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Point humanitaire et sécuritaire au Karabakh et dans le corridor de Latchin – Point de situation au 12/05/23

Publié le 12/05/2023
10 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Le «Centre d’information de l’Artsakh» a dénoncé le 12 mai «l’obstruction à l’action de la Croix Rouge» par l’Azerbaïdjan stipulant que «depuis l’installation d’un point de contrôle illégal près du pont de Hakari, sur la chaussée Goris-Stepanakert le 23 avril, sous divers prétextes fallacieux […] depuis le 23 avril le transport des malades [n’avait] pu être effectué qu’à deux reprises, le 2 avril (13 patients transportés) et le 29 avril (16 patients transportés)» et que «depuis le 29 avril le processus de transport par le CICR des patients vers l’Arménie [s’était] totalement interrompu»  l’Azerbaïdjan imposant des conditions supplémentaires telles que contrôle des papiers d’identité du personnel du CICR et des patients. Le bulletin du 12 mai fait état du bilan suivant dans l’enclave : 1240 citoyens privés de la possibilité d’une intervention chirurgicale, 394 personnes transférés en Arménie par le CICR depuis le 12 décembre, 10900 personnes ayant perdu leurs emplois, 860 entreprises ayant suspendu leur activité, une chute du PIB de 32%, plus de 56 143 tonnes de produits de première nécessité non livrés depuis le 12 décembre, 20 000 enfants privés de «conditions stables pour une éducation appropriée», 3900 personnes dont 550 enfants dans l’incapacité de se rendre dans leurs foyers, un blocage total ou partiel de l’approvisionnement en gaz pendant 86 jours, un approvisionnement en électricité interrompu depuis 123 jours.

Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a dénoncé le 8 mai une nouvelle attaque arménienne contre une excavatrice dans la région de Latchin avant d’informer le 11 mai de tirs arméniens ayant fait un blessé grave, ainsi qu’un soldat mort. Un total de 17 tirs a été dénoncé par la partie azerbaïdjanaise le 12 mai «dans la direction de la colonie de Gosha de la région de Tovouz, de la colonie de Yellija de la région de Kelbajar et de la colonie de Minkend de la région de Latchin» ainsi que 9 séquences de tirs périodiques par des «détachement armés arméniens illégaux […] en direction de Terter, Khojali, Choucha et la région de Latchin» Le même jour a été dénoncé l’utilisation de drones d’attaque. Plusieurs communiqués du ministère azerbaïdjanais de la Défense en date du 11 mai ont fait état de tentatives arméniennes d’ «aggraver la situation» d’«étendre l’ampleur de ses provocations» puis de «créer une base pour la prochaine provocation». De son côté le ministère arménien de la Défense a informé le 12 mai de 4 soldats arméniens blessés suite à «une provocation azerbaïdjanaise en direction de Sotk» la veille avant de dénoncer une violation azerbaïdjanaise du cessez-le-feu «en direction de Sotk » et faisant deux blessés le 12 mai. Le 11 mai il avait également dénoncé une violation du régime de cessez-le-feu en direction de Norabak.

Ces accusations ont été relayées par le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais pointant la responsabilité des «dirigeants militaro-politiques de l’Arménie» comme du ministère des Affaires étrangères arménien qui a également appelé «les dirigeants militaro-politiques de l’Azerbaïdjan à cesser leurs tentatives infondées, injustifiées et honteuses de perturber le processus de négociation en utilisant la force et ainsi faire pression sur l’Arménie».

Le Premier ministre Nikol Pachinian a commenté en Conseil des ministres, l’escalade en ces termes : «L’expérience montre que l’Azerbaïdjan n’a besoin du processus de négociation que pour une escalade et une raison de guerre, et les escalades sont utilisées exclusivement pour annuler tout progrès réalisé dans les négociations. […] Mais ce n’est pas le seul objectif, car il vise aussi à détourner l’attention du public international et arménien de l’établissement d’un poste de contrôle illégal dans le corridor de Latchin, afin que l’ancienne crise soit oubliée en en créant une nouvelle dans un nouveau lieu. C’est la tactique éprouvée de l’Azerbaïdjan».

Le tribunal de juridiction générale de la région de Siounik a condamné le 8 mai un soldat azerbaïdjanais à 11,5 ans de prison pour «franchissement illégal de la frontière» à proximité du Nakhitchevan le mois dernier ainsi que pour «transport illégal d’armes à feu et de munitions», ce qui a été condamné par le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais.

La déclaration du 6 mai du «ministre d’État du Haut-Karabakh» Gurgen Nersisian a avancé qu’«en perturbant délibérément et criminellement l’approvisionnement en électricité de l’Arménie vers l’Artsakh, en provoquant une crise énergétique artificielle et en forçant les autorités de l’Artsakh à utiliser activement les ressources en eau très limitées du réservoir de Sarsang, l’Azerbaïdjan, en plus d’exposer la population de L’Artsakh au terrorisme énergétique, économique et écologique, [privait] également sa propre population de la possibilité de recevoir suffisamment d’eau d’irrigation du réservoir de Sarsang pendant les chauds mois d’été» tout en appelant «l’ensemble de la communauté internationale, les structures internationales compétentes, les gouvernements des pays et de tous ceux qui sont véritablement préoccupés par les droits et la sécurité du peuple d’Artsakh, à ne pas fermer les yeux sur cette situation énergétique, humanitaire, environnementale et économique catastrophique et à prendre des mesures immédiates pour que l’Azerbaïdjan renonce à ce comportement médiéval, terroriste et cruel vis-à-vis des personnes et de l’environnement».

L’ancien «ministre d’État» Ruben Vardanian a participé au rassemblement organisé par le mouvement de jeunesse «Non au nettoyage ethnique de l’Artsakh» durant lequel il a prononcé un discours déclarant : «Nous avons toujours été un peuple digne, des Arméniens dignes, des habitants dignes de l’Artsakh, et nous préserverons cette dignité, malgré toutes les difficultés. […] Nous sommes prêts pour des négociations, mais elles ne peuvent pas être tenues sous la menace d’une arme. […] Nous avons un objectif qui a été lancé en 1988. Avant cela, il y avait aussi un rêve : avoir un Artsakh libre, sûr, heureux et arménien. Cet objectif n’a pas changé. […] Je suis très heureux que vous ayez tous rejoint cette pétition, car il s’agit d’une pétition spéciale […] Mais où est le million de signatures ? Pourquoi n’y a-t-il que 120 000 signatures ?! Pourquoi le monde arménien tout entier n’est-il pas à nos côtés ?! La dignité concerne tout le monde, pas seulement le peuple d’Artsakh. Nous devons tous faire cela ensemble. […] Je veux m’adresser aux organisations internationales, aux dirigeants des différents pays : où est votre dignité ? L’Azerbaïdjan crache sur vous et déclare qu’il n’appliquera aucune décision de justice, qu’il n’appliquera aucun accord. Où est votre dignité ? Votre pouvoir? Ne pouvez-vous pas dire à l’Azerbaïdjan «Qui êtes-vous?!», «Remplissez vos obligations!».

Le lendemain du discours du «président du Haut-Karabakh» Arayik Haroutiounian, à l’occasion du «Jour de la Victoire, 31ème anniversaire de l’Armée de défense de la République d’Artsakh et de la libération de Chouchi» au cours duquel il a déclaré «Le 9 mai est l’une des plus glorieuses pages de l’histoire du peuple arménien. La victoire de nos grands-pères avec d’autres peuples dans la Grande Guerre patriotique, la formation de l’Armée de défense de la République d’Artsakh, la libération de Chouchi sont des victoires inoubliables qui ont justement fait de ce jour un symbole de fierté nationale. […] Les aspirations du tandem turco-azerbaïdjanais ne sont pas nouvelles pour nous. […] Aujourd’hui encore, l’unité nationale est devenue l’impératif de l’heure», le président Ilham Aliev était justement à Choucha pour prononcer un discours à l’occasion du 100ème anniversaire de son père et prédécesseur à la tête de l’Azerbaïdjan.

A cette occasion, il a notamment déclaré : «Choucha est la couronne de notre victoire […] Le plus grand rêve du Grand Leader Heydar Aliyev était de voir Choucha, le Karabakh et le Zangezour libres. Nous avons exaucé son souhait et celui de tout le peuple azerbaïdjanais, de tous les Azerbaïdjanais du monde. […] Les nationalistes arméniens et les traîtres représentés dans le gouvernement azerbaïdjanais de l’époque [en 1987] ont uni leurs forces et mené une affreuse campagne de diffamation contre Heydar Aliyev. […] Heydar Aliyev, qui est venu du Nakhitchevan à Bakou à la demande populaire en cette période difficile, est devenu le sauveur du jeune État indépendant. […] le séparatisme émergeait dans différents coins du pays, le pays était au bord de la désintégration et de nombreux groupes armés avaient pris le pouvoir ou différents organes gouvernementaux dans différentes directions. L’arbitraire, le vol, le chaos, l’anarchie – voilà à quoi ressemblait l’Azerbaïdjan en 1993. […] un énorme effort diplomatique a été fait pour communiquer la vérité sur le Karabakh à la communauté internationale. Les organisations internationales ont adopté des décisions et des résolutions justes concernant l’occupation, ce qui a renforcé notre position. […] Dans de telles circonstances, attirer des investisseurs étrangers dans le pays et les convaincre exigeait un immense talent politique. Le Contrat du siècle, signé le 20 septembre 1994, est un autre tournant. […] Aujourd’hui, il y a un nombre limité de pays dans le monde qui peuvent mener des politiques étrangères et intérieures indépendantes au sens littéral du terme. L’Azerbaïdjan fait partie de ces pays; aucune force extérieure ne peut influer sur notre détermination. […] L’Azerbaïdjan est un îlot de stabilité, un îlot de sécurité. […] Toutes les libertés en Azerbaïdjan sont garanties. L’Azerbaïdjan est un pays démocratique. Le peuple azerbaïdjanais vit librement. […] Il y a des pays où aucun représentant d’une autre nationalité ne peut vivre – prenons l’exemple de l’Arménie. Regardez l’Arménie – sa population comprend 99,9 % d’Arméniens. Ce nombre montre sa politique fasciste. Cependant, il fut un temps où les Azerbaïdjanais et les représentants d’autres nationalités représentaient la majorité de la population de l’Arménie actuelle. Certains pays européens sympathisants de l’Arménie sont aujourd’hui submergés par l’islamophobie. Ils adoptent des lois, commettent de sales actes contre notre religion, brûlent le Saint Coran et restent discrets à ce sujet […] Cela montre que nous ne dépendons de personne et que nous ne nous mêlons pas des affaires de qui que ce soit. Mais nous ne permettons et ne permettrons à personne de se mêler de nos affaires, qu’il s’agisse de questions politiques, de questions azerbaïdjanaises-arméniennes ou du Karabakh, qui fait partie intégrante de l’Azerbaïdjan. Nous n’avons pas autorisé et n’autoriserons personne à le faire. Notre détermination et notre force sont là pour y parvenir. […]».

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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