Processus de résolution du Conflit du Karabakh – Point de situation au 19/05/23

Les 13 et 14 mai plusieurs entretiens bilatéraux ont été conduits par le président du Conseil européen Charles Michel avec le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev ainsi qu’une réunion trilatérale. Le médiateur européen s’est exprimé par le biais d’une déclaration le 14 mai qualifiant les échanges de «francs, ouverts et axés sur les résultats» et informant que «les dirigeants [s’étaient] mis d’accord sur la reprise des rencontres bilatérales sur les questions frontalières» et soulignant de «nets progrès dans leurs discussions visant à débloquer les transports et les liaisons économiques dans la région» faisant part d’un rapprochement des positions «sur la réouverture des liaisons ferroviaires vers et via le Nakhitchevan». Il a également annoncé la libération de plusieurs détenus dans les semaines à venir.
Charles Michel a ainsi encouragé l’Azerbaïdjan à «s’engager dans l’élaboration d’un agenda positif dans le but de garantir les droits et la sécurité de cette population [les Arméniens vivant dans l’ancien Oblast autonome du Haut-Karabakh], en étroite coopération avec la communauté internationale» et il a évoqué «la nécessité d’un dialogue transparent et constructif entre Bakou et cette population». Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a également souligné l’importance de la «reconvocation de la réunion au «format bruxellois», interrompue pendant près de 9 mois en raison de diverses tentatives d’ingérence» faisant allusion à la position française de ces derniers mois.
Le «ministre des Affaires étrangères d’Artsakh» a réagi le lendemain avec les propos suivants : «Tant le contenu général de la déclaration que ses dispositions individuelles indiquent que les dirigeants de l’Union européenne continuent d’ignorer les droits et intérêts légaux du peuple d’Artsakh et ne sont guidés que par leurs propres intérêts géopolitiques et à court terme dans la région, au détriment des valeurs de démocratie et de droits de l’homme proclamées par l’Union européenne. […] Nous sommes convaincus que seule la reconnaissance du droit à l’autodétermination réalisé par le peuple d’Artsakh peut constituer la base d’un règlement stable du conflit et de l’établissement d’une paix et d’une stabilité durables et justes dans la région». Ces rencontres ont aussi été qualifiées de «honteuses» et de «grave violation, sinon un coup porté, aux droits de l’homme et à la démocratie» par David Babayan, «conseiller du président du Haut-Karabakh» lors d’une interview à News.am allant même jusqu’à déclarer : «Ce que nous voyons n’est pas seulement une répétition de l’accord de Munich, mais aussi une coopération plus étroite entre une démocratie pervertie et un totalitarisme florissant. De quelle démocratie parle-t-on ? Ce sont des gens corrompus d’un point de vue géopolitique. Michel veut nous conduire dans un camp de concentration ? C’est ce qui se passe. De quels mécanismes internationaux parle-t-on si le programme de Chamberlain est mis en œuvre ?».
La proximité des autorités autoproclamées de l’enclave avec la Russie a ainsi été souligné en ces termes : «Le moment est venu de clarifier également la position de la Russie en tant que principal garant de la mise en œuvre [de la déclaration trilatérale de novembre 2020]. […] Tant qu’il y aura des casques bleus russes, il n’y aura pas de massacre. La Russie est forte dans le Caucase du Sud depuis 300 ans, grâce aussi aux Arméniens d’Artsakh. Environ 50 000 Arméniens d’Artsakh sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale».
Selon lui, preuve de la radicalité des dirigeants autoproclamés de l’enclave «Il n’y a que deux issues : une lutte avec une fin inconnue ou un exode biblique digne visant à préserver le patrimoine génétique, comme les Juifs l’ont fait autrefois lorsqu’ils ont quitté l’Égypte».
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



