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Sécurité, Défense et conflits frontaliers – Point de situation au 17/04/23

Publié le 17/04/2023
6 min de lecture
Par Maxime Delaye
Asie Centrale et sud-Caucase

Nouveau succès pour l’industrie de la défense turque avec la signature d’un contrat d’exportation du système anti-drone iHTAR dans 4 pays (en comptant la République Turque de Chypre Nord) incluant notamment le Kirghizistan. Ce système est développé par l’ entreprise de services de sécurité et de défense (ESSD) Aselsan, l’un des principaux fournisseurs de l’armée turque. Il permet de traquer et de neutraliser les aéronefs sans pilote dans un espace aérien défini. 

Depuis le milieu des années 2010 et le changement de paradigme dans l’industrie de l’armement turque, le pays se focalise sur la conception et l’exportation de produits de haute technologie avec une spécialisation forte dans le domaine des drones avec l’entreprise Bayraktar et son célébrissime TB2. Avec les retours sur expérience au cours du conflit libyen, de la seconde guerre du Haut-Karabagh et plus récemment la guerre en Ukraine, les systèmes turcs se sont vite imposés comme une référence fiable et peu onéreuse en matière d’armement et de système relatif aux drones, permettant à la Turquie la mise en place d’une véritable diplomatie du drone dans ses zones d’influence. C’est notamment le cas en Asie Centrale avec un export de plusieurs systèmes d’armement au Turkménistan et au Kazakhstan. Cependant, le pays le plus séduit par cette offre turque reste le Kirghizistan, qui, dans son face à face tendu avec le Tadjikistan, met l’accent sur la guerre des drones. 

Les aéronefs sans pilote ont notamment prouvé leur efficacité pour le Kirghizistan lors des escarmouches frontalières de septembre 2022 où les drones Bayraktar-TB2 Kirghiz auraient permis la destruction d’au moins 2 chars T-72 et d’un lance-roquette multiple Grad-1 tadjik. Depuis, le pays multiplie les commandes à la Turquie avec l’achat de plusieurs fournées de drones TB2, Aksungur et Anka. De son côté, l’armée tadjike cherche également à s’équiper, et après un refus de vente de la part de la Turquie, le pays s’est tourné vers les Orlan-10 russes ainsi que vers des munitions rôdeuses Ababil-2 d’origine iranienne. Il est possible de supposer que le nouveau système iHTAR servira notamment le dispositif destiné à protéger les installations sensibles du Kirghizistan notamment face aux menaces présentées par ces munitions rôdeuses. 

Le Premier ministre Mikhaïl Mishustin a présenté à Vladimir Poutine ce lundi 10 avril un accord sur la mise en place d’un système de défense aérien conjoint avec le Kirghizistan. Cet accord fait suite à une demande faite par Vladimir Poutine en juillet 2022 aux ministères de la défense et des affaires étrangères afin que ceux-ci entament des négociations avec le Kirghizistan sur le sujet. Ne reste alors plus que l’étape d’une ratification par la Douma d’État et par le Conseil suprême (Parlement kirghiz) pour valider la mise en place du système conjoint. Celui-ci a été négocié dans le cadre de la Communauté des États indépendants (CEI) qui avait le 10 février 1995 ratifié la signature d’un accord pour la création d’un espace de défense aérien commun. Un accord qui s’est rapidement mis en place entre la Russie et la Biélorussie mais qui a mis du temps à s’étendre aux autres membres de la CEI. Il aura fallu attendre 2013 pour que le système s’étende au Kazakhstan, rejoint par la suite par l’Arménie en 2015, puis par le Tadjikistan en 2021. 

Reste cependant la question complexe de la mise en place de ces accords sur le terrain au vu des relations tendues qu’entretient le Kirghizistan avec son voisin le Tadjikistan, aussi sujet à un accord de défense aérienne conjointe avec la Russie. D’autant que les deux états mettent l’accent sur la constitution de capacité aérienne et anti-aérienne pour s’affronter. Le Kirghizistan avait notamment déployé en février dernier plusieurs systèmes de missiles sol-air Pechora-2 BM à Batken, tous proches de la région frontalière contestée avec le Tadjikistan. 

Sur le papier, cet accord est extrêmement favorable au Kirghizistan qui ne possède que très peu de capacités anti-aériennes (les Pechora-2 BM étant la seule importation de systèmes sol-air depuis l’indépendance). Pourtant, dans un contexte de guerre en Ukraine, où la Russie a plus que jamais besoin de ses capacités pour sécuriser son espace aérien, se pose la question de savoir si elle sera capable d’exporter des systèmes d’armement au Kirghizistan pour assurer la zone de défense aérienne commune ou bien si le geste est purement symbolique.  

Après une réunion du Conseil de Sécurité de l’État ce jeudi 13 avril, le ministre de la Défense turkmen Begench Gundogdiyev a annoncé la tenue prochaine d’un nouvel exercice de préparation opérationnel au combat afin de tester la réactivité des forces armées du pays. C’est la deuxième fois en moins d’un an que le Turkménistan organise un exercice tactique de grande envergure, le dernier s’étant déroulé en octobre dernier sur le centre d’entraînement naval de la région de Turkmenbashi, dans la région des Balkans.

Depuis son indépendance, le pays a une doctrine militaire qui définit la principale fonction de l’armée du pays en la défense de celui-ci contre les agressions externes. Celle-ci définit également l’instabilité et les guerres de ses voisins comme sa principale source d’inquiétude. Au vu de la situation tendue dans la région de la Caspienne (situation tendue entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et l’Iran) ainsi que l’instabilité de sa frontière avec l’Afghanistan, l’armée turkmène ne fait que multiplier ses préparations militaires soulignant la réelle crainte du pays quant à une dégradation du contexte sécuritaire dans la région. 

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