Plongée au coeur des élections européennes : mécanismes, enjeux et défis à quelques semaines du scrutin.

Du 6 au 9 juin auront lieu les élections européennes. À quelques semaines de l’élection des représentants au Parlement européen, revenons sur les mécanismes, les enjeux et les défis de ces élections.
Qui sont les députés européens ?
Élus au suffrage universel direct tous les cinq ans par les citoyens des pays membres de l’Union européenne, les 720 députés européens sont répartis proportionnellement à la démographie des pays membres (96 représentants pour l’Allemagne, 79 pour la France, 76 en Italie…). Les élections à venir permettront de redistribuer 15 des sièges initialement prévus pour les représentants du Royaume-Uni avant leur sortie de l’Union européenne en 2020, 27 d’entre eux ayant déjà été redistribués. Cette année la France va donc élire 81 députés européens. Leur campagne débutera le 27 mai et sera clôturée le 7 juin.
Les députés européens disposent de compétences législatives, budgétaires et de contrôle. Les compétences législatives leurs permettent de discuter, d’amender et de voter les textes législatifs préalablement proposés par la Commission européenne. Dans le cadre de leurs compétences budgétaires, les élus du Parlement européen établissent le budget de l’Union européenne, conjointement avec le Conseil de l’Union européenne. Pour finir, les députés européens disposent également de compétences de contrôle qui leur permettent de surveiller le fonctionnement des institutions de l’Union, l’utilisation du budget et la mise en œuvre de la législation européenne
Une organisation en groupes politiques
Les députés européens s’organisent en groupes politiques au sein du Parlement européen. Les formations sont plurinationales et tentent de représenter des intérêts communs et non uniquement nationaux. Pour former un groupe au Parlement, il faut un minimum de 23 eurodéputés d’au moins 4 États membres. Il existe actuellement 7 groupes politiques au sein du Parlement européen : le groupe du Parti populaire européen (176 sièges), le groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (144 sièges), le groupe Renew Europe (102 sièges), le groupe des Verts/Alliance libre européenne (71 sièges), le groupe des Conservateurs Réformistes européens (64 sièges), le groupe Identité et démocratie (64 sièges) et enfin le groupe de la gauche au Parlement européen GUE/NGL (38 sièges). À côté de cela, se trouvent les 46 députés « non-inscrits », n’appartenant à aucun de ces 7 groupes politiques.
Si les députés européens ont en grande majorité approuvé la nouvelle loi encadrant l’intelligence artificielle (523 votes pour, 46 contre et 49 abstentions), les discussions concernant la situation à Gaza ont montré des divergences d’opinion au sein de l’hémicycle. Les groupes parlementaires de gauche et centristes ont soutenu l’appel à un cessez-le-feu dans la région alors que le Parti populaire européen (PPE) s’est montré plus réservé sur la question. Une résolution non contraignante a finalement été adoptée le 18 janvier prévoyant ainsi la libération des otages détenus à Gaza ainsi que le démantèlement du Hamas.
Concernant l’Ukraine maintenant, les partis de droite sont les moins favorables à l’accueil des réfugiés ukrainiens. En revanche, en ce qui concerne la livraison d’armes à l’Ukraine, les extrêmes représentés par les groupes de la Gauche unitaire européenne et Identité et Démocratie ont tendance à s’accorder.
Les élections européennes seront par ailleurs influencées par les préoccupations nationales. En effet, si les pays de l’Est sont principalement préoccupés par l’invasion russe en Ukraine (40% en Estonie), les Français (27%) et les Danois (29%) semblent soucieux de répondre aux questions environnementales alors que les Allemands placent l’immigration au-dessus de la pile (31%). Par conséquent, les électeurs européens préoccupés par le climat orienteront plus certainement leurs votes vers les partis verts alors que les citoyens inquiets de l’immigration se tourneront vers les partis d’extrêmes droite (Alliance pour l’Union des Roumains, Alternative pour l’Allemagne, Parti pour la Liberté en Autriche…) qui rejoindront ensuite le groupe politique Identité et Démocratie ou Conservateurs et Réformistes Européens au Parlement.
Les défis des élections européennes
L’Union européenne fait actuellement face à des défis majeurs tels que la guerre en Ukraine, le réchauffement climatique ou encore l’encadrement de l’intelligence artificielle, dont la première loi a été votée il y a quelques jours. Les élections à venir auront un impact important, opposant les défenseurs de l’Union aux eurosceptiques. Les réponses apportées aux questions majeures de transformation écologique, d’immigration, de sécurité en Europe et d’évolution du numérique seront prises à la majorité par le Parlement européen. Les listes nationales choisies par les électeurs qui rejoindront ensuite les différents groupes politiques au Parlement seront donc à l’origine de l’orientation que prendra l’Union européenne.
Pour s’assurer de la réussite de ces élections, le Comité économique et social européen (CESE) a initié un état des lieux des risques pesant sur les élections. A donc eu lieu une réunion à l’Autorité européenne du travail à Bratislava au mois de novembre 2023. À la suite de cette réunion, des experts, journalistes et politologues ont dégagés différents défis pour les élections à venir.
Diffusée par les réseaux sociaux et accentuée par l’amélioration de l’intelligence artificielle, la désinformation est ressortie comme un des principaux défis de ces élections. L’ingérence étrangère est également au cœur des préoccupations. De fait, face l’accroissement des ingérences étrangères principalement menées par la Russie et la Chine, l’Union européenne tente de renforcer sa capacité de résistance. Ces méthodes de « sharp power » visent à manipuler en utilisant des informations trompeuses dans le but de déstabiliser les systèmes politiques.
En réponse, le Parlement européen a adopté, le 27 février 2024, le règlement sur les publicités politiques afin de lutter contre la désinformation et les ingérences étrangères.
La question de l’abstention inquiète également à l’approche des élections où le taux de participation dépasse difficilement les 50% (50,66% en 2019). « Ce n’est pas un hasard si la rencontre se tient en Slovaquie » a d’ailleurs annoncé Laurenţiu Plosceanu, vice-président du CESE lors de cette réunion, la Slovaquie ayant enregistré le taux de participation le plus faible de l’Union européenne avec 22% aux élections de 2019.
En somme, l’Union européenne se trouve à un moment charnière de son histoire, confrontée à des enjeux variés rassemblant difficilement les intérêts nationaux. Avec les élections à venir, les citoyens européens devront décider de la direction empruntée par l’Union en élisant leurs représentants.



