Processus de résolution du Conflit du Karabakh – Point de situation au 26/05/23

Suite aux réunions tenues entre les ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais à Moscou les 18 et 19 mai incluant une rencontre trilatérale avec Sergueï Lavrov, le Premier ministre arménien a déclaré le 18 mai que «l’Azerbaïdjan [reconnaissait] l’intégrité territoriale de l’Arménie sur 29 800 kilomètres carrés, et que l’Arménie [reconnaissait] l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan sur 86 600 kilomètres carrés» avant de préciser lors d’ une conférence de presse le 22 mai relayée par plusieurs médias locaux (Armenpress, News.am, Ekhokavkaza) que «les 86 600 km2 [incluaient] le Haut-Karabakh» et que «la question des droits et de la sécurité des Arméniens du Haut-Karabakh [devait] être discutée au format Bakou-Stepanakert» et qu’il était aussi « extrêmement important de créer des garanties internationales pour les pourparlers directs entre Stepanakert et Bakou » exprimant des craintes que «la question des droits et de la sécurité des Arméniens du Haut-Karabakh ne soit oubliée et que l’Azerbaïdjan puisse poursuivre sa politique de nettoyage ethnique et de génocide contre les Arméniens du Haut-Karabakh par la force».
S’il n’y a rien de très nouveau dans cette déclaration du pouvoir arménien qui a depuis plusieurs mois adopté cette position, elle a provoqué à nouveau «la colère et l’indignation» de «l’Assemblée nationale» des autorités autoproclamées du Karabakh comme exprimé dans la déclaration qu’elle a adoptée à l’unanimité le 22 mai au soir précisant : «En fait, avec cet engagement, Nikol Pashinyan viole grossièrement la déclaration d’indépendance de la République d’Arménie et les dispositions de la Constitution arménienne sur l’Artsakh, en particulier le principe impératif de la décision du 8 juillet 1992 du Conseil suprême de la République d’Arménie qui se lit «considérer comme inacceptable pour la République d’Arménie tout document international ou national dans lequel la République du Haut-Karabakh sera mentionnée comme faisant partie de l’Artsakh». Nous réaffirmons une fois de plus que le statut de l’Artsakh a déjà été déterminé par la Déclaration populaire du 10 décembre 1991 et qu’aucune autorité n’a le droit de l’annuler» tout en appelant «les anciens et actuels présidents d’Arménie et d’Artsakh, leur demandant de condamner les déclarations faites par Nikol Pashinyan le 22 mai 2023» sous peine de considérer leur silence comme «un signe d’accord avec le Premier ministre de la République d’Arménie». Ces dernières remarques n’ont pas manqué de faire réagir l’ancien «président de l’Artsakh» et ancien président de l’Arménie Robert Kotcharian qui les a qualifié d’ «inappropriées et insultantes» accusant les autorités de l’enclave d’avoir adopté une «docilité» à l’égard du pouvoir arménien malgré les récents soulèvements populaires, par «désir de [lui] plaire» sans tenir compte de ses propres avertissements. Les déclarations de Nikol Pachinian ont aussi été fermement condamnées par le «président de la république d’Artsakh» Arayik Haroutiounian le 24 mai à la télévision qualifiant la reconnaissance de «l’Artsakh» comme partie intégrante de l’Azerbaïdjan comme «une ligne rouge» et parlant de «politique génocidaire» de l’Azerbaïdjan ou de «peuple arménien autochtone sur l’Artsakh». Il a également annoncé la suspension de «toutes les discussions concernant l’organisation d’élections présidentielles et législatives extraordinaires, ainsi que la proposition de référendum de confiance présentée récemment par le Président de l’Assemblée nationale», réitérant ses déclarations de décembre 2020 selon lesquelles sa démission interviendrait «dès que des conditions favorables se présenteront et que des élections présidentielles et législatives anticipées pourront être organisées», et annonçant des restrictions à la liberté de rassemblement.
Le 25 mai, a eu lieu la 30ème réunion du Conseil économique suprême eurasien à Moscou à laquelle a assisté Nikol Pachinian. Ilham Aliev, le président azerbaïdjanais a été invité à cette réunion au format élargi dans un second temps et pour la première fois, en compagnie des président de l’Ouzbékistan (Etat observateur) et du Tadjikistan. Un échange assez tendu a eu lieu entre les deux dirigeants caucasiens durant une dizaine de minutes, interrompue par le président russe lui même du fait de l’évocation par le président azerbaïdjanais du projet de «corridor du Zanguezour» bien qu’en spécifiant «le nom du corridor n’est en aucun cas un empiétement sur le territoire de quelqu’un».
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



