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L’opération militaire de l’Azerbaïdjan au Karabakh – 19-20/09/23

Publié le 21/09/2023
6 min de lecture
Par Morgan Caillet
Asie Centrale et sud-Caucase

Le 19 septembre à 13h22, le ministère de la Défense azerbaïdjanais a informé du lancement d’une opération anti-terroriste pour  «désarmer et garantir le retrait des formations des forces armées arméniennes de [leurs] territoires, neutraliser leurs infrastructures militaires, assurer la sécurité de la population civile […], et enfin restaurer l’ordre constitutionnel de la République d’Azerbaïdjan». Il a été précisé dans le même communiqué ainsi que dans celui du MAE que les positions de l’armée arménienne étaient neutralisés à l’aide d’armes de haute précision et que la population civile et les infrastructures civiles n’étaient pas ciblées. Le ministère azerbaïdjanais de la Défense a également informé avoir prévenu la population civile de l’enclave par divers moyens (SMS, hauts-parleurs, dépliants d’information) et Report.az a publié le texte des tracts distribués.

Cette décision fait suite à la mort de deux civils, employés de l’Agence nationale des routes automobiles d’Azerbaïdjan, suite à l’explosion d’une mine sur la route Ahmadbayli – Fizouli – Choucha et à 4 morts parmi les employés du ministère de l’Intérieur azerbaïdjanais se rendant par la suite sur les lieux de l’incident, qui seraient eux aussi tombés sur une autre mine, ce que Bakou a qualifié de «politique de terreur délibérée et planifiée» de l’Arménie.

Pour le ministère arménien des Affaires étrangères, il s’agit, sans surprise, d’une «politique de nettoyage ethnique de Bakou […] guidé par [un] sentiment d’impunité» et le terme de «crime de masse» a aussi été utilisé. Le «médiateur du Haut-Karabakh» Gegham Stepanian a aussi parlé de «génocide». Tandis que du côté azerbaïdjanais, l’objectif affiché est résumé par les propos suivants de Hikmet Hadjiyev, conseiller en politique étrangère de la présidence azerbaïdjanaise : «Le régime fantoche séparatiste illégal doit se dissoudre et les forces armées arméniennes stationnées dans la région du Karabakh en Azerbaïdjan doivent être désarmées. […] Dissoudre et désarmer». Un objectif réitéré par l’administration présidentielle : «pour que les mesures antiterroristes cessent, les groupes armés arméniens illégaux doivent hisser le drapeau blanc, rendre toutes les armes et le régime illégal doit se dissoudre. Sinon, les mesures antiterroristes se poursuivront jusqu’au bout».

Cette attaque a été condamnée par nombre d’acteurs internationaux : l’UE par la voix de Toivo Klaar, son représentant spécial pour le sud-Caucase, Charles Michel, le président du Conseil européen, ou le SEAE ; la France par la voix de son ministère des Affaires étrangères ou de l’Elysée qui a fait appel au Conseil de sécurité l’ONU sans un mot pour les victimes azerbaïdjanaises (réunion qui devrait avoir lieu le 21 septembre selon plusieurs médias), l’Allemagne, les États-Unis par la voix de son secrétaire d’État Antony Blinken.

La Russie a, elle, adopté une toute autre attitude appelant à la cohérence de l’Arménie sur ce dossier, par la voix de Maria Zakharova, porte parole du MAE russe en ces termes «Le ministère arménien des Affaires étrangères appelle le Conseil de sécurité de l’ONU et les forces de maintien de la paix russes à prendre des mesures pour mettre fin aux hostilités de l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh. Mais que faire de la reconnaissance par Erevan du Haut-Karabakh comme appartenant à l’Azerbaïdjan ?», comme celles de Dimitri Medvedev, vice président du Conseil de sécurité russe et ancien président, Margarita Simonian, rédactrice en chef de Russia Today, ou Dimitri Peskov, porte parole du Kremlin, cité par Ria Novosti. Tandis que le ministère turc des Affaires étrangères a justifié l’opération en ces termes : «les inquiétudes légitimes et justifiées qu’il a constamment exprimées concernant la situation sur le terrain pendant près de trois ans depuis la fin de la Seconde Guerre du Karabakh n’ayant pas été prises en compte, l’Azerbaïdjan a dû prendre les mesures qu’il juge nécessaires sur son propre territoire souverain» ainsi que le président Recep Tayyip Erdogan à la 78ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Finalement 24h après le lancement de l’opération, un accord a été trouvé grâce à la médiation du commandement du contingent russe par les deux parties, annoncé par le «Bureau du président de l’Artsakh», puis par le ministère de la Défense azerbaïdjanais, et comprenant le «retrait des unités et du personnel militaire restants des Forces armées de la République d’Arménie de la zone de déploiement du contingent russe de maintien de la paix ainsi que la dissolution et le désarmement complet des formations armées du Haut-Karabakh» tandis que le dialogue proposé par la partie azerbaïdjanaise entre les représentants de la population arménienne locale et l’État azerbaïdjanais était accepté et programmé pour le 21 septembre à Yevlakh.

Nikol Pachinian s’est incliné devant cette décision tout en réitérant qu’il n’y avait jamais eu d’armée arménienne au Haut-Karabakh depuis août 2021 et en se félicitant que les soldats de la paix russes aient «pleinement et maintenant accepté sans réserve l’intégralité de l’obligation assurer la sécurité des Arméniens du Haut-Karabakh». Par ailleurs, selon lui, l’objectif de l’opération était «d’impliquer la République d’Arménie dans les opérations militaires» et de viser «l’indépendance et la souveraineté de la République d’Arménie». Ilham Aliev, de son côté a assuré que «l’émergence d’une nouvelle situation dans [la] région [était] désormais inévitable» tout en promettant le respect des droits de la minorité arménienne de l’Azerbaïdjan et en faisant part de son souhait «de construire une vie ensemble basée sur la paix, la compréhension mutuelle et le respect mutuel».

Cette opération militaire aurait fait deux morts civils du côté azerbaïdjanais selon le MAE d’Azerbaïdjan et au moins 200 morts dont 10 civils et plus de 400 blessés du côté arménien selon le «médiateur du Haut-Karabakh» qui a fait également fait état de 10 000 personnes évacués (contre 3154 selon le contingent russe ).

À propos de l'auteur

Photo de Morgan Caillet

Morgan Caillet

Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.

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