Relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Union Européenne – Point de situation au 31/01/2025

Réactions européennes suite à la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines
La victoire du républicain Donald Trump face à la démocrate Kamala Harris le 5 novembre dernier a entraîné des réactions mesurées au sein de l’Union européenne, contrastant avec celles survenues lors de sa première élection en 2016. La présidente de la Commission Européenne, Ursula Von Der Leyen, sur X, le « félicite chaleureusement », et propose de travailler « ensemble sur un programme transatlantique solide qui continue de répondre à leurs attentes [des Etats-Unis] ». La présidente du Parlement européen Roberta Metsola, sur X, a invité les Etats-Unis à « coopérer pour relever des défis géopolitiques sans précédent ». En effet, la volonté commune est de concilier les intérêts des deux nations et d’éviter les désaccords. A plusieurs reprises, Donald Trump a menacé d’arrêter les aides à l’Ukraine et d’augmenter les droits de douanes avec les pays de l’Union Européenne.
Ursula Von der Leyen a réagi sur X, au sujet de l’investiture de Donald Trump, le 20 janvier, en tant que 47ème Président des États-Unis : « Meilleurs vœux, Monsieur le Président, Donald Trump, pour votre mandat de 47e président des États-Unis. L’UE se réjouit de travailler en étroite collaboration avec vous pour relever les défis mondiaux. Ensemble, nos sociétés peuvent parvenir à une plus grande prospérité et renforcer leur sécurité commune. C’est là la force durable du partenariat transatlantique ».
Donald Trump, présent à la cérémonie d’inauguration de Notre-Dame-de-Paris
Le 7 décembre dernier à Paris se tenait la cérémonie d’inauguration de Notre-Dame-de-Paris. Un événement unique et fédérateur où beaucoup de dirigeants et d’acteurs étrangers ont été conviés. Un cliché a par ailleurs marqué les esprits, celui de Donald Trump, Volodymir Zelensky et Emmanuel Macron à l’issue d’une rencontre à l’Élysée en amont de l’événement. Macron a déclaré sur X : « Etats-Unis, Ukraine et France. Ensemble en ce jour historique. Rassemblés pour Notre-Dame ». Le futur président américain a notamment promis de régler rapidement le conflit entre l’Ukraine et la Russie.
A l’inverse, Ursula Von Der Leyen, ne s’est pas déplacée. Est-ce en raison de son désaccord avec la France concernant l’accord de libre-échange du Mercosur ? Pour justifier de son absence, sa porte-parole a évoqué une « mauvaise communication interne ».
Quelle posture adopter face à la future politique protectionniste de Donald Trump ?
Le président américain élu a déjà fait entendre sa voix sur les relations commerciales transatlantiques, menaçant d’imposer une taxe de 10 à 20 % sur les produits européens exportés vers les États-Unis. Durant sa campagne, Donald Trump avait comparé l’UE à une « mini Chine », qui profiterait des États-Unis grâce à des excédents commerciaux massifs ». Il a aussi dénoncé à plusieurs reprises les faibles dépenses militaires des pays européens, notamment ceux membres de l’Otan. La présidente de la BCE, Christine Lagarde déclare au Financial Times, préférer la négociation à l’opposition : « Je pense qu’il s’agit d’un meilleur scénario qu’une stratégie de représailles pure et simple […], où personne n’est vraiment gagnant ».
L’Union Européenne face aux menaces de Donald Trump et Elon Musk
Tandis que les récents bouleversements internes (instabilité politique, montée de l’extrême droite, situations économiques délicates) fragilisent la France et l’Allemagne, la Pologne assume la présidence tournante de l’Union européenne pour la période de janvier à juin 2025, succédant à la Hongrie dirigée par le Premier ministre eurosceptique Viktor Orbán. Désormais, les attentes se tournent vers le Premier ministre polonais, Donald Tusk, à la tête d’un pays militairement très dépendant des États-Unis, pour qu’il assure un leadership solide au sein de l’Union.
Parallèlement, des tensions émergent entre Elon Musk, multimilliardaire et propriétaire de X, Tesla, et SpaceX, et plusieurs dirigeants européens. Il est accusé d’interférer dans des affaires européennes, notamment en soutenant l’AFD, parti d’extrême droite, en vue des prochaines élections allemandes. Ces actions ont provoqué des vives réactions.
En effet, Emmanuel Macron accuse Elon Musk de soutenir une « internationale réactionnaire ». Olaf Scholz, chancelier allemand sortant, traité d’« imbécile incompétent » par le sud-africain, répond dans le magazine Stern, en évoquant de « riches entrepreneurs médiatiques qui n’apprécient pas la politique sociale-démocrate et ne se retiennent pas d’exprimer leurs opinions » et en ajoutant « Il faut garder son sang-froid ». Jonas Gahr Støre, Premier ministre norvégien, exprime son inquiétude : « Je trouve préoccupant qu’un homme avec un accès considérable aux réseaux sociaux et d’importantes ressources économiques s’implique de manière si directe dans les affaires internes d’autres pays », au micro de la radio publique norvégienne NRK. Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, appelle la Commission européenne à réagir face à ces ingérences.
Dans le même temps, Mark Zuckerberg, dirigeant de Meta, semble adopter des positions similaires à celles de Musk, prônant une liberté numérique sans régulation. Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, a mis en garde sur X : « Les plateformes de médias sociaux jouent un rôle considérable dans la vie quotidienne des citoyens, mais leur influence sociale et économique est immense. En Europe, nous œuvrons pour un environnement numérique sûr et équitable (…) Notre tâche est de garantir le respect des droits des citoyens européens et l’application de notre législation, afin d’assurer des conditions de concurrence équitables et un espace en ligne sécurisé pour tous. »
Tensions transatlantiques : Aspirations territoriales et politiques
Les tensions transatlantiques se sont intensifiées avec les récentes déclarations du président américain Donald Trump, qui a évoqué son intention d’annexer le canal de Panama, le Canada, et surtout le Groenland – un territoire autonome appartenant au Danemark et, par extension, à l’Union européenne. Face à ces menaces informelles, les institutions européennes restent pour l’instant discrètes. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a toutefois réaffirmé la souveraineté du Groenland :
« La population groenlandaise est fermement attachée à son autonomie. Le Groenland n’est pas à vendre, et il ne le sera pas à l’avenir. Le Groenland appartient à son peuple. »
Un double hommage transatlantique
C’est avec une vive émotion que les États-Unis et l’Union européenne ont rendu hommage à l’ancien président américain Jimmy Carter, décédé le 29 décembre 2024, à l’âge de 100 ans (1924-2024). Président des États-Unis de 1977 à 1981, Carter laisse un héritage fort salué par Ursula Von Der Leyen, le qualifiant de « leadership moral », soulignant « qu’il a servi son pays avec honneur – et humanité, avec compassion ». La présidence du Parlement européen, Roberta Metsola a salué son engagement pour la paix et les droits de l’homme.
Quelques jours plus tard, un autre hommage a marqué les esprits, cette fois dans un contexte tragique. À la suite de l’attentat meurtrier survenu à La Nouvelle-Orléans le 1ᵉʳ janvier 2025, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne a exprimé sur X sa solidarité envers le peuple américain ainsi qu’en réaffirmant l’engagement de l’Union européenne à lutter contre le terrorisme aux côtés de ses alliés transatlantiques : « Je suis profondément attristé par l’horrible attaque à la Nouvelle-Orléans. Mes pensées vont aux victimes et à leurs familles. Nous devons rester unis dans la lutte contre la violence et le terrorisme et œuvrer ensemble pour un avenir plus sûr. »
À propos de l'auteur
Thibaut Eudier
Thibaut Eudier est diplômé de plusieurs Masters (administration publique, communication, relations internationales) et cumule plusieurs expériences professionnelles en relations presse, chez Keolis et France Médias Monde. Il a également effectué de nombreux travaux universitaires sur des thèmes variés : ingérences étrangères, stratégies de communication en Occident, relations diplomatiques entre l'Union Européenne et les Etats-Unis sous l'ère de G.W.Bush.



