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Les Balkans Occidentaux : Vers l’Intégration Européenne et au-delà – Point de situation au 15/08/2024

Publié le 15/08/2024
5 min de lecture
Par Maxime Coulet
Europe

La Serbie compte sur le soutien chypriote pour son adhésion et la défense de ses intérêts territoriaux

Le ministre des Affaires étrangères de Serbie, Marko Đurić, a rencontré son homologue chypriote, Constantinos Kombos, à Nicosie dans le but de renforcer les relations bilatérales. Đurić a réaffirmé le soutien inconditionnel de la Serbie à Chypre, notamment sur la question cruciale de l’intégrité territoriale, et a exprimé son désir de développer la coopération, en particulier dans les domaines économique, touristique, militaire et éducatif. De son côté, Kombos a appuyé la candidature de la Serbie à l’Union européenne et a salué les réformes engagées par Belgrade, tout en exprimant des préoccupations concernant les négociations en cours entre Belgrade et Pristina.

En adoptant cette position, Belgrade se montre solidaire avec Chypre, dont une partie du territoire est occupée par la Turquie depuis l’intervention militaire d’Ankara en 1974. La République turque de Chypre du Nord divise toujours l’île et sa capitale. Par cette rencontre, la Serbie vise à se rapprocher de l’Union européenne tout en consolidant sa position dans le conflit qui l’oppose au Kosovo. Le communiqué officiel souligne que « Chypre soutient le dialogue entre Belgrade et Pristina sous l’égide de l’UE » mais regrette que « l’engagement constructif constant de la Serbie ne soit pas réciproque. »

Il est intéressant de noter que le communiqué ne mentionne pas directement la Turquie et reste prudent dans l’évocation de l’intégrité territoriale de Chypre. À ce jour, la Turquie est le seul État à reconnaître la République turque de Chypre du Nord. Elle soutient officiellement la candidature de la Serbie à l’Union européenne. Il est à signaler qu’Ankara n’a pas réagi officiellement à cette rencontre.

La Bosnie reçoit la Turquie pour la mémoire du génocide de Srebrenica

Un autre point de tension possible dans les relations serbo-turques est la récente visite du président de l’Agence turque de coopération et de développement (TIKA), Serkan Kayalar, auprès du ministre bosniaque des Affaires étrangères, Elmedin Konaković. Cette visite avait pour objet la signature d’un contrat avec le Centre mémorial de Srebrenica, concernant la troisième phase de coopération pour l’établissement du Musée du génocide.

En mai dernier, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution présentée par l’Allemagne et le Rwanda, désignant le 11 juillet comme Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide commis à Srebrenica en 1995. Selon Aleksandar Vučić, président serbe, cette résolution vise non pas à promouvoir la réconciliation ou la commémoration, mais à « fomenter l’instabilité politique dans notre région. » Parmi les pays ayant voté contre cette résolution figurent la Serbie, la Russie et ses alliés (Biélorussie, Syrie, Mali, Corée du Nord, Hongrie), ainsi que la Chine, partenaire majeur de la Serbie, elle-même accusée de génocide envers les Ouïghours.

La Turquie, quant à elle, réaffirme sa volonté de se positionner en défenseur des populations musulmanes de la région. La TIKA, agence de développement turque, vise à soutenir les communautés turcophones, mais bénéficie également de la présence d’une importante diaspora bosniaque en Turquie, la deuxième plus grande au monde.

Quelle analyse peut-on faire de ces rencontres ?

Le rapprochement entre la Serbie et Chypre s’inscrit dans une stratégie plus large de Belgrade visant à renforcer son soutien international dans un contexte où le Kosovo reste un point central de discorde. En alignant sa position sur celle de Chypre, la Serbie cherche non seulement à consolider son dossier pour une future adhésion à l’Union européenne, mais aussi à se placer dans une posture de défense de l’intégrité territoriale, sujet sensible partagé par les deux pays.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques. En évitant de mentionner directement la Turquie dans ses communiqués, la Serbie tente de maintenir un équilibre délicat entre son rapprochement avec Chypre et le soutien de la Turquie à sa candidature européenne. Cette manière de procéder révèle une volonté de Belgrade de ne pas compromettre ses relations avec Ankara, qui, en dépit de ses relations tendues avec l’UE, reste un allié stratégique dans la région.

Par ailleurs, la visite de l’Agence turque de coopération et de développement en Bosnie souligne l’influence croissante de la Turquie dans les Balkans, notamment à travers sa politique de soutien aux communautés musulmanes. Cette dynamique pourrait faire naître des tensions avec la Serbie, particulièrement autour de la question de Srebrenica, où les divergences de mémoire et de commémoration du génocide deviennent des points de friction dans les Balkans.

En contestant la résolution des Nations Unies, la Serbie se positionne aux côtés de la Russie et de ses alliés, risquant d’attiser les critiques occidentales sur sa gestion des questions mémorielles et de droits humains.

Deux rencontres qui mettent en lumière les complexités des alliances et des antagonismes dans les Balkans, où chaque mouvement diplomatique est scruté et peut potentiellement exacerber des tensions latentes. La Serbie tente toujours de naviguer entre son désir de rapprochement avec l’UE, son besoin de soutien dans le dossier kosovar, et les attentes de ses alliés traditionnels, tout en gérant les répercussions internes et régionales de ses choix diplomatiques.

À propos de l'auteur

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Maxime Coulet

Maxime est titulaire d’un Master 2 en Administration Publique, parcours Diplomatie et Relations Internationales (Université de Brest), et d’un titre d’Analyste en Stratégie Internationale obtenu à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (Paris). Formateur en veille stratégique et fondateur du blog lua-mater.fr, il concentre ses recherches sur le processus d’intégration des Balkans occidentaux dans l’Union européenne ainsi que sur les dynamiques géopolitiques liées à l’esport et au jeu vidéo.

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