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Tournée d’Ursula Von der Leyen dans les Balkans Occidentaux : Quel Bilan ?

Publié le 29/10/2024
7 min de lecture
Par Maxime Coulet
Europe

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a entrepris une tournée du 23 au 26 octobre dans les six pays des Balkans occidentaux, une occasion de mettre en avant sa volonté d’élargir l’Union européenne à cette région. Tous candidats à l’adhésion, ces pays n’en sont pas moins positionnés de manière variée par rapport à la « ligne d’arrivée », chacun avançant selon des dynamiques et des perspectives qui lui sont propres.

D’un point de vue global, cette visite a été l’occasion de lancer le « Growth Plan » de l’UE, une enveloppe de 6 milliards d’euros visant à aider les six pays à répondre à leurs besoins de réformes. D’ici la fin de l’année, cinq d’entre eux devraient bénéficier d’un premier versement. La Bosnie est la seule exclue, n’ayant pas soumis son programme de réforme dans les délais. Ursula von der Leyen a également souligné les investissements européens pour promouvoir l’énergie propre et avancer vers la neutralité carbone.

Le contexte politique de l’élargissement : un carrefour stratégique sensible à l’influence russe

Sur le plan politique, cette visite rappelle que l’élargissement demeure officiellement une priorité, même si cette ambition n’est pas partagée au sein d’un Parlement européen qui penche de plus en plus à droite. Ce rapport de forces entre les candidats et le Parlement actuel apparaît déséquilibré, sauf peut-être dans le cas de la Serbie, qui bénéficie d’un soutien explicite de dirigeants comme les premiers ministres slovaque et hongrois, Robert Fico et Viktor Orban. Ce soutien pourrait intégrer la Serbie au camp des démocraties dites « illibérales », proches du candidat républicain américain Donald Trump, lequel exprime des velléités de « dominer » l’UE, un contexte qui pourrait mettre en péril les intérêts européens.

L’ombre de la Russie plane, elle, toujours sur l’Europe de l’Est, et les Balkans occidentaux, qui représentent un carrefour stratégique crucial, ne font pas exception. En Serbie, cette ambiguïté demeure forte : la présidente de la Commission s’est félicitée de la décision du président serbe Aleksandar Vučić de la recevoir au lieu de se rendre au sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à Kazan, malgré l’invitation de Vladimir Poutine. Mme Von der Leyen a parlé d’un « message clair » en faveur de l’UE. Néanmoins, Belgrade maintient des liens sur plusieurs fronts : une délégation de quatre personnes, dont le ministre de la Défense, s’est rendue au sommet, et Ursula Von der Leyen a d’ailleurs annulé sa rencontre avec le Premier ministre serbe Milos Vucevic après que celui-ci a reçu le ministre du Développement économique russe Maksim Reshetnikov, sous sanctions européennes.

Défis climatiques et ethniques

En Bosnie, Ursula von der Leyen s’est rendue à Jablanica, région touchée par des inondations début octobre, où elle a annoncé le déblocage du fonds de solidarité européen, soulignant que l’aide à un voisin, « partenaire et futur membre doit être la même que celle accordée aux membres actuels« . Un soutien de 20 millions d’euros va être apporté rapidement pour aider à la reconstruction, un message fort de l’UE pour une région qui subit chaque année d’importantes pressions climatiques (chaleurs extrêmes, incendies, inondations). Mais au-delà des défis climatiques, les divisions ethniques restent un obstacle à l’intégration. La République serbe de Bosnie, qui continue de flirter avec le séparatisme, a récemment tenté de faire adopter une loi sur les « agents étrangers », semblable à celles promulguées en Russie ou en Géorgie, ce qui suscite de vives inquiétudes.

Des tensions ethniques compliquent également la situation au Kosovo et en Macédoine du Nord. L’ancienne province serbe a fait l’objet de sanctions de l’UE pour ne pas avoir respecté les exigences de Bruxelles et de Washington. Le Premier ministre Albin Kurti, dont la politique tend à promouvoir une sorte d’« agenda albanais » dans le Nord à majorité serbe, se heurte à de vives critiques. Belgrade et Pristina devront de toute façon se conformer aux accords d’Ohrid (Macédoine du Nord) s’ils souhaitent voir leur rêve européen se concrétiser.

En Macédoine du Nord, les tensions se concentrent avec la Bulgarie, et dans une moindre mesure, avec la Grèce. Le nouveau gouvernement nationaliste risque un veto de Sofia, hostile à l’intégration de Skopje, candidate depuis près de vingt ans. Ursula Von der Leyen a mis en avant l’importance de la frontière sud avec la Grèce, essentielle dans la lutte contre les migrations illégales. Une intégration nécessiterait une coopération étroite avec Athènes, mais la nouvelle présidente, Mme Gordana Siljanovska-Davkova, a provoqué son voisin dès son discours d’investiture en mentionnant la « Macédoine ». Par ailleurs, la question de la minorité albanaise en Macédoine reste sensible, avec une communauté inquiète de ce qu’elle perçoit comme une tentative de marginalisation progressive par les nationalistes.

L’Albanie et le Monténégro en pole position ?

De leur côté, l’Albanie et le Monténégro sont, dans cette tournée, apparus comme les « bons élèves » de l’intégration. La présidente de la Commission a félicité les deux gouvernements pour leurs efforts. À Tirana, où Ursula von der Leyen a inauguré le campus du College of Europe, l’Albanie est même qualifiée de « coureur de tête » en matière de transition énergétique dans les Balkans. Cependant, elle a soigneusement évité les questions sensibles autour de l’accord avec l’Italie sur les migrants illégaux, de l’arrestation de l’ancien président albanais Ilir Meta ou des protestations de l’opposition au Parlement européen de Strasbourg. Si la personnalité d’Edi Rama est de plus en plus controversée à l’intérieur, rapprochant le pays d’une dérive autoritaire, sa « docilité » à l’égard de Bruxelles en fait un allié particulièrement valorisé, notamment sur les dossiers de politique étrangère, Ukraine et Proche-Orient en premier lieu.

Quant au Monténégro, où von der Leyen a terminé sa tournée, la rupture entre le président et le Premier ministre ne semble pas entraver les démarches d’intégration, le pays respectant jusqu’ici les demandes de Bruxelles. Néanmoins, la corruption reste un obstacle à surmonter pour garantir l’ouverture des chapitres d’adhésion.

Une visite aux multiples enjeux stratégiques

La tournée d’Ursula von der Leyen n’a pas permis d’élaborer un calendrier précis pour l’intégration des Balkans occidentaux. Cet exercice était avant tout un geste diplomatique pour montrer l’attention de l’UE à cette région malgré le contexte prioritaire de soutien à l’Ukraine, et pour rappeler aux puissances, notamment la Russie, que Bruxelles ne compte pas laisser cette zone stratégique sans surveillance. Cependant, un manque de transparence persiste sur plusieurs dossiers cruciaux, notamment sur les questions d’État de droit, de lutte contre la corruption, les manifestations de l’opposition albanaise devant le Parlement européen, les protestations contre l’exploitation du lithium en Serbie, ou encore le flou autour du « hub » de retour des migrants, après la révocation judiciaire du deal italo-albanais.

À propos de l'auteur

Photo de Maxime Coulet

Maxime Coulet

Maxime est titulaire d’un Master 2 en Administration Publique, parcours Diplomatie et Relations Internationales (Université de Brest), et d’un titre d’Analyste en Stratégie Internationale obtenu à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (Paris). Formateur en veille stratégique et fondateur du blog lua-mater.fr, il concentre ses recherches sur le processus d’intégration des Balkans occidentaux dans l’Union européenne ainsi que sur les dynamiques géopolitiques liées à l’esport et au jeu vidéo.

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