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Processus de résolution du Conflit du Karabakh – Point de situation au 02/06/23

Publié le 02/06/2023
6 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Le discours du président azerbaïdjanais Ilham Aliev le 28 mai à Latchin selon lequel «un traité de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie est possible s’ils disent : le Karabakh, c’est l’Azerbaïdjan ! […] S’il [le traité de paix] est signé, c’est très bien, mais même s’il n’est pas signé, l’Etat azerbaïdjanais ne peut pas avoir de problèmes à cause de cela. Parce que nous sommes le camp le plus fort, c’est nous qui avons une position forte à la table des négociations, c’est nous qui avons une position forte à la frontière. Même si le traité de paix n’est pas signé, nous vivrons confortablement et en toute sécurité. […] Le poste frontière établi à la frontière le 23 avril devrait être une leçon pour les Arméniens vivant aujourd’hui dans la région du Karabakh. […] le livre du séparatisme est fermé. […] Par conséquent, il ne reste qu’une seule option : obéir aux lois de l’Azerbaïdjan, être un citoyen azerbaïdjanais loyal et normal, jeter les faux attributs de l’État à la poubelle et dissoudre le «parlement». […] Nous sommes simplement patients. Cependant, tout le monde sait parfaitement que nous avons aujourd’hui toutes les chances de mener n’importe quelle opération dans cette région. […] Par conséquent, le «parlement» doit être dissous, l’élément qui se dit «président» doit se rendre, tous les «ministres», «députés» et autres doivent renoncer à leurs fonctions. Ce n’est que dans ce cas qu’une concession peut leur être faite. Ce n’est que dans ce cas que l’on peut parler d’amnistie» a fait l’objet de nombreuses critiques de la partie adverse.

A commencer par le Premier ministre arménien Nikol Pachinian qui a déclaré au Parlement le 29 mai «franchement, un certain nombre de déclarations faites par le président de l’Azerbaïdjan hier ne sont pas compréhensibles dans ce contexte». Le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan a parlé le même jour  d’une «autre déclaration belliciste faite par le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev le 28 mai, qui vise à anéantir les efforts de la République d’Arménie et de la partenaires internationaux, visant à instaurer la paix, la stabilité et la sécurité dans la région» et d’une déclaration ouverte «de procéder à un nettoyage ethnique si les Arméniens du Haut-Karabakh ne «tirent pas les leçons» du blocus du corridor de Lachin». Tandis que le «ministre des Affaires étrangères du Haut-Karabakh» a déclaré le 30 mai : «le président azerbaïdjanais a fait une série de déclarations belliqueuses et provocatrices contre la République d’Artsakh et ses institutions démocratiques, ainsi que la possibilité d’une reprise de hostilités de l’Azerbaïdjan contre l’Artsakh. Le fait que le président azerbaïdjanais ait une fois de plus recouru à des menaces ouvertes et à un chantage pur et simple ne laisse aucun doute sur le fait que l’Azerbaïdjan nie systématiquement la possibilité même de résoudre le conflit Azerbaïdjan -Karabakh par des négociations». Ce dernier a également réagi aux déclarations du département d’État américain félicitant le président azerbaïdjanais d’examiner la question de l’amnistie, ce qui a suscité «une profonde déception et une grande perplexité» tandis que le ministère des Affaires étrangères a déclaré : «Nous pensons que les États-Unis, sur la base de leurs propres valeurs de démocratie et de protection des droits de l’homme et de leur engagement et de leur implication dans l’établissement d’une paix durable dans la région, devraient répondre de manière adéquate à ces déclarations afin d’empêcher la politique expansionniste des dirigeants azerbaïdjanais».

Le 1er juin, le 2ème sommet de la Communauté Politique Européenne à Chisinau a permis une rencontre entre le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et le président du Conseil européen Charles Michel qui l’a qualifié de «très bonne rencontre» spécifiant avoir abordé avec les deux dirigeants caucasiens «tous les sujets dont [ils avaient] discuté à Bruxelles en mai – la connectivité, la sécurité et les droits, la délimitation des frontières, le traité de paix».

Le président de l’Assemblée nationale arménienne Alen Simonian aurait commenté en ces termes le 1er juin le processus de paix selon plusieurs médias locaux (Armenpress, News.am, Azatoutioun) : «Pour moi, la meilleure option serait d’avoir un pays comme garant. Nous avons vu la version des coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE. À mon avis, lorsqu’il y a plusieurs pays, soit les contradictions entre eux peuvent jouer un mauvais rôle, soit rien ne peut être convenu en déplaçant tout l’un vers l’autre. Je peux aussi vous donner l’exemple de l’OTSC : l’OTSC est une structure où les décisions sont prises sur la base du consensus général, vous avez vu que l’Arménie a refusé de signer un document qui ne lui convenait pas. Par conséquent, il est préférable d’avoir un seul pays, que ce soit la Russie, la France ou l’Allemagne. Il devrait y avoir un pays et un mécanisme clair. Le pays garant doit enregistrer et signer ce qui suit : si l’Azerbaïdjan décide soudainement de procéder à un nettoyage ethnique au Karabakh, alors il faut tirer. Mais que fait notre partenaire ? Elle appelle les parties à faire preuve de retenue. C’est ridicule et provoque l’indignation non seulement pour moi, mais pour nous tous».

Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a répondu à la déclaration française faisant suite à cette rencontre et stipulant que les deux parties avaient «confirmé leur engagement formulé à Prague» en ces termes : «Plus tard, la déclaration faite unilatéralement par le président français au sujet de la rencontre ne reflète pas et déforme la position des parties.
Malheureusement, ce n’est pas le premier cas d’un tel comportement de la part de la France, et cela ne contribue pas positivement au processus de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, ainsi qu’à la paix et à la stabilité dans la région
».

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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