Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Point de situation au 15/09/23

L’annonce par le bureau du Défenseur des Droits de l’Homme du Haut-Karabakh d’un premier mort de la faim dans l’enclave du Haut-Karabakh le 15 août a alerté encore un peu plus l’opinion publique mondiale sur la situation humanitaire dans l’enclave depuis la reprise en main de la gestion du corridor de Latchin par l’État azerbaïdjanais
Pour rappel, l’Azerbaïdjan n’a autorisé que le passage quotidien des véhicules du CICR et des Casques bleus russes entre l’Arménie et la partie azerbaïdjanaise du Karabakh encore contrôlée par les autorités autoproclamées arméniennes depuis le 12 décembre 2022, date des premières manifestations écologistes pro-gouvernementales qui se sont poursuivies jusqu’au 28 avril 2023 quand l’État azerbaïdjanais a mis en place purement et simplement un poste de douane.
Une reprise en main progressive donc, permis par le laissez-faire des forces de maintien de la paix russe expliqué en ces termes par Sergueï Lavrov le 15 juillet : «En octobre 2022 et mai 2023, lors de sommets sous les auspices de l’Union européenne, l’Arménie, a reconnu le Haut-Karabakh comme faisant partie du territoire de l’Azerbaïdjan. Nous respectons la décision souveraine des dirigeants arméniens, cependant, cela a radicalement changé les conditions fondamentales dans lesquelles la Déclaration des dirigeants de la Russie, de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie du 9 novembre 2020 a été signée, ainsi que la position du contingent russe de maintien de la paix stationné dans la région». Des propos qui servent en même temps à accentuer les tensions entre Erevan et Stepanakert et à isoler toujours plus politiquement Nikol Pachinian et à le pousser vers la sortie du fait de son orientation pro-occidentale.
Une première interdiction du passage des véhicules du CICR le 15 juin dernier avait été imposée par l’Azerbaïdjan du fait d’un incendie du poste frontière, puis le 11 juillet sous prétexte de contrebande selon le service national des frontières. Le 25 juillet, le CICR appelait à un «consensus humanitaire», le gouvernement azerbaïdjanais proposant un deuxième passage à l’est de l’enclave communiquant directement avec le reste du territoire azerbaïdjanais mais plus du tout avec l’Arménie : le passage Aghdam – Kankhendi (Stepanakert en arménien). Une démarche inacceptable pour les «autorités locales» arméniennes comme par les OSC arméniennes et du Haut-Karabakh mais soutenue par Charles Michel.
Un convoi humanitaire de la Croix Rouge russe a finalement pu passer le 12 septembre par cette route, après l’acceptation des autorités de facto de l’enclave le 9 septembre, quelques heures après l’élection de leur nouveau «président», Samuel Charamanian, alors que l’UE déclarait : «il est important que les Arméniens du Karabakh se regroupent autour d’un leadership de facto capable et désireux de s’engager dans des discussions axées sur les résultats avec Bakou».
Le «Centre d’Information de l’Artsakh» « a fait état le 15 septembre du bilan suivant dans l’enclave : 1960 citoyens privés de la possibilité d’une intervention chirurgicale, 815 personnes transférés en Arménie par le CICR et 70 personnes par les casques bleus russes depuis le 12 décembre, 17 000 personnes ayant perdu leurs emplois, 1710 entreprises ayant suspendu leur activité, une chute du PIB de 58%, plus de 105 485 tonnes de produits de première nécessité non livrés depuis le 12 décembre, 20 000 enfants privés de «conditions stables pour une éducation appropriée», 6000 personnes dont 800 enfants dans l’incapacité de se rendre dans leurs foyers, un blocage total ou partiel de l’approvisionnement en gaz pendant 211 jours, un approvisionnement en électricité interrompu depuis 249 jours.
– Les accusations de rupture de cessez-le-feu se sont poursuivies toute la semaine dernière à une fréquence similaire à celle des deux derniers mois.
Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a dénoncé le 9 septembre des tirs «en direction de la région de Sadarak de la République autonome de Nakhitchevan» puis «en direction de la colonie de Minkend de la région de Latchin» ainsi que des tentatives de creusement de nouvelles tranchées «en direction de la région de Fizouli» mais aussi «en direction de la région de Khojavend». Le lendemain, le même mnistère a fait état de nouvelles tentatives de ce type «en direction de la région de Fizouli» puis «en direction de la région d’Aghdam», avant de dénoncer des tirs le 11 septembre «en direction de la colonie de Novoivanovka de la région de Gadabay», Par ailleurs, il a fait état d’un soldat blessé des suites d’une explosion de mine anti-personnelle près d’Aghdam le 10 septembre, «enterrée […] par un groupe de reconnaissance et de sabotage arménien illégal» et de l’utilisation de chiens kamikazes par des «détachements arméniens illégaux contre les militaires de l’armée azerbaïdjanaise […] en direction de la région de Khojavend». Le 11 septembre, le ministère de la Défense azerbaïdjanais a dénoncé de nouvelles violations du cessez-le-feu et des tirs «en direction de la colonie de Novoivanovka de la région de Gadabay» puis le 12 septembre «en direction de la colonie de Sadarak de la région de Sadarak de la République autonome du Nakhitchevan» puis «en direction de la localité de Havoush de la région de Charour de la République autonome de Nakhitchevan». Le 13 septembre, il informait de «tirs intensifs sur les positions de combat de l’armée azerbaïdjanaise stationnées en direction d’Agdam».
La partie arménienne a démenti l’ensemble des accusations azerbaïdjanaises et le ministère de la Défense arménien a dénoncé des tirs «en direction des avant-postes de combat arméniens à proximité de Kutakan» le 10 septembre et «contre les avant-postes de combat arméniens à proximité de Verin Shorzha» le 12 septembre ainsi que «sur les avant-postes de combat arméniens près de Srashen» le même jour. Le lendemain 13 septembre, il faisait état de nouveaux tirs «contre les avant-postes de combat arméniens à proximité de Verin Shorzha» Le même jour l’”Armée de Défense du Haut-Karabakh” faisait état de tirs azerbaïdjanais «en direction de Nor Shen» déplorant un blessé, mais aussi «en direction du village de Chankatagh, région de Martakert».
Le jeudi 14 septembre a été une journée particulièrement intense en la matière : le ministère azerbaïdjanais de la Défense a annoncé avoir réprimé un «groupe de reconnaissance et de sabotage composé de détachements armés illégaux arméniens […] en direction de la localité de Marjimak de la région de Kalbajar» tout en faisant état de tirs en date du 13 septembre «en direction des localités de Mollabayramli de la région de Kelbajar et d’Aghdam de la région de Tovouz» et de tirs le 14 septembre par des «détachements armés arméniens illégaux […] en direction de Kelbadjar». Il a également dénoncé des tirs «en direction de la colonie de Dara dans la région de Gadabay» ainsi qu’ «en direction de la colonie de Havoush de la région de Charour. de la République autonome du Nakhitchevan» et enfin «en direction de la colonie Zamanli de la région de Gadabay» ainsi que de nouvelles tentatives de creusement de tranchées «afin d’approcher les positions de l’armée azerbaïdjanaise stationnées en direction d’Aghdam». Le lendemain, il dénonçait de nouvelles tentatives de creusement de tranchées «afin d’approcher les positions de l’armée azerbaïdjanaise stationnées en direction de la région de Khojaly».
La partie arménienne a démenti toutes ces accusations et l’”Armée de Défense du Haut-Karabakh” a dénoncé une violation azerbaïdjanaise du cessez-le-feu «dans la région de Martakert» puis «en direction de Chankatagh». Le lendemain 15 septembre, le ministère de la Défense arménien a dénoncé de nouveaux tirs «contre les avant-postes de combat arméniens à proximité de Verin Shorzha».
– En conclusion : aux accusations de génocide largement relayées dans les médias français, il faut répondre par une question simple : peut-il y avoir génocide quand, malgré les tensions sécuritaires qu’il ne faut pas nier, le prétendu agresseur (qui ne cherche qu’à exercer effectivement la souveraineté dont il dispose légalement sur son territoire) délivre de l’aide humanitaire, ouvre des voies de communication, offre la nationalité, et met en place des canaux de communication directe avec la population ?
En bref ! Tentative d’assimilation radicale de la minorité arménienne du Karabakh jalouse de sa spécificité culturelle, certes !!! Et elle doit être questionnée dans le cadre de discussions directes entre les Arméniens ethniques d’Azerbaïdjan, l’État azerbaïdjanais et les milliers de déplacés internes azéris exilés de la région depuis plus de 30 ans. Mais de «génocide» il n’y en a pas en réalité, sauf dans les fantasmes et les peurs d’un peuple martyrisé dans le passé. Souffrance compréhensible qu’on ne souhaite à aucune nation! Mais n’oublions pas que nous parlons désormais d’un peuple qui peut s’appuyer désormais sur un véritable territoire national mérité dont il a été privé durant des siècles. Peut être vaut-il mieux, comme on dit en France, un « petit chez soi » qu’un grand « chez les autres » !!!
Et peut-être que la population arménienne du Karabakh est de moins en moins en phase avec ces représentants auto-proclamés, ancien banquier puis directeur de Karabakh Gold comme Arayik Haroutiounian, ou milliardaire russo-arménien comme Ruben Vardanian….Et que des discussions directes avec l’État azerbaïdjanais pourraient amener à des solutions innovantes dans cette région, où l’empreinte historique arménienne comme azérie ne fait pas de doute, et qui rappelons-le a connu une coexistence pacifique entre les deux peuples, des alliances matrimoniales et commerciales, des principautés arméniennes, les mélikats arméniens du Karabakh (appelés communément les Khamsa en persan), des alliances contre les grands empires etc…
Si l’on souhaite s’obstiner à regarder vers le passé alors peut-être faut-il aussi s’inspirer de ce qu’il recèle de positif et de prometteur pour la construction de la paix !? Et accepter encore une fois de perdre un peu pour gagner beaucoup !!!
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



