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Les Balkans occidentaux : vers l’intégration européenne et au-delà – Point de situation au 11/06/2024

Publié le 11/06/2024
6 min de lecture
Par Maxime Coulet
Europe

Retour des tensions diplomatiques en Macédoine du Nord après la victoire de la droite nationaliste

Après les élections législatives du 8 mai, la Macédoine du Nord traverse une période de tensions politiques et diplomatiques accrues. Le parti nationaliste de droite VMRO-DPMNE a remporté une victoire écrasante, tant au niveau présidentiel qu’au niveau législatif.

Gordana Siljanovska-Davkova, soutenue par ce parti, a été élue présidente avec près de 70 % des voix. Lors de son intronisation, elle a provoqué une crise diplomatique en refusant de se conformer aux accords de Prespa en omettant « du Nord » dans le nom du pays, suscitant la colère de la Grèce et l’inquiétude de l’Union européenne.

Le VMRO-DPMNE, dirigé par Hristijan Mickoski, a obtenu 58 des 120 sièges au Parlement et devrait former le prochain gouvernement. Ce parti remet en question les accords passés, notamment celui de Prespa avec la Grèce mais aussi l’accord passé avec la Bulgarie, accord surnommé «proposition française», car largement négocié par la France lors de sa présidence de l’Union européenne, concernant la mention de la minorité bulgare dans la Constitution.

L’éventuelle dénonciation de ces accords menace le processus d’intégration du pays dans l’UE, même si Hristijan Mickoski affirme vouloir poursuivre l’adhésion. En outre, ses relations avec des figures politiques proches de Moscou et Pékin, comme Viktor Orban, suscitent également des préoccupations. Les prochaines semaines devraient s’avérer cruciales dans l’évolution du processus d’intégration au sein de l’UE.

Cette situation tendue met en effet en lumière les défis de la Macédoine du Nord pour concilier les aspirations nationalistes internes et les exigences diplomatiques nécessaires à son intégration européenne, tout en naviguant dans un contexte régional largement influencé par des puissances extérieures.

Visite de David Cameron à Tirana pour relancer la coopération albano-britannique

Le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, David Cameron, a effectué une visite officielle à Tirana, où il a rencontré le Premier ministre albanais, Edi Rama. Cette visite marque une étape importante dans le renforcement des relations bilatérales entre le Royaume-Uni et l’Albanie.

Plusieurs domaines de coopération ont été abordés, parmi lesquels le projet de chemin de fer Durres-Pristina dans lequel le Royaume-Uni a indiqué vouloir s’impliquer activement, que ce soit aux niveaux financier et/ou de l’expertise technique, mais aussi plus largement dans le soutien des efforts de développement régional et surtout de lutte contre le trafic humain.

Il faut y entendre la volonté de lutter contre les passeurs pour tenter de mettre fin à l’émigration albanaise à destination du Royaume-Uni, lequel a expulsé près de 6000 albanais en un an.

David Cameron et Edi Rama ont également discuté des processus de paix et de coopération au sein des Balkans, avec une attention particulière accordée au dialogue entre la Serbie et le Kosovo, sujet crucial pour la stabilité de la région, dans lequel l’Albanie joue un rôle tout particulier.

Enfin, le Royaume-Uni a exprimé son soutien à la candidature de l’Albanie pour devenir pays hôte du sommet conjoint de la communauté européenne, une «reconnaissance significative des progrès accomplis par Tirana sur la scène internationale».

Par ailleurs, l’Albanie a lancé une compétition internationale pour la construction d’un nouveau port de commerce à Durres et des négociations sont en cours avec l’OTAN afin de développer l’aile militaire du port, renforçant ainsi la position stratégique de l’Albanie au sein de l’Alliance, dont elle est membre depuis 2009.

La Bosnie-Herzégovine ratifie un accord financier pour le programme européen Adrion 2021-2027

En Bosnie, le Conseil des ministres a approuvé, sur proposition du ministère des Affaires étrangères, une décision concernant la ratification d’un accord financier pour le programme Interreg VI-B IPA 2021-2027 Adriatique-Ionienne (Adrion). Cet accord est conclu entre l’Union européenne, représentée par la Commission européenne, la Bosnie-Herzégovine, représentée par la Direction pour les intégrations européennes, et l’Italie, représentée par la région d’Émilie-Romagne. 

Le programme Adrion, d’un budget de 160 millions d’euros, vise à encourager les intégrations européennes entre les États partenaires en exploitant les avantages de leurs ressources naturelles, culturelles et humaines, tout en renforçant la cohésion économique, sociale et territoriale dans les régions adriatique et ionienne.

Soutien des Serbes de Bosnie et remerciements envers Moscou à l’agenda Serbe.

Le Vice-Premier ministre serbe, Aleksandar Vulin, a rencontré le 10 juin le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexander Grushko, à Moscou. Il a souligné l’«amitié sincère entre la Russie et la Serbie» et a remercié Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, pour le soutien affiché par la Russie à l’Assemblée générale des Nations Unies, en votant contre la résolution du 23 mai 2024 qui prévoit la création d’une journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide de Srebrenica en 1995, chaque 11 juillet.

Aleksandar Vulin a exprimé l’importance du soutien constant de la Russie dans la «préservation de l’intégrité territoriale et des intérêts nationaux serbes», ainsi que pour le respect inconditionnel de la Résolution 1244 adoptée en 1999.

Le même jour, Vulin a rencontré le secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Sergei Shoigu, et a exprimé sa satisfaction quant à la poursuite de la coopération et du partenariat entre les deux pays dans le domaine de la sécurité. Cette rencontre affirme un peu plus la proximité entre les deux gouvernements. La Serbie n’a pris aucune sanction contre la Russie suite à l’invasion de l’Ukraine mais a voté à deux reprises en faveur d’une résolution exigeant que les russes retirent leurs troupes d’Ukraine, et fournit une assistance matérielle, notamment humanitaire, à l’Ukraine. Un jeu d’équilibriste assumé par le président Aleksandar Vučić qui vise à ne fâcher ni l’Union européenne ni le président russe. Si ce dernier ne hausse pour le moment pas le ton face à des partenaires qui ne soutiennent pas son action, l’UE pourrait s’avérer davantage refroidie par ce non-alignement.

Au sein de la région, le Premier ministre Miloš Vučević, a lui rencontré le 8 juin à Belgrade le gouvernement de la République Serbe de Bosnie, lors d’une session conjointe entre les deux gouvernements. La Serbie va continuer d’apporter un soutien financier mais aussi idéologique aux serbes de Bosnie. Le président de la Republika Srpska, Milorad Dodik, a ajouté que la déclaration adoptée sera un «document national crucial réhabilitant les intérêts nationaux serbes». Elle inclut des aspects importants comme la célébration du 15 février en tant que Jour de la Republika Srpska et du 9 janvier comme jour de sa fondation.

À propos de l'auteur

Photo de Maxime Coulet

Maxime Coulet

Maxime est titulaire d’un Master 2 en Administration Publique, parcours Diplomatie et Relations Internationales (Université de Brest), et d’un titre d’Analyste en Stratégie Internationale obtenu à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (Paris). Formateur en veille stratégique et fondateur du blog lua-mater.fr, il concentre ses recherches sur le processus d’intégration des Balkans occidentaux dans l’Union européenne ainsi que sur les dynamiques géopolitiques liées à l’esport et au jeu vidéo.

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