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Relation Géorgie – UE / US / Russie / Ukraine et politique intérieure géorgienne – Point de situation au 12/05/23

Publié le 12/05/2023
6 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

A l’occasion de la Journée de l’Europe à Tbilissi le 6 mai, le Premier ministre géorgien Irakli Garibashvili a prononcé un discours dans lequel il a déclaré : «Je crois que nos amis européens et les États membres de l’UE prendront la seule bonne décision politique d’accorder le statut de pays candidat à l’UE à la Géorgie et au peuple géorgien, car notre pays, notre peuple, notre gouvernement et nos autorités méritent le statut de pays candidat à l’UE. Bien sûr, nous comprenons bien qu’il s’agit d’un acte symbolique, mais aussi d’une décision vitale».

Pour autant, cette semaine a été marquée par la signature le 8 mai par le président russe Vladimir Poutine d’un décret supprimant les exigences de visa pour les citoyens géorgiens à compter du 15 mai 2023 et d’un deuxième décret levant l’interdiction des voyages aériens directs entre la Russie et la Géorgie datant du 2 juin 2019 suite aux manifestations géorgiennes contre la prise de parole d’un député russe au Parlement depuis le siège habituellement réservé à son président.

Ce qui a été décrit par la présidente géorgienne Salomé Zourabishvili comme «une nouvelle provocation russe». Elle a demandé, en s’adressant aux journalistes, «que le Conseil de sécurité nationale se réunisse pour envisager l’introduction d’une obligation de visa de trois mois [pour les citoyens russes]». Si le parti au pouvoir «Rêve géorgien» a exprimé par la voix de plusieurs de ses membres comme Ilia Darchiashvili, le ministre des Affaires étrangères, une «décision bienvenue pour tout gouvernement responsable», le résultat du retard de la décision de l’UE d’accorder le statut d’État candidat pour le vice-président du parlement Archil Talakvadze, et que le président du Parlement Shalva Papouashvili a justifié ce jeu d’équilibriste de la façon suivante : «d’une part, nous aidons les efforts internationaux pour forcer la Russie à arrêter sa guerre d’agression en Ukraine par des sanctions. D’autre part, nous n’imposons pas de sanctions bilatérales supplémentaires fondées sur les intérêts nationaux de notre population, afin de ne pas aggraver les relations», de nombreuses critiques ont émané de l’opposition.

Ainsi selon Civil.ge, Tinatin Bokuchava du «Mouvement National Uni» aurait déclaré : «L’État occupant ne considère plus la Géorgie comme un État hostile, car il est clair pour tout le monde qu’il y a une force pro-russe dans le gouvernement géorgien aujourd’hui» ; Giorgi Gakharia du parti «Pour la Géorgie» : «La décision de la Russie de reprendre les vols et de lever les restrictions de visa est le résultat du « bon comportement » du gouvernement géorgien, pour lequel le gouvernement géorgien est souvent salué par les hauts responsables russes» ; Salome Samadashvili du parti «Lelo pourla Géorgie» : «Aujourd’hui, la tâche principale de la Russie est de faire tout son possible pour que notre pays n’obtienne pas le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne, et il est clair que son allié est le gouvernement même qui gouverne le pays aujourd’hui» ; et Giorgi Vashadze de «Stratégie Agmashenebeli» : «Poutine et son régime ont apprécié la loyauté du Rêve Géorgien».

La délégation de l’UE en Géorgie a également réagi dans les termes suivants : «L’UE encourage la Géorgie, qui aspire à devenir pays candidat à l’UE, à s’aligner sur l’UE et d’autres pays dans leurs sanctions contre la Russie également dans le secteur de l’aviation, et à rester vigilante quant à toute tentative éventuelle de les contourner. De plus, à la lumière des problèmes de sécurité importants notifiés à la Russie par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) des Nations unies, la Géorgie ne devrait pas autoriser l’entrée sur son territoire d’aéronefs russes dangereux. En raison des sanctions de l’UE, 95 % de la flotte aérienne russe n’est pas en mesure de mettre à jour et de moderniser ses avions, ce qui est essentiel pour maintenir les normes techniques et de sécurité internationales nécessaires». Kelly Degnan, l’ambassadrice états-unienne en Géorgie a déclaré quant à elle «je pense que si M. Poutine voulait montrer qu’il se souciait de la Géorgie, il retirerait les forces russes d’Abkhazie et de Tskhinvali. Il respecterait les obligations découlant de l’accord de cessez-le-feu de 2008 et il annulerait la reconnaissance par la Russie de l’Abkhazie et de Tskhinvali. Ce seraient des signes que je pense que les Géorgiens apprécieraient comme un geste vrai, un geste sincère. […] La Géorgie n’a pas à dépendre et à redevenir dépendante de la Russie. Cela donne à la Russie un effet de levier dangereux sur votre économie, et nous avons vu dans de nombreux autres pays comment la Russie utilisera cela contre votre pays quand elle le voudra. La Géorgie n’a pas besoin de retomber dans ce piège avec les sanctions. Nous avons besoin de plus d’informations sur la manière dont le gouvernement géorgien va réagir à cela, sur les détails de ces vols potentiels avant de pouvoir établir s’il existe un contrôle des exportations ou des sanctions qui s’appliquent à cette situation, mais j’imagine qu’il y en aura». Le porte parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko a évoqué, quant à lui, «un pacte avec le diable» précisant «et dans un pacte avec le diable, comme vous le savez, c’est le diable qui gagne. Nous considérons la décision de Vladimir Poutine d’annuler les visas russes pour les citoyens géorgiens et de rétablir les voyages en avion comme une compensation politique au refus de l’actuel gouvernement géorgien d’imposer des sanctions à la Russie en réponse à son attaque contre l’Ukraine, ainsi qu’au ralentissement de son intégration européenne. […] L’expérience du Bélarus, dont la souveraineté et l’indépendance ont été absorbées par la Fédération de Russie, en est la meilleure preuve».

À propos de l'auteur

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Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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