Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Point de situation au 24/03/23

Au 24 mars, les manifestations écologistes pro-gouvernementales azerbaïdjanaises ont atteint leur 103ème jour de mobilisation consécutif, permettant toujours et néanmoins, selon plusieurs médias locaux (Report.az, Trendnews.az, APA.az), le passage des véhicules des casques bleus russes (63 le 18/03 ; 46 le 19/03 ; 79 le 20/03 ; 78 le 21/03 ; 82 le 22/03 ; 89 le 23/03 ; 71 le 24/03) et du CICR (16 le 21/03 ; 6 le 22/03).
Le «Centre d’Information de l’Artsakh» qui a informé cette semaine de la fermeture de «l’unique gazoduc aliment l’Artsakh» en date du 21 mars, a établi le bilan suivant le 24 mars : 930 citoyens privés de la possibilité d’une intervention chirurgicale, 203 personnes transférés en Arménie par le CICR depuis le 12 décembre, 9800 personnes ayant perdu leurs emplois, 782 entreprises ayant suspendu leur activité, une chute du PIB de 21 %, plus de 41 200 tonnes de produits de première nécessité non livrés depuis le 12 décembre, 20 000 enfants privés de «conditions stables pour une éducation appropriée».
Le CICR, de son côté, a publié la mise à jour de ses opérations au 20 mars informant du réapprovisionnement de son entrepôt avec 5000 colis alimentaires et d’hygiène, du transport de 196 patients depuis le 12 décembre ainsi que de 30 évacuations sanitaires et du transport de 422 personnes aux fins de réunions de familles séparées sur la même période. Un autre rapport a été publié le lendemain sur le travail réalisé en 2022 et faisant état de «plus de 6 000 appels et visites individuelles» reçues par les familles des disparus à la délégation d’Erevan, l’enregistrement de 309 personnes originaires d’Arménie comme disparues en raison des affrontements de 2020-22, tandis que 407 personnes seraient toujours portées disparues suite au conflit des années 90.
Le 21 mars le «médiateur du Haut-Karabakh» Gegham Stepanian a publié le «Rapport sur les violations des droits de l’homme individuels et collectifs à la suite du blocus de l’Azerbaïdjan par l’Azerbaïdjan sur l’Artsakh» dans lequel on peut lire : «La politique systématique et constante de haine ethnique menée par l’Azerbaïdjan, manifestée à la fois lors de l’agression militaire déclenchée contre l’Artsakh en 2020 et après l’instauration du cessez-le-feu par la déclaration tripartite du 9 novembre 2020, prouve que tout statut de l’Artsakh sous le régime azerbaïdjanais est équivalent au nettoyage ethnique et au génocide du peuple d’Artsakh».
La «police du Haut-Karabakh» a informé le 19 mars de tirs azerbaïdjanais sur un habitant du village de Herher tandis que le Service national des frontières azerbaïdjanais a dénoncé le lendemain des tirs arméniens sur leurs positions situées sur la hauteur d’Aghbashiurd dans le district de Zengilan ayant fait un blessé, ce qui a été démenti par la partie adverse. Le ministre arménien de la Défense a informé le 21 mars également de l’égarement d’un soldat arménien sur le «territoire sous contrôle azerbaïdjanais», tandis que le ministère de la Défense azerbaïdjanais a dénoncé, vidéo à l’appui, «la poursuite du transport illégal de cargaisons militaires de l’Arménie vers le territoire de l’Azerbaïdjan» le même jour, qui aurait lieu «sous escorte du contingent russe de maintien de la paix. […] en empruntant des chemins de terre alternatifs à la route Choucha-Latchin», ce qui a été démenti le lendemain par la «Police du Haut-Karabakh». Des accusations renouvelées le 24 mars avec des vidéos dénonçant des constructions de routes. Ces tensions ont augmenté d’un cran le 22 mars lorsque le ministère de la Défense arménien a dénoncé la mort d’un soldat suite à des tirs azerbaïdjanais «sur la section Nakhitchevan de la frontière arméno-azerbaïdjanaise ». Le même jour la «Police du Haut-Karabakh» informait de tirs sur «sur des civils effectuant des travaux agricoles» dans la ville de Chartar. Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a également dénoncé des tirs arméniens le 24 mars sur «les positions de l’armée azerbaïdjanaise stationnées à la frontière conditionnelle azerbaïdjanaise et dans la région économique du Karabakh » et par des «détachements armés arméniens illégaux […] en direction de la région de Khojavend».
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



