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Manifestations en Serbie : au bord de l’implosion ?

Publié le 08/01/2025
5 min de lecture
Par Maxime Coulet
Europe

Alors qu’une partie de l’Europe se préparait à accueillir 2025 en faisant la fête, un pays manifestait pour faire entendre sa voix, et surtout pour vilipender ses dirigeants, en première ligne son président, Aleksandar Vučić. La Serbie s’est rappelée au souvenir du 31 janvier 1996, lorsque Slobodan Milošević avait annulé les résultats des élections municipales, largement remportées par l’opposition. Près de 30 ans plus tard, c’est un accident, survenu le 1ᵉʳ novembre dernier, qui pousse la population, notamment les étudiants, à se révolter.

Ce jour-là, à 11 h 52 précisément, l’auvent de la gare de Novi Sad, fraîchement rénovée, s’est effondré, tuant 15 personnes. Inaugurée en juillet 2024 après une rénovation confiée à un conglomérat chinois, cette infrastructure était présentée comme un symbole du développement impulsé par Aleksandar Vučić. Mais l’accident a mis en lumière des négligences graves. Sur les réseaux sociaux, un ingénieur serbe a partagé des photos montrant que l’effondrement était dû à une surcharge structurelle mal calculée, dénonçant l’incompétence des entreprises impliquées.

Une contestation dans un contexte explosif

L’accident de Novi Sad a servi de catalyseur à une colère accumulée. Depuis plusieurs années, les multinationales étrangères, principalement chinoises et australiennes, dominent les projets de construction et d’exploitation en Serbie. Ces partenariats, soutenus par Aleksandar Vučić dans le cadre des « Nouvelles Routes de la Soie », provoquent des tensions sociales et environnementales.

La future exploitation de la mine de lithium à Jadar par Rio Tinto, multinationale australienne au passif environnemental lourd, est un autre point d’achoppement. Ce projet, qui bénéficie paradoxalement du soutien du gouvernement serbe et de l’Union européenne, est perçu comme une menace majeure pour l’écosystème local. La population, déjà méfiante, considère que le gouvernement sacrifie l’intérêt national au profit d’investissements étrangers, souvent jugés opaques et peu profitables au peuple serbe.

Un régime sous pression

Les démissions successives de certains membres du gouvernement n’ont pas suffi à apaiser les manifestations en Serbie. Les contestataires dénoncent une stratégie de diversion, soulignant que ces départs ne répondent pas aux problèmes de fond. L’intervention de groupes d’hommes cagoulés, accusés de réprimer brutalement les manifestations avant d’être arrêtés par le gouvernement lui-même, alimente le sentiment de méfiance. Cette répression, qualifiée par certains d’ »étrange », reflète les tensions internes au régime et la peur d’une perte de contrôle.

Comme le note un étudiant interrogé par le Courrier des Balkans : « Nous ne voulons pas seulement des démissions. Nous voulons un changement radical. Assez de ces deals douteux qui ne servent qu’à enrichir une poignée de privilégiés. »

Les limites de la politique d’ouverture du président serbe

La politique d’ouverture de Vučić, tournée vers des partenariats avec la Russie, la Chine, et parfois l’UE, montre ses limites. Bien que ces alliances aient permis d’attirer des investissements massifs, elles ont exacerbé les inégalités sociales et l’exploitation des ressources naturelles sans réelle concertation avec les populations locales.

Par ailleurs, le silence relatif de l’Union Européenne face aux événements récents est particulièrement notable. Alors que Bruxelles se dit préoccupée par l’état de droit en Serbie, ses actions restent limitées, notamment en raison de son propre intérêt dans des projets comme celui de la mine de lithium. Cette absence de prise de position claire alimente les critiques à l’encontre de l’UE, perçue comme complice des dérives du régime d’Aleksandar Vučić.

Scénarios pour une sortie de crise

La crise actuelle pourrait prendre plusieurs directions :

  • Renforcement de l’autoritarisme : Vučić pourrait utiliser les troubles pour justifier un durcissement du régime, augmentant la répression et limitant davantage les libertés publiques.
  • Organisation de nouvelles élections : Bien que risquées pour le président, des élections anticipées pourraient permettre de désamorcer temporairement la situation, même si l’opposition reste fragmentée.
  • Démission du Président : Peu probable à ce stade, une démission ouvrirait une période d’incertitude politique, mais pourrait être exigée par une contestation populaire persistante.

La Serbie traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire récente. Si l’effondrement de la gare de Novi Sad a déclenché cette vague de colère, les causes en sont profondément enracinées dans une politique perçue comme opaque et déconnectée des besoins du peuple. Le président serbe, face à une contestation de plus en plus résolue, devra choisir entre une réforme structurelle ou un durcissement autoritaire, avec des conséquences durables pour l’avenir du pays.

À propos de l'auteur

Photo de Maxime Coulet

Maxime Coulet

Maxime est titulaire d’un Master 2 en Administration Publique, parcours Diplomatie et Relations Internationales (Université de Brest), et d’un titre d’Analyste en Stratégie Internationale obtenu à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (Paris). Formateur en veille stratégique et fondateur du blog lua-mater.fr, il concentre ses recherches sur le processus d’intégration des Balkans occidentaux dans l’Union européenne ainsi que sur les dynamiques géopolitiques liées à l’esport et au jeu vidéo.

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