Politique intérieure ukrainienne – Point de situation au 20/05/2024

Le 20 mai, le mandat de 5 ans du président ukrainien Volodymyr Zelensky prend fin. Il a été élu à la fonction suprême de son pays le 20 mai 2019, avec un score de 73,2 % des voix, laissant loin derrière lui son prédécesseur Petro Porochenko (24,5 %).
« Au cours des cinq prochaines années, je ferai tout pour que les Ukrainiens ne pleurent pas » : c’est par ces mots d’il y a 5 ans, le président ukrainien, nouvellement élu, terminait son discours inaugural. La partie clé du discours est la promesse de mettre fin à la guerre dans le Donbass. « Notre tâche principale est un cessez-le-feu dans le Donbass. On m’a souvent demandé : qu’êtes-vous prêt à faire pour un cessez-le-feu ? C’est une question étrange, qu’êtes-vous prêt à faire pour la vie de vos proches ? Je peux vous assurer que pour que nos héros ne meurent plus, je suis prêt à tout et je n’ai définitivement pas peur de prendre des décisions difficiles, je suis prêt à perdre ma popularité si nécessaire. Je suis prêt à perdre ma position sans hésitation afin que la paix puisse instaurer sans perdre nos territoires », a déclaré Volodymyr Zelensky.
Cinq années de sa présidence se sont désormais écoulées. À cet égard le sujet des élections a commencé à être discuté et a suscité de nombreuses interrogations : le président sera-t-il légitime après l’expiration de son mandat constitutionnel de 5 ans ?
D’une part, la loi martiale interdit directement la tenue de toute élection. Le Code électoral dit la même chose. En revanche, la Constitution n’interdit pas la tenue d’élections présidentielles et précise, sans aucune exception, qu’elles se tiendront au cours de la cinquième année de mandat, le dernier dimanche de mars. Cet argument est particulièrement défendu par les partisans de l’ancien président Petro Porochenko.
Par ailleurs, la position des autorités ukrainiennes est que la légitimité du président ne fait aucun doute. Ils se réfèrent à l’article de la Constitution stipulant que les pouvoirs du président actuel prennent fin le jour de l’entrée en fonction du nouveau président.
La position officielle des pays occidentaux est, en général, en faveur de Volodymyr Zelensky. Sa légitimité n’est pas contestée. Bien qu’un certain nombre de leaders admettent que le président ukrainien sera dans l’incertitude dans un avenir proche, sans aucune mesure évidente pour prolonger son mandat. En septembre 2023, les hommes politiques occidentaux multipliaient les appels pour organiser des élections malgré la guerre. Volodymyr Zelensky s’est alors déclaré prêt à organiser des élections si l’Occident les finançait et y envoyait ses observateurs.
Lors de la visite en Chine le 17 mai dernier, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que la question de la «légitimité de Volodymyr Zelensky» est importante pour la Russie en cas de signature d’accords visant à mettre fin à la guerre. «Pour la Russie, la question de la légitimité de Volodymyr Zelensky est importante ; les documents décisifs doivent être signés avec les autorités légitimes», a déclaré le dirigeant russe. Et il a ajouté que la question de la légitimité «doit être résolue par le système juridique et politique de l’Ukraine».
Cependant, le principal problème du président ukrainien réside dans la situation au front et à l’intérieur du pays, qui s’est récemment sensiblement aggravée. Et si Volodymyr Zelensky ne parvenait pas à inverser cette tendance, alors tous ses nombreux opposants à l’intérieur et à l’extérieur de l’Ukraine pourraient tenter d’utiliser cet argument pour faire pression sur lui.
À propos de l'auteur
Olga Chekhurska
Olga est diplômée d’une Licence en Sciences politiques de l’Université Paris Nanterre et d’un Master en Relations internationales à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales – Langues O’). Spécialisée en géopolitique de l’Europe centrale et orientale, et plus particulièrement de l’Ukraine, elle s’intéresse aux dynamiques politiques, sécuritaires et sociétales de la région.



