Processus de résolution du Conflit du Karabakh – Point de situation au 31/03/23

L’administration présidentielle azerbaïdjanaise a renouvelé son invitation le 27 mars aux représentants de la population arménienne du Karabakh à se rendre à Bakou «aux fins de réintégration des représentants du public arménien du Karabakh ainsi que pour discuter de la mise en œuvre de projets d’infrastructure au Karabakh ». Cette proposition a de nouveau fait débat et le «ministère des Affaires étrangères du Haut-Karabakh» a déclaré le 28 mars que «les conditions proposées par la partie azerbaïdjanaise concernant le lieu et l’ordre du jour de la réunion, ainsi que le contexte dans lequel la proposition a été faite, [indiquaient] que l’objectif des autorités azerbaïdjanaises [n’était] pas d’avoir une véritable discussion sur les problèmes existants, mais de perturber une possible dialogue ou d’imposer leur propre programme politique par la coercition, le blocus, la création de conditions de vie insupportables et le recours à la force militaire» réitérant «l’inadmissibilité de la politisation du dialogue sur les questions techniques et humanitaires » et soulignant que « les questions politiques du règlement du conflit Azerbaïdjan-Karabakh [devaient] être discutées dans un format de négociation convenu et établi au niveau international». La partie azerbaïdjanaise aurait réaffirmé, selon APA, le caractère domestique de la question par la voix du député de Khankendi Tural Ganjali : «Nous considérons le dialogue avec les résidents arméniens du Karabakh et la question de leur intégration comme une affaire intérieure de l’Azerbaïdjan».
Le président du Conseil européen Charles Michel s’est entretenu au téléphone avec le Premier ministre arménien et le président azerbaïdjanais les exhorant selon le communiqué de presse du Conseil européen à «rechercher des solutions de compromis et à s’abstenir de toute action pouvant entraîner des risques d’escalade», ce qui a été traduit en ces termes par la partie arménienne : «les interlocuteurs ont fait référence à la situation de crise persistante résultant du blocage illégal du corridor de Latchin par l’Azerbaïdjan» tandis que la partie azerbaïdjanaise a soutenu que «les affirmations de l’Arménie concernant la prétendue fermeture de cette route [Latchin – Khankendi] [étaient] entièrement fausses». Nikol Pachinian a, lui, déclaré le 30 mars : «les informations de Bakou sur les transports militaires sont un mensonge de propagande, dont le but est de créer une légitimité pour une éventuelle escalade», propos critiqués par le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais qui a affirmé : «Ce n’est un secret pour personne que l’Arménie poursuit ses activités agressives tout en présentant son pays comme une démocratie. […] Il est bien connu que le refus du Premier ministre arménien de la présence des forces armées arméniennes sur le territoire de l’Azerbaïdjan n’est pas conforme aux déclarations d’autres responsables arméniens sous son autorité directe et du ministère de la Défense».
La visite de Laurent Wauquiez, président du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, en Arménie et notamment à l’entrée du corridor de Latchin le 29 mars, a été remarquée. Il a rencontré à Erevan le «ministre des Affaires étrangères du Haut-Karabakh», Sergeï Ghazarian, avec lequel il a participé à une conférence de presse conjonite, annonççant que la Région AURA soutiendrait l’organisation d’un convoi humanitaire vers le «Haut-Karabakh» en collaboration avec les organisations représentatives de la communauté arménienne de France. Il aurait déclaré, selon Armenpress qu’«une attaque contre Siounik équivaudrait à une attaque contre Auvergne-Rhône-Alpes». Il aurait également, décidé de d’avoir un accord de coopération entre la région AURA et la province de Syunik. Le 31 mars, il a rencontré le Premier ministre arménien Nikol Pachinian à Erevan. Une démarche vertement critiqué par le MAE azerbaïdjanais en ces termes : «les autorités françaises doivent mettre un terme à ces activités de provocation. Conformément à la législation de la République d’Azerbaïdjan, ainsi qu’aux règles et normes internationalement reconnues, toute activité humanitaire dans les territoires souverains de l’Azerbaïdjan doit être convenue et coordonnée avec le gouvernement azerbaïdjanais».
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



