Humanitaire
Karabakh
Sécurité

Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Point de situation au 31/03/23

Publié le 31/03/2023
6 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Au 31 mars, les manifestations écologistes pro-gouvernementales azerbaïdjanaises ont atteint leur 110ème jour de mobilisation consécutif, permettant toujours et néanmoins, selon plusieurs médias locaux (Report.az, Trendnews.az, APA.az), le passage des véhicules des casques bleus russes (68 le 25/03,37 le 26/03, 79 le 27/03, 56 le 28/03 97 le 29/03, 88 le 30/03, 101 le 31/03) et du CICR (18 le 26/03, 8 le 27/03, 16 le 28/03, 8 le 29/03).

Le «Centre d’Information de l’Artsakh» qui a informé cette semaine du «blocage de la route Goris Stepanakert entre les villages d’Agavhno et de Tegh» et de l’interruption de la circulation entre «Stepanakert-Daybalichen-Lissagor permettant d’accéder aux villages de Hin-Chen, Mets-Chen, Ertsahogh et Lissagor de la région de Chouchi» comme du lancement prochain de nouvelles cartes de rationnement pour certains produits de consommation, a établi le bilan suivant le 31 mars : 980 citoyens privés de la possibilité d’une intervention chirurgicale, 229 personnes transférés en Arménie par le CICR depuis le 12 décembre, 9800 personnes ayant perdu leurs emplois, 782 entreprises ayant suspendu leur activité, une chute du PIB de 23 %, plus de 44 000 tonnes de produits de première nécessité non livrés depuis le 12 décembre, 20 000 enfants privés de «conditions stables pour une éducation appropriée». Le bulletin précise : «depuis le début du blocus aucun véhicule appartenant à un ressortissant d’Artsakh n’a pu emprunter cette route. Le mouvement des véhicules du CICR ou du contingent russe de maintien de la paix mêmes a chuté de 46 fois en 110 jours. Ainsi, au lieu de 101 200 véhicules en temps normal, 2 234 véhicules seulement ont emprunté la route dans les deux sens depuis le début du blocus. Ceux-ci appartiennent tous au CICR ou aux forces russes de maintien de la paix». 

Le ministère azerbaïdjanais de la Défense a informé le 25 mars qu’il avait pris «les mesures nécessaires pour réprimer le transport de munitions et d’autres moyens militaires » et pour empêcher «l’intensification des constructions illégales et travaux d’amélioration effectués par des Arméniens sur la route Khankendi-Khalfali-Turshsu et la route Khankendi-Kosalar-Mirzalar-Turshsu» puis le même jour par un autre communiqué de presse qu’il avait également « pris des mesures urgentes pour empêcher la conduite de travaux de génie (tranchées) par des membres d’un détachement armé arménien illégal sur le territoire de l’Azerbaïdjan, où les casques bleus russes sont temporairement déployés, sous couvert de travaux agricoles en direction de la colonie de Yukhari Veysalli dans la région de Fizouli». Démarche expliquée en ces termes par le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais : «ces mesures de l’Arménie montrent son intention de perturber intentionnellement le processus de paix, ainsi que son manque d’intérêt à assurer la paix et la stabilité dans la région, au milieu de la récente relance des efforts internationaux pour un accord de paix».

Le contingent russe de maintien de la paix a informé le 25 mars qu’«une unité des Forces armées azerbaïdjanaises […] [avait] traversé la ligne de contact dans la région de Choucha, occupé une hauteur située à une altitude de 2054,0 m […] et lancé des travaux d’ingénierie pour établir un poste», information corroborée par l’ «Armée de défense du Haut-Karabakh». Les 26 et 27 mars, la «Police du Haut-Karabakh» a fait état de tirs azerbaïdjanais sur des civils se livrant à des travaux agricoles «dans les colonies de Sos et de Taghavard» puis «en direction de Martakert». Les accusations arméniennes ont été renouvelées le 30 mars par la «Police du Haut-Karabakh» concernant des tirs sur des travailleurs agricoles «du village de Berdashen dans la province de Martuni» ainsi que «du village de Taghavard».

Le 30 mars, le ministère de la Défense azerbaïdjanais a informé avoir pris le contrôle de «plusieurs hauteurs entre les villages de Jaghazur et Zabukh de la région de Latchin, les routes principales et auxiliaires, ainsi que de vastes zones le long de la frontière» tandis que la «Police du Haut-Karabakh» déclarait de son côté : «la nouvelle route de terre Tegh-Kornidzor dans la province arménienne de Syunik contournant la route fermée est déjà prête, elle sera reliée à la nouvelle route Kornidzor-Hin Shen. […] Des travaux d’asphaltage sur la route Tegh-Kornidzor sont en cours d’exécution par la République d’Arménie. Le ministère de l’Intérieur informe que la route de terre Tegh-Kornidzor est praticable et, compte tenu du blocus en cours de l’Artsakh, il est possible d’acheminer des fournitures humanitaires vers l’Artsakh par les casques bleus russes et le Comité international de la Croix-Rouge», information confirmée par le Premier ministre arménien qui a informé : «Selon l’accord qui a été conclu, cette route devait être lancée d’ici le 1er avril 2023. Hier, nous avons informé la partie azerbaïdjanaise que, conformément à l’accord, la route continuera désormais exclusivement à travers le territoire de l’Arménie après le pont de Kornidzor et que les troupes de garde-frontières de la République d’Arménie prendront en charge la protection de la frontière d’État de la République d’Arménie sur ce tronçon», ainsi que par le service de sécurité nationale arménien.

Le 31 mars, l’Azerbaïdjan commémorait «le Jour du génocide des Azerbaïdjanais» à l’occasion duquel le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a publié une déclaration dans laquelle on peut lire : «Il y a 105 ans, en mars-avril 1918, des groupes armés dachnak-bolcheviques opérant sous le mandat du Soviet de Bakou ont perpétré des massacres brutaux contre des dizaines de milliers d’Azerbaïdjanais pacifiques à Bakou, ainsi qu’à Shemakhi, Quba, Erevan, Zanguezour, Karabakh, Nakhitchevan et dans la région de Kars. À la suite de massacres, plus de 16 000 personnes ont été brutalement assassinées et 167 villages ont été détruits rien qu’à Quba. La nature systématique et planifiée des massacres, qui faisaient partie intégrante de la politique nationaliste radicale arménienne de discrimination raciale et de nettoyage ethnique contre les Azerbaïdjanais, se manifeste dans les aveux de Stephan Shaumyan, commissaire extraordinaire du Caucase, un Arménien de souche, selon lequel 6 000 soldats armés du Soviet de Bakou et 4 000 soldats armés du parti Dashnaksoutioun ont pris part aux massacres».

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

Auteur vérifié

Articles à lire dans cette rubrique

Restez informé !

Recevez notre newsletter 4 à 5 fois par mois et restez en connexion avec l'actualité internationale.

  • Analyses mensuelles thématiques exclusives
  • Décryptage des enjeux mondiaux
  • Désabonnement facile à tout moment
Newsletter

Cultivez-vous et montez en compétences !
Recevez en exclusivité nos dernières parutions et nos offres de formation.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir nos emails.
Désabonnement en un clic