Politique interne kirghize, tadjike et turkmène – Point de situation au 12/04/23

Le 1er avril au Kirghizistan a eu lieu la campagne environnementale nationale «Jashyl Muras» comme le rapporte le média 24.kg. L’évènement s’est déroulé plus précisément dans le parc «Yntymak» à Bichkek et a consisté en la plantation d’arbres sur une allée nommée symboliquement «Liberté d’expression», aménagée pour l’occasion. Le but était donc de souligner la «disponibilité et [l’ouverture des autorités] à un dialogue significatif et constructif avec […] les représentants des médias». Il est important de noter que seul l’attaché de presse du président Erbol Sultanbayev a pris la parole, le chef de l’Etat ainsi que le président du Cabinet des ministres, étant les grands absents de ce rassemblement officiel très critiqué.
L’évènement a en effet suscité la colère de nombreux représentants médiatiques, et notamment de l’organisation indépendante «Plateforme d’action des médias du Kirghizistan». Cette dernière a publié sur son site une déclaration qualifiant d’inappropriée la tenue d’un évènement aussi important le jour du poisson d’avril, surtout au regard de la pression à laquelle médias indépendants, journalistes et blogueurs du pays sont actuellement confrontés. Le média 24.kg a rédigé à l’occasion un article mettant à l’honneur certaines des affaires les plus médiatisées qui démontreraient des attaques répétées des autorités envers les «médias libres». Ces allégations semblent confirmées par l’organisation internationale des droits de l’homme Amnesty International qui a indiqué dans son rapport annuel que les libertés de réunion, d’association et d’expression au Kirghizistan étaient progressivement restreintes.
Les autorités quant à elles assurent le contraire, promouvant la liberté d’expression au sein du pays ainsi que le «bien-être du peuple», le tout sous une «gouvernance équitable» comme l’a formulé le président Sadyr Japarov le 07 avril, lors d’un discours pour le treizième anniversaire de la Révolution populaire d’avril publié sur le site officiel du Président de la République kirghize. Malgré tout, il existe une certaine hostilité des dirigeants vis-à-vis des médias indépendants et des protestations. En effet, depuis mars 2022 a été introduite par le département des affaires intérieures du district de Pervomaisky de Bichkek une interdiction de tenir des rassemblements dans le centre de la capitale. Cette dernière, dont la légalité fut reconnue par le tribunal, ne s’applique cependant pas «aux évènements officiels des États et des municipalités» comme le signale le média Kloop, qui évoque une prolongation de cette interdiction jusqu’au 1er juillet 2023. Cette décision fut évidemment une fois encore très critiquée et est considérée par de nombreux journalistes et médias indépendants comme «contraire à la Constitution et aux obligations internationales du pays». Le sujet a pris suffisamment d’ampleur ces derniers mois pour être évoqué le 30 mars lors de la cinquième série de consultations bilatérales annuelles entre la République kirghize et les États-Unis qui a eu lieu à Washington. Le communiqué de presse du ministère des Affaires étrangères kirghiz détaillant cette rencontre indique que l’un des sujets majeurs abordés lors des consultations portait sur la «Liberté des médias, démocratie et état de droit». Le vice-ministre des Affaires étrangères de la République kirghize Aibek Moldogaziev a alors annoncé que la volonté de l’Etat restait inchangée : assurer un «espace médiatique libre et diversifié».
Pour autant, les autorités continuent de réguler l’activité des médias, notamment via la loi actuelle «sur la protection contre les informations inexactes/fausses» qui permet «d’arrêter les activités des médias sans aucune procédure judiciaire» selon l’organisation «Plateforme d’action des médias du Kirghizistan» mentionnée plus tôt. Celle-ci est ainsi toujours sujette à des modifications comme l’indique la Cour Suprême de la République kirghize sur son site officiel. Il paraît cependant peu probable que les changements soient en faveurs des médias indépendants alors que le vice-président du Cabinet des ministres, Edil Baisalov, a déclaré sur sa page Facebook que le gouvernement prendrait des mesures contre les activités «hors limites» des blogueurs en réponse à l’affaire concernant le blogueur Ulukbek Karybek uulu que le média Kloop résume rapidement dans l’un de ses articles.
À propos de l'auteur
Alexiane Pradier
Biographie non renseignée



