interdiction de déployer des troupes de l’OTAN empêcherait ainsi la Coalition des volontaires, qui rassemble plusieurs États européens pour garantir la sécurité future de l’Ukraine, de stationner des forces à la frontière, encore non définie, avec la Russie, compromettant ainsi toute capacité de dissuasion face à une éventuelle nouvelle offensive russe dans les années à venir.
En marge du G20 de Johannesburg, la présidente de la Commission européenne a réaffirmé son opposition à la réduction des forces armées ukrainiennes, estimant qu’un tel affaiblissement ouvrirait la voie à de nouvelles offensives russes aux conséquences directes pour la sécurité européenne. Elle a également rappelé l’urgence du retour des enfants ukrainiens déportés en Russie et la tenue prochaine d’un Sommet de la Coalition internationale pour leur retour, organisé avec le Canada.
Le jour des discussions à Genève, Ursula von der Leyen a rappelé trois principes : les frontières ukrainiennes ne peuvent être modifiées par la force ; l’armée ukrainienne ne doit pas être réduite ; et l’Union européenne doit être un acteur central des négociations, car la sécurité de l’Ukraine conditionne celle du continent. Une position jugée encore insuffisante pour contrer l’orientation générale du plan américain, qui fragilise la posture européenne et les intérêts de Kiev.
Quatre jours plus tard, devant le Parlement européen, von der Leyen se montre plus ferme. Elle affirme que l’Europe, via l’OTAN, défendra militairement ses frontières et insiste sur la nécessité d’une paix « juste et durable ». Elle s’oppose explicitement à toute limitation des forces ukrainiennes : « L’Ukraine étant un pays souverain, ses forces armées ne sauraient être soumises à aucune limitation qui rendrait le pays vulnérable à des attaques futures. […] la sécurité de l’Ukraine est la sécurité de l’Europe. » Elle rejette également toute modification territoriale imposée, rappelant que « si aujourd’hui nous légitimons et formalisons la remise en cause des frontières, nous ouvrons la porte à d’autres guerres demain ». Elle réaffirme par ailleurs l’intégration progressive de l’Ukraine dans le marché unique et dans la chaîne européenne de défense, ainsi que la nécessité de sécuriser son financement, avec un texte à venir sur l’usage des avoirs russes gelés.
Plusieurs États européens se sont déjà distanciés du mémorandum américain. Emmanuel Macron, également en déplacement à Johannesburg, a déclaré : « ce qui a été mis sur la table nous donne une idée de ce qui peut être acceptable pour les Russes. Et pour autant est-ce ce qui doit être accepté par les Ukrainiens et les Européens ? La réponse est non. » Il insiste sur la priorité absolue : « La première des garanties de sécurité, c’est la régénération de l’armée ukrainienne […] sa formation, son équipement et sa capacité à se déployer ». Ce point s’explique par la multiplication des accords de coopération militaire conclus par l’Union européenne et par plusieurs États européens depuis le début de la guerre. L’UE est ainsi devenue le principal soutien, toutes formes d’aide confondues, à l’Ukraine depuis l’élection de Donald Trump. Entre 2022 et 2024, l’aide militaire américaine s’élevait à plus de 1,7 milliard d’euros, contre environ 2 milliards pour les Européens. Mais entre janvier et juin 2025, cette aide américaine a chuté à moins de 250 millions d’euros, tandis que le soutien européen dépassait 3,8 milliards d’euros. Néanmoins, ce dynamisme doit toutefois être nuancé : selon une étude de l’Institut de Kiel publiée le 14 octobre, l’aide militaire européenne a diminué de 3 milliards d’euros depuis l’été 2025.
Le 25 novembre, la Coalition des volontaires, a tenu une visioconférence en réponse aux pourparlers à Genève. Il y est confirmé que des discussions sont en cours avec Washington pour réviser les garanties de sécurité proposées à l’Ukraine. Deux jours plus tard, la Commission européenne a soumis au Parlement européen une résolution intitulée « La position de l’UE sur le plan proposé et son engagement en faveur d’une paix juste et durable pour l’Ukraine », afin de connaître la position des députés européens sur l’orientation diplomatique urgente de l’UE. Cette dernière a été adoptée, par 401 voix contre 70, marquant clairement l’opposition des députés au plan élaboré par Washington.
Ainsi, les positions européennes convergent : réduction des forces ukrainiennes, reconnaissance territoriale de facto et gestion américaine des avoirs russes sont jugées inacceptables. D’autres points demeurent en discussion, tandis que les négociations entre États-Unis, Russie et Ukraine se poursuivent, sous le regard attentif de l’UE et de la Coalition des volontaires. Les prochaines semaines révéleront si les Européens disposent du poids politique suffisant pour influencer l’issue de ces tractations face à Washington et Moscou, dans un contexte où les ambitions impérialistes russes demeurent intactes.
À propos de l'auteur
Vladimir KRSMANOVIC
Biographie non renseignée



