Les Balkans Occidentaux : Vers l’Intégration Européenne et au-delà : Point de Situation au 18/09/2024

Serbie/Kosovo : déclarations nationalistes lors de la Journée de l’Unité Serbe
Le Premier ministre Miloš Vučević a déclaré le 15 septembre à Novi Sad, lors de la Journée de l’Unité Serbe, de la Liberté et du Drapeau National, que la Serbie fera tout pour protéger les vies des Serbes au Kosovo et à Metohija, et que « la souffrance du peuple serbe, causée par le terrorisme du régime de Priština, nous rappelle que nous devons être dignes des idéaux pour lesquels nous avons lutté pendant des siècles ».
Le Premier ministre a également mentionné la bataille de Kajmakčalan en septembre 1916, lors de laquelle les troupes serbes ont affronté les armées bulgares pour le retour des Serbes dans leur patrie.
Cette déclaration s’inscrit dans le contexte du blocage des postes-frontières par la population serbe du nord du Kosovo, suivi de leur réouverture par les autorités. En affirmant que la Serbie fera tout pour protéger les Serbes au Kosovo et à Metohija, Miloš Vučević rappelle l’engagement historique de la Serbie pour cette région, soulignant une continuité entre les luttes passées et actuelles pour défendre les Serbes du Kosovo. La rhétorique nationaliste est renforcée par la mention de la bataille de Kajmakčalan en 1916, une référence clé dans la mémoire collective serbe. Cette bataille, durant laquelle les troupes serbes ont regagné du terrain contre l’armée bulgare pendant la Première Guerre mondiale, symbolise la résilience nationale serbe et le « retour » que les nationalistes espèrent toujours pour le Kosovo. Cette déclaration intervient dans un moment de tensions renouvelées entre les communautés serbe et albanaise dans le nord du Kosovo, une situation qui inquiète la communauté internationale. Le Premier ministre serbe cherche ainsi à galvaniser la population serbe en faisant appel à des émotions nationales profondes, tout en soulignant que Belgrade est prête à s’engager activement pour protéger ses compatriotes.
En qualifiant les actions de Priština de « terrorisme », Miloš Vučević accentue l’idée d’une menace existentielle pour les Serbes du Kosovo. C’est une position dangereuse, car cette rhétorique est maintenant utilisée par ceux qui cherchent à justifier des opérations sur le terrain. Cependant, la partie kosovare n’a pas non plus l’intention de calmer le jeu. Les lois sur les plaques d’immatriculation ou sur la monnaie ont été perçues comme des provocations du côté serbe et ont exacerbé les tensions entre les communautés. Sur ce point, la Serbie a même reçu le soutien des Nations Unies sur la question de la monnaie, alors que Priština souhaite imposer unilatéralement l’euro sur l’ensemble du territoire, tandis que les populations serbes continuent d’utiliser le dinar serbe.
Monténégro : visite du Secrétaire Adjoint de l’OTAN à Podgorica
Le Premier ministre monténégrin Milojko Spajić a rencontré Boris Ruge, Secrétaire Général Adjoint par intérim de l’OTAN, pour réaffirmer l’engagement du Monténégro en tant que membre crédible de l’Alliance. Ils ont souligné la contribution militaire du Monténégro, qui consacre 2,02 % de son PIB à la défense. L’adhésion à l’OTAN est vue comme un vecteur de stabilité, essentiel pour l’intégration européenne et le développement économique. Milojko Spajić a également exprimé le soutien du Monténégro aux aspirations euro-atlantiques de l’Ukraine et a affirmé que le pays soutient pleinement l’adhésion de tous les pays des Balkans occidentaux à l’UE et à l’OTAN.
La rencontre entre le Premier ministre monténégrin et le Secrétaire Général Adjoint par intérim de l’OTAN souligne l’engagement fort du Monténégro au sein de l’Alliance. En allouant 2,02 % de son PIB à la défense, ce qui place le pays dans la moyenne haute à l’échelle européenne, le Monténégro cherche à se positionner comme un acteur crédible au sein de l’OTAN, mais aussi en vue de son intégration à l’Union européenne, en jouant un rôle clé dans la stabilisation des Balkans occidentaux.
Milojko Spajić a rappelé son soutien aux aspirations euro-atlantiques de l’Ukraine et encourage l’intégration de l’ensemble des pays des Balkans occidentaux à l’OTAN et à l’UE. Cette position pro-occidentale reflète la volonté de Podgorica de renforcer la stabilité régionale et d’éloigner les influences extérieures déstabilisatrices, notamment russes, tout en consolidant la paix et la prospérité dans la région.
Bosnie-Herzégovine : le soutien sans faille de la Turquie
Le 14 septembre 2024, Denis Bećirović, Président de la Présidence de Bosnie-Herzégovine, a rencontré le président turc Recep Tayyip Erdoğan. Ce fut l’occasion de remercier Ankara pour son appui à l’adoption de la résolution sur la Journée internationale de commémoration du génocide de Srebrenica à l’Assemblée générale de l’ONU. Les deux présidents ont souligné l’importance de l’amitié indéfectible entre les deux pays et le rôle clé de la Turquie dans le développement d’une Bosnie multiethnique et fonctionnelle. Ils ont également insisté sur la coopération en matière de défense et de sécurité entre la Bosnie-Herzégovine et la Turquie, en soulignant le soutien turc à l’intégration euro-atlantique de la Bosnie et son rôle au sein des forces de l’EUFOR et de l’OTAN en Bosnie.
Cette rencontre entre Denis Bećirović et Recep Tayyip Erdoğan illustre des dynamiques géopolitiques importantes pour les Balkans occidentaux et la Turquie. D’un point de vue stratégique, la Turquie entretient une relation particulière avec Sarajevo, expliquée par la présence de la diaspora bosniaque en Turquie et la volonté de défendre les populations musulmanes dans la région.
La coopération en matière de défense, avec l’engagement turc dans les forces de l’EUFOR et de l’OTAN en Bosnie, et le soutien à l’intégration euro-atlantique du pays, positionne la Turquie comme un acteur clé dans le maintien de la stabilité régionale. Cette influence est renforcée par des projets de développement économique, notamment via l’agence TIKA, consolidant ainsi le rôle de la Turquie en tant que partenaire stratégique de la Bosnie-Herzégovine.
Macédoine du Nord : visite de la présidente Gordana Siljanovska-Davkova à Sofia : des promesses… et une polémique dans un contexte vif
Le 16 septembre, le président bulgare Roumen Radev a tenu une conférence de presse avec son homologue nord-macédonienne, Gordana Siljanovska-Davkova. Lors de cette rencontre non-officielle, un élément a marqué les esprits : l’absence du drapeau de Macédoine du Nord.
Bien que le protocole bulgare n’ait aucune obligation de hisser le drapeau de son voisin lors d’une visite non-officielle, il est légitime de s’interroger : aurait-il en été autrement avec un autre dirigeant ? Et surtout, étant donné les tensions récentes entre les deux pays, n’était-il pas évident que cette omission serait perçue comme une provocation, ce qui, du point de vue des dirigeants macédoniens, fut effectivement le cas ?
Néanmoins, les deux dirigeants se sont rencontrés dans un cadre détendu et ont réaffirmé leur volonté de respecter les termes du traité de « bon voisinage » signé en 2017. Gordana Siljanovska-Davkova a même évoqué un « terrain d’entente sur les points les plus importants : l’intégration européenne, les critères de Copenhague et la démarche régionale de résolution des problèmes ». La présidente s’est même rendue à une représentation de l’Opéra National et Ballet de Macédoine à Sofia.
Bien que courtoise, cette rencontre a été marquée par l’incident autour du drapeau, qualifié de « tension inutile » par le président bulgare. Toutefois, cet épisode risque d’alimenter les discours nationalistes. Il ne faut pas oublier que l’accord de bon voisinage de 2017 avait été signé avec un autre gouvernement que celui des nationalistes du VMRO-DPMNE, qui entendent aujourd’hui relancer les batailles historiques, malgré les accords passés. Cela s’est notamment manifesté lors de l’intronisation de la nouvelle présidente, qui n’a pas respecté l’accord avec la Grèce sur le nom du pays.
Le nouveau Premier ministre, Hristijan Mickoski, a également critiqué les dirigeants de la Commission bilatérale pluridisciplinaire, chargée des affaires d’histoire et d’enseignement, en les accusant de trahir les intérêts du peuple macédonien. Il a annoncé son intention de les remplacer. Cette commission est cruciale pour résoudre les différends historiques entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord. Ces tensions pourraient ralentir l’adhésion européenne de la Macédoine du Nord, Sofia exigeant la reconnaissance de la minorité bulgare dans la constitution macédonienne.
Le gouvernement devra jongler entre son ambition d’intégration dans l’Union européenne et la rhétorique nationaliste qui a porté le VMRO-DPMNE au pouvoir. Toutefois, cette rhétorique peut-elle coexister avec les réformes économiques nécessaires dans un pays où le déficit public se creuse, compromettant le chemin vers l’Europe ?
À propos de l'auteur
Maxime Coulet
Maxime est titulaire d’un Master 2 en Administration Publique, parcours Diplomatie et Relations Internationales (Université de Brest), et d’un titre d’Analyste en Stratégie Internationale obtenu à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (Paris). Formateur en veille stratégique et fondateur du blog lua-mater.fr, il concentre ses recherches sur le processus d’intégration des Balkans occidentaux dans l’Union européenne ainsi que sur les dynamiques géopolitiques liées à l’esport et au jeu vidéo.



