Sécurité, Défense et conflits frontaliers en Asie Centrale – Point de situation au 21/05/23

Date marquante de l’histoire des anciennes républiques soviétiques, le 9 mai représente le jour de la Victoire face à l’Allemagne nazie et rend hommage aux nombreux soviétiques tombés au combat. Pourtant, depuis leurs indépendances, les pays d’Asie Centrale tendent à se dissocier de cette tradition pour se concentrer sur des événements plus en phase avec leurs propres constructions nationales. Reste cependant une institution, la parade militaire se tenant à Moscou tous les 9 mai.
Chaque année les chefs d’États des pays anciennement soviétique sont invités et pour l’Asie Centrale, tous se rendent à Moscou dans une sorte de pèlerinage annuel afin de montrer leur amitié avec la Russie. Mais dans le cadre de la guerre en Ukraine, l’image de la Russie et notamment de son président Vladimir Poutine se dégrade fortement sur la scène internationale. Cela amène cette année à se poser la question de savoir si les pays d’Asie Centrale se rendraient bien à Moscou ou si l’occasion n’était pas venue pour eux de s’émanciper symboliquement du Kremlin. A la surprise générale, l’intégralité des présidents d’Asie Centrale se sont rendus à Moscou pour assister à la parade militaire du 9 mai.
Cependant, pour la plupart de ces chefs d’État, ce voyage est fait de manière à minimiser l’exposition médiatique de leurs voyages. En effet, les présidents du Turkménistan, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan n’ont confirmé leurs venues qu’un seul jour avant l’événement. De l’autre côté du spectre le président Japarov du Kirghizistan a opté pour une approche plus visible. Fait invité d’honneur dès le 25 avril, le président a choisi de se présenter avec une importante délégation et de rendre visite à plusieurs officiels tels que le Premier ministre Mikhaïl Mishustin et la présidente du Conseil de la fédération de Russie Valentina Matvienko. En dehors de la visite à Moscou, le gouvernement de Japarov est le seul à prendre des décisions symboliques pour conforter Moscou. Comme par exemple, le 03 mai dernier ou le pays a pris ma décision de changer l’emblème de son service de douane car ressemblant trop à celui de l’OTAN.
Mais exception faite du Kirghizistan, globalement la dynamique des pays d’Asie Centrale est à la désolidarisation avec Moscou depuis le début de l’«opération militaire spéciale». En incitant via des peines de prison leurs ressortissants à ne pas s’engager dans le conflit mais également en accueillant des citoyens russes fuyant les ordres de mobilisations. D’autres vont encore plus loin comme le Kazakhstan seul pays d’Asie Centrale à avoir voté pour la résolution présentée le 26 avril devant l’assemblée générale de l’ONU reconnaissant l’agression de la Russie contre l’Ukraine. Malgré cela, le président Tokayev a tout de même décidé de se rendre à la parade du 9 mai de peur d’offenser Moscou. Sa visite ainsi que celle des autres chefs d’État d’Asie Centrale montrent bien la dépendance militaire, politique et économique qui existe toujours vis-à-vis de la Fédération de Russie.
À propos de l'auteur
Maxime Delaye
Biographie non renseignée



