Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Point de situation au 14/04/23

Au 14 avril, les manifestations écologistes pro-gouvernementales azerbaïdjanaises ont atteint leur 124ème jour de mobilisation consécutif, permettant toujours et néanmoins, selon plusieurs médias locaux (Report.az, Trendnews.az, APA.az), le passage des véhicules des casques bleus russes (67 le 08/04 49 le 09/04, 77 le 11/04, 90 le 12/04, 67 le 13/04) et du CICR (10 le 08/04, 8 le 10/04, 13 le 11/04, 6 le 12/04, 6 le 13/04, 6 le 14/04).
Le «Centre d’Information de l’Artsakh» a établi le bilan suivant le 14 avril : 1080 citoyens privés de la possibilité d’une intervention chirurgicale, 305 personnes transférés en Arménie par le CICR depuis le 12 décembre, 10300 personnes ayant perdu leurs emplois, 860 entreprises ayant suspendu leur activité, une chute du PIB de 26 %, plus de 45 468 tonnes de produits de première nécessité non livrés depuis le 12 décembre, 20 000 enfants privés de «conditions stables pour une éducation appropriée», 3900 personnes dont 570 enfants dans l’incapacité de se rendre dans leurs foyers. Le bulletin précise : «Depuis le début du blocus aucun véhicule appartenant à un ressortissant d’Artsakh n’a pu emprunter cette route. Le mouvement des véhicules du CICR ou du contingent russe de maintien de la paix mêmes a chuté de 46 fois en 124 jours. Ainsi, au lieu de 114 080 véhicules en temps normal, 2 378 véhicules seulement ont emprunté la route dans les deux sens depuis le début du blocus. Ceux-ci appartiennent tous au CICR ou aux forces russes de maintien de la paix».
Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a dénoncé le 11 avril des tirs arméniens en direction de la région de Latchin faisant 3 morts déclarés martyrs, puis le 12 avril des tirs arméniens en direction de la région de Latchin faisant 4 blessés et il a informé de l’augmentation des entraînements des unités de chars le 12 avril puis le lendemain des troupes d’artillerie. Le 11 avril, c’est le ministère de la Défense arménien qui dénonçait une provocation azerbaïdjanaise sur des militaires effectuant des travaux d’ingénierie «dans la région de la communauté de Tegh», en faisant état de 4 morts et 6 blessés. Le contingent russe de maintien de la paix a mentionné deux violations du cessez-le-feu dans la région de Martouni le 11 avril et quatre violations dans la région d’Askeran le 12 avril.
Ces incidents ont été commentés en ces termes par le porte parole du service européen de l’action extérieure (SEAE) : «Cet incident souligne une fois de plus qu’en l’absence de frontière délimitée, la ligne de 1991 doit être respectée et les forces de part et d’autre retirées à des distances de sécurité de cette ligne pour éviter que des incidents similaires ne se reproduisent. […] L’UE demande également instamment l’intensification des négociations sur la délimitation de la frontière et reste prête à soutenir ce processus». Maria Zakharova, porte parole du MAE russe a déclaré, quant à elle : «Cet incident confirme une fois de plus la nécessité d’assurer la retenue mutuelle de Bakou et d’Erevan ainsi que le strict respect de la série d’accords tripartites des dirigeants de la Russie, de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie».
Du côté des autorités auto-proclamées du «Haut-Karabakh», un conseil de crise a été créé autour du «président» Arayik Haroutiounian le 13 avril qui a convoqué le même jour une consultation avec les chefs des «Forces et Corps de Sécurité de l’État».
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



