Le mois de juin 2023 au sud- Caucase en bref…

La rencontre trilatérale du 2 juin à Moscou entre les vice-Premiers ministres d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Russie a mis au jour une divergence importante sur le travail de délimitation des frontières entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, puisque l’Arménie ne compte s’appuyer que sur une unique carte datant de 1975 qui lui est probablement la plus favorable et que l’Azerbaïdjan souhaite s’appuyer «sur la base de l’analyse et de l’examen de tous les documents juridiquement significatifs».
Les rencontres trilatérales entre les ministres des Affaires étrangères arménien, azerbaïdjanais et états-unien à Washington les 27 et 28 juin, ont mis au jour un autre désaccord : l’Arménie demande la retrait de toutes les troupes de la frontière et l’Azerbaïdjan uniquement celle de l’Arménie ainsi que le retrait des forces armées du «Haut-Karabakh» de son territoire.
Les 13 et 14 juin, Alen Simonian, le président de l’Assemblée nationale arménienne, comme Nikol Pachinian le dirigeant arménien ont également réitéré le refus d’aménager tout corridor extra-territorial au sud de l’Arménie dans une voie parallèle à la frontière qu’elle a avec l’Iran malgré le fait que la partie azerbaïdjanaise a expliqué à plusieurs reprises que cette disposition prise au moment du cessez-le-feu n’avait aucune vocation à empiéter sur le territoire souverain de son voisin mais de relancer l’économie de la région.
Malgré des liens économiques forts entre l’Arménie et la Russie soulignés le 7 juin à Sotchi par les Premiers ministre des deux pays, des échanges houleux ont toujours lieu à un autre niveau liés aux critiques arméniennes d’un manque d’intervention de l’OTSC dans le conflit qui l’oppose à son voisin. L’UE, de son côté, s’est clairement rangée ces derniers mis du côté de l’Arménie comme le montrent les déclaration de Josep Borell le 12 juin, la résolution de l’APCE demandant le 22 juin à l’Azerbaïdjan de «garantir un accès libre et sûr au corridor de Latchin», les dires du président français Emmanuel Macron à Marseille déclarant mettre «plus de pression sur Aliev que Pachinian lui même» ou les échanges agressifs entre l’ambassadeur azerbaïdjanais auprès de l’UE et les responsables de la sous commission sécurité et défense du Parlement européen via Twitter entre le 22 et le 26 juin.
– La situation humanitaire et sécuritaire s’aggrave au Karabakh avec un bilan humain de 4 morts et deux blessés du côté arménien et 2 blessés du côté azerbaïdjanais ce mois-ci et les dénonciations de rupture de cessez-le-feu se sont faites quasi-quotidiennes ces dernières semaines. En cause, un blocage des négociations internationales au sujet de l’intégration pleine et entière de l’enclave du «Haut-Karabakh» au sein de l’Azerbaïdjan qui est officiellement souverain sur ce territoire et sur l’accession de la population arménienne à la citoyenneté azerbaïdjanaise à laquelle les autorités autoproclamées du Haut-Karabakh se refusent toujours. Cette situation associée aux goulets d’étranglement mis en place par l’Azerbaïdjan à ses frontières contribuent à aggraver la situation humanitaire : accès aux soins et aux produits de première nécessité, baisse du PIB de 40 %, chômage etc… Une guerre des nerfs est donc engagée depuis le 12 décembre dernier, date des premières manifestations écologistes pro-gouvernementales dans le corridor de Latchin contraignant les mouvements entre l’Arménie et l’enclave du Haut-Karabakh qui reste à majorité arménienne et sous contrôle des forces de maintien de la paix russes. Ces mouvements ne sont plus assurés que par ces dernières et le CICR. L’Azerbaïdjan semble parier sur le temps pour contraindre la population ethniquement arménienne présente sur le territoire azerbaïdjanais à faire un choix entre nouer des relations avec l’État souverain sur ce territoire et accepter la nationalité du pays ou partir vers l’Arménie, ce que les «autorités locales» autoproclamées et l’État arménien voisin continuent de considérer comme un «génocide» malgré le respect affiché de la souveraineté de l’Azerbaïdjan dans ses frontières datant de la chute du bloc soviétique.
– En juin, des événements importants ont eu lieu dans les pays du Caucase du Sud liés à l’énergie, au commerce et aux transports. À savoir, l’Azerbaïdjan a encore renforcé ses liens commerciaux avec un certain nombre de pays, dont le Pakistan, la Turquie et le Tadjikistan. De même, les affaires commerciales arméno-chinoises ont été renforcées, y compris l’expansion du chiffre d’affaires commercial et la promotion de la coopération dans un certain nombre de secteurs économiques. En outre, le chiffre d’affaires du commerce extérieur de la Géorgie a augmenté, grâce au développement des régimes commerciaux et des accords notables avec l’UE, la Chine, le Royaume-Uni et les Émirats arabes unis.
Dans le secteur de l’énergie, l’Azerbaïdjan a entamé des discussions avec l’Union européenne pour améliorer l’approvisionnement en gaz et développer de nouvelles infrastructures. L’Azerbaïdjan s’est également concentré sur des projets énergétiques avec l’Inde. Cependant, le prix mondial du pétrole brut a baissé, entraînant une baisse du prix du pétrole azerbaïdjanais de 1,16 dollar à la fin du mois. Par ailleurs, le secteur énergétique géorgien a été reconnu comme étant dans une phase active de développement lors de la commission d’association parlementaire UE-Géorgie.
En outre, en ce qui concerne les questions de transport, le gouvernement arménien a approuvé un ensemble de projets de loi visant à modifier et à renforcer la loi «sur les transports motorisés». De même, la coopération dans les projets de transport et d’infrastructure a été soulignée lors des réunions avec la Banque européenne d’investissement. Enfin, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a exhorté l’Azerbaïdjan à rouvrir la seule route qui relie le Haut-Karabakh à l’Arménie et à supprimer les restrictions sur l’approvisionnement en électricité et en gaz de la région peuplée d’Arméniens.
À propos de l'auteur
Morgan Caillet
Morgan est socio-anthropologue de formation, diplômé de l’IEP d’Aix en Provence en Management interculturel et médiation religieuse et de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en gestion de projets internationaux. Il mène une recherche indépendante sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans la région sud-caucasienne.



