Trafic de drogues international – point de situation au 29/02/2024

Un nouveau tournant pour l’Équateur ?
Dans le nouveau rapport publié par InsightCrime, un site de recherches et d’analyses consacré au crime organisé et à la sécurité en Amérique du Sud, le nombre d’homicides en Amérique latine et dans les Caraïbes s’est élevé à 20 personnes sur 100,000 en 2023. Cela représente 117,492 décès par homicide au cours d’une seule année.
Comment en est-on arrivé là ?
Principalement par la guerre continue que se mènent les gangs pour le contrôle des routes de la drogue qui traversent la quasi-totalité des pays d’Amérique latine, inondant le marché américain depuis des années et européen plus récemment.
En tête de ces pays où la mort règne à chaque coin de rue, l’Équateur, qui a enregistré son année la plus meurtrière depuis plus de 5 ans : 44,5 homicides pour 100,00 habitants en 2023.
La pauvreté, l’inflation mondiale, et des systèmes politiques souvent corrompus amènent la population de ces pays à trouver d’autres sources de revenus, dont la plus importante est la production et le trafic de drogue. Ce commerce connu de tous depuis des siècles amène de l’argent, des luttes de pouvoir, de la violence et des guerres.
Ces chiffres sont à mettre en perspective avec la publication des scores de corruption pour l’année 2023 par Transparency International. Les pays d’Amérique du Sud se retrouvent parmi les scores les plus bas en termes de transparence, avec l’Argentine à la 36ème place, l’Équateur à la 34ème place, le Pérou à la 33ème place, le Mexique à la 31ème place, et le Venezuela à la 13 ème place.
Cette situation s’étend de plus en plus chaque jour dans le reste des pays d’Amérique du Sud, comme en Uruguay, où le gouvernement a saisi la DEA afin qu’elle les aide à endiguer le problème de drogue dans son pays.
Et qu’en est-il en Équateur ?
En Équateur, depuis le 9 janvier dernier et le décret de militarisation de la sécurité publique du pays par le président récemment élu, Daniel Noboa, le gouvernement a annoncé 4 488 détentions [dont celles de] 237 terroristes présumés”, la saisie de 40 tonnes de drogue, de 1 500 armes à feu et de plus de 5 000 engins explosifs.
Le retour au calme semble pourtant encore précaire. Daniel Noboa a déclaré publiquement que ces décisions de déclarer le pays en « État de guerre interne » se sont inspirées de la décision du président Salvadorien, Nayib Bukele, d’appliquer l’état d’urgence dans son pays pour endiguer les violences des gangs liés au trafic de drogue.
Cependant, de nombreux experts s’interrogent sur la garantie de succès à long terme de ces deux opérations. En effet, la corruption des systèmes judiciaires et politiques en Équateur, ainsi que la présence endémique des trafiquants dans ses organes policiers donnent à penser qu’une sortie prochaine de cette situation parait fortuite.
Certains experts craignent également que les gangs ne se rassemblent pour faire front à l’armée et récupérer leurs territoires.
Les USA s’engagent avec un plan d’aide à l’Équateur
Le 22 janvier dernier, deux semaines après que Noboa a déclaré l’état de militarisation du pays, le président équatorien a rencontré une délégation comprenant la général Laura Richardson, commandant de l’US Southern Command et d’autres hauts fonctionnaires pour discuter de la coopération entre les États-Unis et l’Équateur dans la lutte contre le crime organisé. Les USA luttent depuis de nombreuses années contre le trafic de drogues, notamment avec les gouvernements de Colombie et du Mexique, et qui affluent sur son territoire, amenant toujours plus de violence et multipliant les tueries entre guerre de gangs.
Les USA ont promis un programme d’aide sur cinq ans qui comprend du matériel militaire, de l’aide humanitaire, des secours en cas de catastrophe et un renforcement des capacités militaires de l’Équateur . Ce plan s’élèverait à environ 93 millions de dollars. Cette aide humanitaire peut-être comparée au Plan Colombie signé dans les années 2000 par le gouvernement américain et colombien afin de lutter contre le trafic de drogue.
Les USA ont également accepté de renforcer la coopération militaire avec l’Équateur par le biais d’opérations conjointes, ainsi que d’accroître l’échange de renseignements et la présence du Federal Bureau of Investigation (FBI) pour lutter contre la menace que représente le crime organisé.
M. Richardson a souligné l’engagement des États-Unis en faveur d’objectifs à long terme en Équateur, notamment en matière de renforcement des capacités et d’aide humanitaire. Cependant, les résultats du Plan Colombie ne semblent pas avoir tenus toutes leurs promesses, et il est naturel de se demander si le plan d’aide avec l’Équateur portera ses fruits.
Par ailleurs, et bien que l’engagement soit pris, les USA font également face à une crise qu’ils peinent à maitriser, et qui ravage sa population : les opioïdes. Avec 82 000 décès aux USA entre février 2021 et février 2022 suite à la prise de ces substances, les autorités américaines tentent par tous les moyens d’endiguer cette crise, amenant à se demander si ils pourront continuer à mener plusieurs combats de front contre le trafic de drogue.
À propos de l'auteur
Elisabeth Nagy Nagy
Biographie non renseignée



