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Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Point de situation au 28/04/23

Publié le 28/04/2023
7 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Au 28 avril, les manifestations écologistes pro-gouvernementales azerbaïdjanaises ont atteint leur 138ème jour de mobilisation consécutif, permettant toujours et néanmoins, selon plusieurs médias locaux (Report.az, Trendnews.az, APA.az), le passage des véhicules des casques bleus russes (83 le 22/04, 22 le 23/04, 63 le 24/04, 66 le 25/04, 54 le 26/04) et du CICR (8 le 22/04, 9 le 26/04, 21 le 27/04).

Le «Centre d’Information de l’Artsakh» a établi le bilan suivant le 28 avril : 1155 citoyens privés de la possibilité d’une intervention chirurgicale, 365 personnes transférés en Arménie par le CICR depuis le 12 décembre, 10300 personnes ayant perdu leurs emplois, 860 entreprises ayant suspendu leur activité, une chute du PIB de 29%, plus de 50 861 tonnes de produits de première nécessité non livrés depuis le 12 décembre, 20 000 enfants privés de «conditions stables pour une éducation appropriée», 3900 personnes dont 570 enfants dans l’incapacité de se rendre dans leurs foyers. Le bulletin précise : «Depuis le début du blocus aucun véhicule appartenant à un ressortissant d’Artsakh n’a pu emprunter cette route. Le mouvement des véhicules du CICR ou du contingent russe de maintien de la paix mêmes a chuté de 52 fois en 138 jours. Ainsi, au lieu de 126 960 véhicules en temps normal, 2 455 véhicules seulement ont emprunté la route dans les deux sens depuis le début du blocus. Ceux-ci appartiennent tous au CICR ou aux forces russes de maintien de la paix. Ce qui veut dire qu’en 3 jours seuls 22 entrées et sorties ont été enregistrées».

Suite à la dénonciation par le ministère de la Défense azerbaïdjanais des tirs arméniens en date du 23 mai «en direction de la colonie de Minkand de la région de Lachin», information démentie par le ministère de la Défense arménien, et d’un «mouvement d’une colonne de 2 camions arméniens KamAZ, 1 grue automatique KamAZ, 1 UAZ-3151 et 1 UAZ-Patriot avec un conteneur sur chacun […] enregistré par les caméras de surveillance de l’armée azerbaïdjanaise sur le territoire de la région de Lachin», des véhicules qui se seraient déplacés dans la direction de la «colonie arménienne de Kornidzor […] en traversant le pont nouvellement construit sur la rivière Hakari», un communiqué précisant : «Il convient de noter que l’entrée de fournitures militaires de l’Arménie en Azerbaïdjan a été réalisée avec le soutien des casques bleus russes. À la suite de la surveillance, il a également été révélé qu’après le retour des véhicules sur le territoire arménien, les deux conteneurs ont été déchargés dans un lieu préparé à l’avance par un camion-grue au croisement de la route Lachin-Khankendi sur la frontière avec l’Azerbaïdjan. L’observation confirme la mise en place par la partie arménienne d’un poste de contrôle frontalier à la frontière avec l’Azerbaïdjan, à l’entrée de la route Lachin-Khankendi, sans accord préalable et en violation de la déclaration trilatérale du 10 novembre 2020» et alors que la veille ce ministère dénonçait l’explosion d’un camion militaire près «du village d’Allahgulular» sur «une mine enterrée par des Arméniens», le 25 avril, le «Centre d’information de l’Artsakh» dénonçait le blocage par la partie azerbaïdjanaise en date du 23 avril de la passerelle d’Hakari dans le corridor de Latchin et le début de constructions visant à l’établissement d’un point de contrôle. Cette information confirmée par le contingent russe de maintien de la paix, a donné lieu à une déclaration du ministère des Affaires étrangères de l’Artsakh» le 24 avril en ces termes : «Une fois de plus, nous soulignons que les mesures de l’Azerbaïdjan visant à établir le contrôle sur le corridor de Lachin contredisent directement le point 6 de la déclaration trilatérale du 9 novembre 2020. Aux termes de la déclaration tripartite, la signature du président de l’Azerbaïdjan est l’accord direct et sans équivoque de l’État azerbaïdjanais de transférer le contrôle exclusif du corridor de Lachin aux forces russes de maintien de la paix. […] Dans ce contexte, nous attendons une réponse sans équivoque et adéquate et des mesures efficaces de la part de la communauté internationale au sens large, des parties à la déclaration trilatérale et, en premier lieu, de la Fédération de Russie. […] Les dirigeants de l’Azerbaïdjan non seulement ne cachent pas leurs actions génocidaires, mais les annoncent également à l’avance, sans recevoir de condamnation ou d’opposition de la part de la communauté internationale».

Paul Gavan, rapporteur de la situation pour l’APCE depuis le 15 mars a déclaré le 24 avril : «L’Azerbaïdjan allègue une utilisation abusive systématique et à grande échelle de la route de Lachin à des fins illicites, contrairement à la déclaration trilatérale du 10 novembre 2020, qui, selon lui, constitue une menace pour la sécurité. Sans accéder à la zone, il n’est pas possible de vérifier ces affirmations. D’autre part, la souffrance des habitants du Haut-Karabakh et la grave crise humanitaire qui en résulte sont déjà bien documentées. Depuis des mois maintenant, nous assistons à une escalade inquiétante dans la région non seulement en paroles mais dans les faits. Il est impératif que les deux parties contribuent à trouver une solution pour empêcher l’aggravation de la situation des personnes vivant au Haut-Karabakh. Mon rapport sur la situation doit être préparé sans délai. J’ai l’intention de me rendre en Arménie et en Azerbaïdjan, y compris dans la région en question au cours de la dernière semaine de mai».

Le 23 avril, le ministère de la Défense arménien a informé de la mort d’un soldat arménien suite à des tirs azerbaïdjanais dans la région de Sotki.

Le 24 avril marquait la commémoration des victimes du génocide arménien à l’occasion de laquelle le «président de la république d’Artsakh» Arayik Haroutiounian a déclaré : «Chaque année, le 24 avril, nous nous souvenons et commémorons à l’échelle nationale les victimes innocentes du génocide arménien, nos 1,5 million de saints martyrs qui ont été victimes du cimeterre turc simplement parce qu’ils étaient Arméniens. Ce crime monstrueux contre l’humanité n’a pas de délai de prescription. Et tant qu’elle ne sera pas reconnue et condamnée par tout le monde civilisé, nous pourrons en assister à de nouvelles manifestations dans le monde entier. Aujourd’hui, l’Artsakh fait face à de nouveaux et réels dangers de la politique anti-arménienne et génocidaire turco-azerbaïdjanaise. 108 ans après le génocide, les Arméniens continuent de mener une lutte existentielle pour vivre librement et indépendamment dans leur patrie, pour protéger leurs droits et libertés, leur intérêt national et leur dignité. En maintenant les 120 000 civils de l’Artsakh, des dizaines de milliers d’enfants et de personnes âgées sous blocus pendant 134 jours, en violation de toutes les normes et principes du droit international, en ignorant les appels de la communauté internationale et la décision de la Cour internationale de justice des Nations Unies, les autorités dictatoriales d’Azerbaïdjan essaient de forcer notre peuple à s’agenouiller. Cependant, nous sommes catégoriques et déterminés à garder l’Artsakh toujours arménien et inattaquable. Nous n’avons pas d’alternative. Les Arméniens ne peuvent plus perdre leur patrie, s’exiler et se disperser dans le monde. Nous devons apprendre du passé et construire ensemble l’avenir du peuple arménien, aujourd’hui et ici. Le moment est fatidique, il y a une question d’existence non seulement pour l’Artsakh, mais aussi pour l’État arménien».

Il est à noter que le 25 avril, selon Armenpress, le colonel-général Alexander Lentsov, conseiller du ministre de la défense Sergueï Choïgou aurait été nommé au poste de commandant des forces russes de maintien de la paix stationnées au Karabakh en remplacement de Andraï Volkov.

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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