Processus de résolution du Conflit du Karabakh – Point de situation au 16/06/23

Suite à la réunion du groupe de travail trilatéral des vice-Premiers ministres d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Russie le 2 juin à Moscou marquée, selon le gouvernement russe, par «une atmosphère constructive», et qui aurait permis d’atteindre un accord commun «concernant la mise en œuvre de mesures concrètes pour rétablir et organiser la communication ferroviaire le long de la route Yeraskh – Julfa – Meghri – Horadiz» confirmé par la partie arménienne, les échanges des 4 et 5 juin entre le secrétaire du Conseil de sécurité arménien Armen Grigorian et le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais ont mis à jour des divergences persistantes. Si le premier a déclaré : «Nous avons fait quelques progrès concernant la délimitation des frontières par rapport à la carte de 1975, mais nous ne pouvons pas dire que la question est définitivement résolue», pour le second : «au lieu d’insister sur une référence spéciale à une carte de 1975, il serait plus utile que la partie arménienne commence le travail de délimitation» car selon lui «grâce à son expérience internationale, contrairement à l’Arménie, le processus de délimitation de l’Azerbaïdjan avec certains de ses voisins n’a pas été mené sur la base d’une carte spécialement sélectionnée, mais sur la base de l’analyse et de l’examen de tous les documents juridiquement significatifs [et] il [serait] également possible d’appliquer cette expérience avec l’Arménie». Le même jour, selon Armenpress, le ministre arménien des Affaires étrangères aurait déclaré : «Nous pensons que reconnaître l’intégrité territoriale de l’autre avec la carte de 1975 et entamer les négociations sur cette base serait une solution acceptable pour la République d’Arménie. Mais il n’y a pas d’accord définitif sur une carte spécifique».
Maria Zakharova a réagi négativement le 7 juin aux propos d’Armen Grigorian concernant les rapports à l’OTSC en ces termes : «Je voudrais que le représentant de haut rang de l’Arménie que vous avez mentionné prenne une décision entre avoir un dialogue normal […] ou faire de telles déclarations», alors que ce dernier avait à nouveau critiqué l’absence d’intervention de l’organisation face aux agressions azerbaïdjanaises en ces termes : «La soi-disant alliance militaire a proposé une mission d’enquête en Arménie après trois attaques contre l’Arménie. […] Être membre de l’OTSC a également créé certaines restrictions pour l’Arménie concernant la coopération avec d’autres partenaires de sécurité». De nouvelles demandes de ce dernier ont été effectué par ce dernier lors de la réunion du Comité des secrétaires des conseils de sécurité des pays membres de l’OTSC à Minsk le 8 juin, c’est à dire de «donner une évaluation claire et ciblée de la situation au Haut-Karabakh et à prendre des mesures efficaces pour s’assurer que les 120 000 Arméniens vivant au Haut-Karabakh ne soient pas soumis à un nettoyage ethnique».
La rencontre entre le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le Premier ministre russe Mikhaïl Mishutin le 7 juin à Sotchi a donné lieu à l’apologie des liens économiques forts entre les deux pays, le dirigeant arménien déclarant : «je suis très heureux que les affaires russes se portent bien en République d’Arménie». Il a également exprimé sa volonté «d’ouvrir les communications économiques et de transport régionales dans le cadre du principe de souveraineté, et de respect des juridictions des parties par lesquelles ces communications passeront».
Le même jour arrivait à Sotchi, le Premier ministre azerbaïdjanais Ali Asadov afin d’assister à la réunion du Conseil des chefs de gouvernement de la CEI, à la réunion du Conseil intergouvernemental eurasien et au troisième Congrès eurasien en tant qu’invité.
Le 13 juin, Alen Simonian, président de l’Assemblée nationale d’Arménie, a commenté la réunion du 2 juin à Moscou en précisant : «il existe des désaccords techniques. La principale ligne rouge dans la position de l’Azerbaïdjan est qu’ils soutiennent que leurs citoyens, lorsqu’ils voyagent de Bakou au Nakhitchevan, ne se déplacent pas de l’Azerbaïdjan vers un pays tiers et, à leur avis, cela implique une option facilitée. […] L’Arménie a son territoire souverain où les lois de l’Arménie sont appliquées.[…] L’Arménie a souligné qu’elle n’accorderait aucun couloir extraterritorial à travers son territoire», position réitérée par Nikol Pachinian lors de son entrevue avec le vice-Premier ministre russe Alexeï Overchuk à Erevan le 14 juin
Le 6 juin, le ministre des Affaires étrangères azerbaïdjanais rappelait au Conseil spécial permanent de l’OSCE sa détermination à «réintégrer les résidents de souche arménienne de la région du Karabakh en Azerbaïdjan dans le cadre politique, juridique, économique et social de l’Azerbaïdjan en tant que citoyens égaux» ce qui a donné lieu aux réponses suivantes de l’UE : «Nous appelons l’Azerbaïdjan à élaborer un programme positif qui protège les droits et la sécurité de la population arménienne du Haut-Karabakh. La situation actuelle est préoccupante et a eu un impact humanitaire négatif […] nous exhortons Bakou à prendre des mesures concrètes pour lever les contraintes pesant sur la population de souche arménienne en garantissant un approvisionnement énergétique stable et en permettant l’entretien du réseau électrique» et des Etats-Unis : «Faire le travail acharné maintenant pour parvenir à un accord de paix durable et durable, normaliser les relations, délimiter et délimiter les frontières, ouvrir les voies de transport et de communication et garantir les droits et la sécurité de toutes les personnes dans la région du Haut-Karabakh apportera de grands dividendes à l’Azerbaïdjan, à l’Arménie et à l’ensemble de la région. […] Comme point de départ pour améliorer la sécurité, nous appelons l’Azerbaïdjan à prendre des mesures pour assurer un approvisionnement constant en gaz et en électricité au Haut-Karabakh, ainsi que pour assurer la libre circulation et la circulation des biens et des personnes, y compris par le corridor de Latchin».
De même Josep Borell s’est exprimé le 12 juin autour de la situation de Latchin en ces termes : «la décision unilatérale de l’Azerbaïdjan de mettre en place ce point de contrôle particulier est totalement contraire aux efforts qui ont été déployés pour pour instaurer la confiance entre les différentes parties, en particulier pour les Arméniens du Karabakh, c’est une situation où ils sont coincés dans cette enclave particulière».
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



