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Processus de résolution du Conflit du Karabakh – Point de situation au 25/03/23

Publié le 25/03/2023
8 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Preuve de la radicalisation des positions et de l’impasse des négociations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, les deux déclarations suivantes illustrant les deux visions opposées des deux parties. La position azerbaïdjanaise a été réaffirmée le 18 mars dernier à l’occasion de la visite du président Ilham Aliev en compagnie de sa femme et vice-présidente et de leur fille à Talish dans le district de Terter où des familles déplacées par la première guerre ont été réinstallées et au cours de laquelle il a prononcé un discours durant lequel il a déclaré : « Combien de temps devrons-nous encore faire face à des doubles standards ? Combien plus d’hypocrisie devons-nous affronter ? […] Aujourd’hui, l’Arménie, qui disait que «le Karabakh, c’est l’Arménie, point final» et nous menaçait d’une nouvelle guerre, se démène pour se trouver un nouveau patron. […] Il y a une condition pour qu’ils vivent confortablement sur une superficie de 29 000 kilomètres carrés : l’Arménie doit accepter nos conditions, reconnaître officiellement le Karabakh comme territoire de l’Azerbaïdjan, signer un traité de paix avec nous et effectuer des travaux de délimitation selon nos conditions. […] Si l’Arménie ne reconnaît pas notre intégrité territoriale, nous ne reconnaîtrons pas non plus leur intégrité territoriale».

Tandis que la réponse arménienne du ministère arménien des Affaires étrangères le même jour a été sans équivoque : « Avec cette politique de réinstallation illégale et la pratique de terroriser les Arméniens du Haut-Karabakh, Bakou fait tout pour rendre impossible la mise en œuvre de la disposition susmentionnée de la déclaration trilatérale [retour des déplacés sous contrôle des Haut-Commissariat des Nations Unies].[…] Malgré cela [déclaration de Sotchi et de Prague], le 18 mars, le président azerbaïdjanais a de nouveau annoncé que la délimitation de la frontière devait avoir lieu dans les conditions fixées par l’Azerbaïdjan. […] L’Azerbaïdjan maintient non seulement sous occupation les territoires souverains de la République d’Arménie […] mais a également introduit le soi-disant discours de «l’Azerbaïdjan occidental» et déclare pratiquement l’ensemble du territoire de la République d’Arménie en tant que terre azerbaïdjanaise.[…] De plus, le président azerbaïdjanais a violé l’engagement qu’il avait pris le 18 février 2023 de discuter avec les Arméniens du Haut-Karabakh de la question de leurs droits et garanties. Quelques semaines seulement après cet engagement, l’Azerbaïdjan a annoncé qu’il allait discuter de la question de «l’intégration des Arméniens du Karabakh» […] Dans la situation actuelle, il est nécessaire de lancer des mécanismes internationaux de prévention des génocides, d’envoyer une mission internationale d’enquête dans le corridor de Latchin et au Haut-Karabakh, ainsi que de condamner directement les actions et politiques agressives de l’Azerbaïdjan».

Deux positions apparemment irréconciliables en l’état actuel des négociations, chacune des parties ayant reconnue officiellement la souveraineté territoriale de l’autre sur la base des déclaration d’Alma-Ata de 1991 et de la Charte des Nations-Unies mais bloquant malgré tout le processus de délimitation des frontières.

Un petit rappel s’impose pour en expliquer les deux principales raisons sous-jacentes. D’abord l’Azerbaïdjan souhaite capitaliser sur sa victoire pour concrétiser le projet de «corridor du Zanguezour» le reliant à la Turquie dont il a été séparé au début du 20ème siècle par l’URSS. Ensuite parce que le pouvoir en place en Arménie, quoique d’orientation de plus en plus occidentale ces derniers mois au grand dam de la Russie, tient toujours sa légitimité politique, depuis l’émergence d’une nation arménienne indépendante, du soutien aux autorités séparatistes et auto-proclamées du «Haut-Karabakh» création soviétique, et exerçant leur pouvoir et entretenant des forces d’auto-défense sur un territoire officiellement azerbaïdjanais. Pour faire valoir leurs positions, chacun possède son atout. Du côté arménien le passé du génocide lui permettant d’adopter continuellement une position victimaire auprès de ses alliés occidentaux, et en premier lieu la France dont le pouvoir en place cède à chaque pression de la diaspora particulièrement en période électorale. Du côté azerbaïdjanais, les ressources énergétiques qui permettent d’assurer une diversification progressive des apports européens et sa proximité avec l’OTAN du fait de sa frontière avec l’Iran.

D’où un retour des discours aux implications historiques du conflit sur le temps long qui sont le signe d’un recul du format de négociations promu par la Russie, misant avant tout sur la reprise des échanges régionaux et maintenant les protagonistes sur la situation présente. Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a ainsi déclaré par la voix de son porte parole Aykhan Hadjizade le 19 mars : «cette déclaration démontre que l’Arménie, un État monoethnique qui a poursuivi une politique de nettoyage ethnique à grande échelle contre les Azerbaïdjanais pendant des décennies, ne s’est pas abstenue de l’objectif odieux poursuivi par l’installation illégale d’Arméniens non seulement à partir de son propre territoire, mais aussi des pays du Moyen-Orient dans les territoires occupés de l’Azerbaïdjan, ainsi que «l’arménianisation» des territoires azerbaïdjanais, et l’objectif d’entraver le retour des Azerbaïdjanais de toutes les manières possibles. […] Il semble que l’Arménie, qui vient de se familiariser avec le droit international et le principe du respect de l’intégrité territoriale, devrait poursuivre ses lumières dans ce domaine». Le point de discorde actuel y est résumé en ces termes : «Si la partie arménienne est intéressée par la paix dans la région, elle devrait arrêter les tentatives d’ingérence et d’entrave des contacts résolus de réintégration des autorités centrales de l’Azerbaïdjan avec les résidents arméniens».

Les ministres des Affaires étrangères arménien et russe se sont rencontrés le 20 mars à Moscou et ont donné une conférence de presse conjointe au cours de laquelle Sergueï Lavrov a déclaré : «Nous assistons à des tentatives non déguisées de la part des pays occidentaux de creuser un fossé entre la Russie et l’Arménie […] de saper l’architecture de sécurité régionale, en pensant et en veillant également à leurs propres intérêts géopolitiques et égoïstes et non aux intérêts des pays situés ici» et il a souligné «l’importance du de formats régionaux plus larges, y compris la plate-forme consultative «3+3». Aux journalistes il a répondu : «On peut plonger dans l’histoire. Je ne veux pas faire ça. […] Nous soutenons la position exprimée par le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, qui a souligné qu’il part du fait que les questions relatives à la garantie de la sécurité des résidents du Haut-Karabakh, à la garantie de leurs droits, doivent être résolues entre les représentants du Karabakh et Bakou».

Le «ministère des Affaires étrangères du Haut-Karabakh» a réaffirmé le 21 mars le «droit à l’autodétermination de l’Artsakh» par le biais d’une déclaration affirmant : «Les violations généralisées et systématiques des droits du peuple d’Artsakh par l’Azerbaïdjan, y compris les massacres, les déportations, la torture et d’autres actes inhumains, sont non seulement encouragées, mais également coordonnées au niveau de l’État. Les autorités azerbaïdjanaises ne cachent même pas leurs intentions criminelles de procéder à un nettoyage ethnique et à un génocide en Artsakh. […] Nous rappelons que, selon le droit international et la pratique internationale, le déni et la suppression par la force du droit à l’autodétermination, accompagnés de violations massives des droits de l’homme, ainsi que le rejet des négociations comme moyen de résoudre les conflits, sont des motifs suffisants pour reconnaître le droit d’un peuple à établir un État indépendant».

Les États-Unis ont fait part de leur optimisme par la voix du secrétaire d’État Antony Blinken qui a déclaré le 22 mars: «Je pense qu’il y a sans exagération un moment d’opportunité qui serait profondément dans l’intérêt du peuple arménien, ainsi que de l’Azerbaïdjan» tandis que la porte parole du MAE russe, Maria Zakharova a déclaré : «nous sommes vraiment préoccupés par l’augmentation de la rhétorique hostile et l’augmentation du nombre d’incidents au Haut-Karabakh, la réticence des parties à rechercher des compromis pour résoudre la situation autour du corridor de Latchin». Pour Nikol Pachinian, Premier ministre de l’Arménie : « Il n’y aura pas de nouvelle escalade ! La communauté internationale doit soutenir fermement ce récit».

Cette affirmation n’en rappelle-t-elle pas d’autres avant la «guerre de 44 jours»?

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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