Les Balkans Occidentaux : Vers l’Intégration Européenne et au-delà – Point de Situation au 15/10/2024

En Albanie, courte visite d’Erdogan à Tirana alors que le pays accueille les premiers migrants envoyés par l’Italie
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a inauguré la mosquée Namazgja à Tirana, la plus grande des Balkans, présentée comme un « cadeau du peuple turc aux frères et sœurs albanais ». Cette visite a également été l’occasion de renforcer le partenariat militaire entre les deux pays, Erdogan promettant la livraison de drones kamikazes à l’Albanie.
À l’heure actuelle, aucun détail supplémentaire n’a été dévoilé sur les discussions autour des questions internationales, bien que la présidence turque ait évoqué un « échange de vues sur les enjeux régionaux et mondiaux actuels, notamment la situation à Gaza, le territoire palestinien occupé, les attaques israéliennes au Liban, ainsi que les développements dans les Balkans ». Sur ces sujets, l’Albanie d’Edi Rama reste alignée avec l’Union européenne, appelant à une solution à deux États tout en soutenant Israël dans sa lutte contre le Hamas. Lors de son discours à l’ONU le 27 septembre dernier, le Premier ministre albanais a timidement appelé à la fin des violences, tout en condamnant fermement le « régime totalitaire de Téhéran », responsable selon lui d’une vaste cyber-attaque contre l’Albanie.
Parallèlement, l’Albanie a accueilli les premiers migrants envoyés par l’Italie vers le centre de Gjader, dans le nord du pays, conformément à l’accord signé entre les deux nations en novembre 2023. Cet accord, critiqué par les ONG, prévoit l’accueil d’environ 800 hommes demandeurs d’asile. L’Italie est responsable de la sécurité à l’intérieur du centre, tandis que l’Albanie gère la sécurité extérieure. Les ONG s’inquiètent des conditions de détention, notamment en cas de tentative d’évasion, puisque le droit européen ne s’applique pas en Albanie. Cette coopération avec l’Italie s’inscrit dans une volonté d’Edi Rama de renforcer l’alignement de l’Albanie avec les exigences européennes, malgré des préoccupations croissantes sur les droits des migrants. Selon les termes de l’accord, ce sont plus de 36 000 migrants par an qui pourraient être amenés à faire le trajet vers l’Albanie. Les migrants qui se verraient refuser l’asile se retrouveraient ensuite en cellule avant d’être rapatriés dans leur pays d’origine. Il est à noter que seuls les ressortissants de pays dits « sûrs » peuvent être amenés à Gjader.
Cette mesure rencontre un grand succès au sein de l’aile droite de l’Union européenne, mais elle présente également des limites importantes. Il est difficile d’imaginer que les populations des pays des Balkans puissent se satisfaire de cette politique migratoire à court terme. En 2022, plus de 400 000 migrants sont arrivés en Italie, un chiffre qui montre que l’Albanie est loin de pouvoir endiguer efficacement ce phénomène. Une augmentation significative du nombre de migrants pourrait entraîner de nouveaux problèmes dans un pays où le nationalisme demeure fortement enraciné. Par ailleurs, cet accord ne s’avère pas franchement de bon augure pour l’intégration albanaise dans l’Union Européenne. On imagine en effet assez mal qu’un pays qui sert de « hub de retour » pour les demandeurs d’asile soit finalement intégré au sein d’une union qui souhaite résoudre le problème d’une immigration galopante.
Serbie : l’exploitation du lithium franchit une nouvelle étape clé pour l’intégration européenne
En Serbie, le Parlement a rejeté la proposition de loi visant à interdire l’exploitation du lithium et du bore, présentée par l’opposition. Ce débat intervient dans un contexte tendu entre le gouvernement et une partie de la population, notamment dans la région du Jadar, où la multinationale australienne controversée Rio Tinto prévoit d’exploiter une immense mine. Alors que le gouvernement dénonce les « mensonges » des activistes écologistes, certains opposants, comme Aleksandar Matkovic, ont déclaré sur leur compte X (ex-Twitter) avoir reçu des menaces de mort après avoir critiqué le projet.
L’extraction du lithium suscite de vifs débats en Serbie. Le gouvernement a signé des accords avec l’Union Européenne et l’Allemagne pour un partenariat lucratif visant à contrebalancer la domination chinoise dans le domaine des matières premières critiques, essentielles à la transition énergétique. Cependant, de nombreux habitants craignent un impact environnemental désastreux et pointent le manque de bénéfices économiques pour la population, Rio Tinto ayant la réputation de négliger les préoccupations écologiques.
Malgré les manifestations de 2022 qui avaient temporairement freiné le projet, il semble que le gouvernement soit désormais en position de force. La mise en œuvre de ce projet est cruciale dans le cadre du processus d’intégration européenne de la Serbie. Le 14 octobre, le Premier ministre serbe Miloš Vučević a réitéré, lors d’une visite à Berlin, que l’intégration européenne restait un « objectif stratégique majeur » pour son pays. Mais comme dans le cas de l’Albanie, la Serbie semble plutôt vouée à jouer les fournisseurs de matières premières critiques, quitte à devoir gérer seule le mécontentement de la population. En prime, la question du Kosovo demeure un obstacle, le Premier ministre qualifiant les Balkans occidentaux de « 5+1 » dans le cadre de leur adhésion à l’Union Européenne, un terme qui renvoie à la ligne rouge pour Belgrade, toujours peu disposée à faire avancer les discussions avec Pristina.
À propos de l'auteur
Maxime Coulet
Maxime est titulaire d’un Master 2 en Administration Publique, parcours Diplomatie et Relations Internationales (Université de Brest), et d’un titre d’Analyste en Stratégie Internationale obtenu à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (Paris). Formateur en veille stratégique et fondateur du blog lua-mater.fr, il concentre ses recherches sur le processus d’intégration des Balkans occidentaux dans l’Union européenne ainsi que sur les dynamiques géopolitiques liées à l’esport et au jeu vidéo.



