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Processus de résolution du Conflit du Karabakh – Point de situation au 28/04/23

Publié le 28/04/2023
7 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Cette semaine a été marquée par la visite de la ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, en Azerbaïdjan et en Arménie le 27 avril. Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a publié une déclaration dans laquelle on peut lire : «Le ministre Djeyhoun Bayramov, évoquant la participation de la France au processus de négociation pour la résolution du conflit passé a souligné que la position affichée par la France pendant la période post-conflit n’a pas contribué au processus de paix». De son côté le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a déclaré : «  Je tiens à souligner que je suis très satisfait de la dynamique que nous observons dans nos relations. […]  Je voudrais exprimer ma gratitude particulière au Président, à vous, au Gouvernement français pour l’attention portée aux problèmes de notre région, en particulier la crise autour du Haut-Karabakh et du corridor de Lachin» et la ministre française aurait déclaré : «Je visite votre pays pour la première fois et je vous transmets sans tarder les salutations amicales du Président. Vous savez que la France est amie de l’Arménie, soutient l’Arménie, et beaucoup de choses nous lient à ce pays». Selon le compte rendu du MAE arménien «les interlocuteurs [auraient] souligné la nécessité de la mise en œuvre immédiate de la décision de la Cour internationale de justice et du déblocage du corridor de Lachin par l’Azerbaïdjan. L’inacceptabilité des actions unilatérales de l’Azerbaïdjan, y compris la mise en place d’un point de contrôle dans le corridor de Lachin, [aurait] été soulignée».

Lors d’une interview accordée à Armenpress, Catherine Colonna s’est dite favorable à ce que «des négociations s’engagent entre les représentants du Haut-Karabagh et les autorités azerbaïdjanaises sur le contenu des droits et garanties pour la population, avec le soutien de la communauté internationale» précisant que cela impliquait «le rétablissement de la libre circulation le long du corridor de Latchin». Elle a également rappelé que «l’ouverture d’une Mission de défense au sein de l’Ambassade de France à Erevan [devait] permettre d’intensifier la coopération bilatérale dans ce domaine clé» Le 24 avril, le ministère des Affaires étrangères arménien recevait également une délégation du Sénat français dirigé par Bruno Retailleau, chef du groupe «Les Républicains» et soutien indéfectible de l’Arménie, le jour même de la commémoration du génocide arménien, pour discuter de sécurité et de stabilité régionale.

Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a également réagi aux propos de Nikol Pachinian du 27 avril lors de la réunion du gouvernement en ces termes : «Nous rejetons catégoriquement les affirmations absurdes du Premier ministre arménien […] Toute intervention de la partie arménienne dans la question de l’établissement d’un point de contrôle frontalier sur son territoire souverain, qui est une affaire intérieure de l’Azerbaïdjan, est une revendication contre la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan et va à l’encontre des engagements pris par l’Arménie à Prague et à Sotchi […] Contrairement aux dispositions de la déclaration tripartite après la guerre patriotique de 44 jours, les actions de la partie arménienne qui contribuent à aggraver la situation comprennent la poursuite des provocations militaires contre l’Azerbaïdjan, l’utilisation de la route pour des activités illégales, le transport d’armes et de mines, et le retrait complet des forces armées arméniennes du territoire azerbaïdjanais, […] prendre cette mesure servira à prévenir efficacement les activités illégales mentionnées. […] contrairement aux affirmations du Premier ministre, selon la déclaration tripartite, l’Azerbaïdjan a des pouvoirs et des droits souverains sur la route de Lachin. Comme toujours, l’Azerbaïdjan garantit la sécurité des citoyens, des véhicules et des marchandises circulant sur la route Lachin-Khankendi dans le cadre de ses obligations et continuera à prendre les mesures appropriées dans ce sens. L’affirmation absurde du Premier ministre selon laquelle l’établissement du point de contrôle frontalier vise le « nettoyage ethnique » est inacceptable. Il existe des conditions appropriées pour le passage transparent, sûr et ordonné des résidents arméniens locaux de la région du Karabakh de la République d’Azerbaïdjan depuis la gare dans les deux sens».

Les propos de Nikol Pachinian était les suivants : «L’Azerbaïdjan a longtemps aggravé la situation dans la région, cette fois en installant illégalement un point de contrôle dans le couloir de Lachin reliant le Haut-Karabakh à l’Arménie […] Cet objectif est de procéder au nettoyage ethnique et au génocide des Arméniens du Haut-Karabakh, et cela devrait être au centre de notre attention à tous, la communauté internationale. […] La question […] est la suivante : dans quelle mesure l’Azerbaïdjan se considère-t-il obligé de remplir ses obligations internationales ? La mise en place d’un point de contrôle dans le corridor Lachin est une violation flagrante du paragraphe 6 de la déclaration trilatérale du 9 novembre 2020. J’ai déjà dit que depuis le 9 novembre 2020, l’Azerbaïdjan a violé presque tous les points de la déclaration trilatérale. […] Personne, à l’exception de la Fédération de Russie, ne devrait exercer de contrôle sur le corridor de Lachin. L’Azerbaïdjan ne devrait pas entraver la libre circulation le long du corridor. […] Les droits et la sécurité des Arméniens du Haut-Karabakh devraient faire l’objet de négociations entre Stepanakert et Bakou au format international. […] Les efforts de l’Azerbaïdjan pour transformer le Haut-Karabakh en un nouvel échafaudage pour les Arméniens doivent être contrecarrés, et le seul moyen fiable d’y parvenir est la présence au Haut-Karabakh de représentants dotés d’un large mandat international».

Le ministère russe des Affaires étrangères s’est exprimé le 24 avril sur la dégradation de la situation au Kazrabakh se disant gravement préoccupé devant l’ «augmentation du nombre de violations du cessez-le-feu et d’incidents divers, qui font régulièrement des victimes des deux côtés» et considérant également que «le degré accru de rhétorique accusatrice et agressive dans l’espace public de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie n’est pas moins dangereux» et que «bon nombre des problèmes qui se sont posés sont le résultat de plusieurs mois d’inactivité et de l’absence de progrès dans le processus de négociation sur les grandes lignes des accords trilatéraux entre les dirigeants de la Russie, de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie, y compris le déblocage des transports communications dans la région, le lancement du processus de délimitation de la frontière arméno-azerbaïdjanaise et l’harmonisation des paramètres d’un traité de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie». Et Maria Zakharova, sa porte parole a également déclaré le 27 avril : «nous notons que les tentatives des collègues français et américains de convaincre tout le monde qu’ils sont guidés par le seul intérêt de parvenir à la paix dans le Caucase du Sud sont désavouées par leurs attaques antirusses régulières […] De telles déclarations renforcent notre sentiment que les véritables aspirations de Washington et de Paris sont opportunistes et politisées, visant à saper la position de la Russie. La préoccupation concernant le sort des peuples de la région n’est manifestement pas incluse dans leurs plans».

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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